Réalisé en 2000 par la cinéaste québécoise Michèle Cournoyer, Le chapeau fait partie de ces œuvres qui marquent et s’impriment éternellement sur la rétine. Dessiné à l’encre de Chine, ce court-métrage d’animation met en scène un univers onirique où il est question de viol. Le film, loin du caractère infantile qui prévaut généralement dans le cinéma d’animation, joue avec l’innocence de son médium pour mieux travailler son sujet.

 

 

Le chapeau par Michèle Cournoyer, Office national du film du Canada

Dur à regarder de par son propos horrifique, le film ne s’adresse pas à un public juvénile, mais il n’en fait pas moins preuve de poésie. Les métamorphoses successives et la façon dont se meuvent les corps viennent évoquer la danse langoureuse de la jeune fille. Le désir est donc bien là, sous-jacent, et il se manifeste à chaque recoin dans la main créatrice de la dessinatrice. C’est ainsi que l’homme au chapeau deviendra une jeune fille en robe, qui se transformera à son tour en phallus pour finalement reprendre sa forme de danseuse.

Mais ce désir se manifeste également à travers la bande sonore : une musique entraînante qui n’est pas sans rappeler, apposée dans ce contexte, celle des boîtes de strip-tease. Les formes se métamorphosent alors avec grâce au fil des notes, et le spectateur est entraîné dans cette danse dont il ne ressortira pas indemne. Car l’émotion est bel et bien palpable à travers ce film d’animation. Le thème est fort en lui-même pour ne pas laisser indifférent, mais la cinéaste Michèle Cournoyer arrive à transcender encore plus loin le réel en donnant à son court une poésie aux allures noires.

Tout reste cependant sous-entendu, les formes restant plus ou moins abstraites, et l’histoire prend forme à coup d’associations d’idées. Car le message n’est pas vraiment explicite au début. On ne comprend pas bien ces formes qui se métamorphosent sans cesse au gré des envies de la dessinatrice. Qu’il soit question d’inceste ou de viol, l’histoire ne le stipule pas clairement. Tout est dans la suggestion. Les formes deviennent symboles et un sens surgit alors d’entre les lignes. Cependant, la cinéaste laisse une part d’inconnu et de mystère en ne dévoilant que certains aspects de son récit. Elle joue ainsi avec virtuosité avec le hors champ. En se contentant de quelques formes, elle laisse ainsi le spectateur libre de s’imaginer la suite. Le hors champ constitue ce qui est invisible au spectateur ; les formes abstraites et la prédominance de l’espace blanc sur l’écran accentuent cette dimension d’invisibilité. Le court-métrage va de ce fait à l’opposé de la tendance actuelle du cinéma d’animation, à vouloir tout rendre le plus réaliste possible. Ici, tout n’est pas donné à voir. Le film relève du caractère de l’imaginaire, mais aussi du caché. Ainsi, l’homme au chapeau ne dévoile jamais son visage, il est toujours dans l’ombre. Il ne reste donc plus qu’au spectateur de compléter cette histoire.

 


  • Réalisation et scénario : Michèle Cournoyer
  • Année de production : 2000
  • Durée : 6 minutes
  • Récompense : Prix Jutra du meilleur film d’animation