À l’heure où le voyage est devenu un outil d’affirmation sociale, qu’IL FAUT avoir visité le Taj Mahal, clubbé à Berlin et s’être pris en selfie avec le Christ rédempteur en haut du Corcovado, il paraît pertinent de se pencher sur l’œuvre d’un des grands écrivains voyageurs et du voyage, Jules Verne.

           

Où l’on est renseigné sur le trajet d’écriture et d’édition de Jules Verne

S’il commence par écrire des pièces de théâtre, le jeune Jules ressent très vite une attirance particulière envers les récits d’aventures. Il se passionne d’abord pour la géographie et rencontre l’explorateur aveugle Jacques Arago qui l’encourage à se tourner vers l’écriture des histoires de voyage. Sa première nouvelle qui se rapproche de ce thème est sûrement Un hivernage dans les glaces, mais la véritable consécration a lieu en 1853, quand Verne soumet son roman Cinq semaines en ballon au fameux Hetzel qui le publie. Le succès de ce premier livre dépasse les frontières françaises et l’auteur se voit proposer un contrat d’engagement d’une durée de vingt ans.

Pierre-Jules Hetzel est un éditeur de renom, connu notamment pour son soutien envers des auteurs polémiques comme Baudelaire et Victor Hugo, et pour son travail d’innovation constante au sein de ses éditions. Dans un premier temps, Jules Verne s’engage auprès d’Hetzel à fournir des romans destinés aux enfants. Finalement, l’éditeur créera une collection intitulée Les Voyages extraordinaires qui rassemblera la plupart des oeuvres de Verne et à laquelle ce dernier contribuera pendant quarante ans.

           

Où le narrateur tente d’expliquer une hiérarchie paradoxale entre l’aventure et le voyage

Les Voyages extraordinaires regroupent soixante-huit romans et nouvelles dont on peut dire qu’ils ont « l’aventure » pour dénominateur commun. Évidemment, le mot « aventure » désigne le voyage, mais il suppose aussi que ledit voyage n’est pas tant important que les péripéties qu’il engendre. Il est vrai que la majorité des romans les plus connus de Jules Verne font du voyage un élément essentiel du récit, mais il en est d’autres qui s’intéressent plus particulièrement, par exemple, aux aventures humaines qui naissent des suites du départ. Par ailleurs, il serait réducteur de confiner l’histoire au voyage en tant que tel, car sa préparation et sa pensée sont souvent toutes aussi riches en rebondissements. Si ces atermoiements provoquent la confusion, il est pertinent de résumer ainsi ce propos : Jules Verne, c’est le plaisir de l’aventure, liée de près et de loin au voyage.

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Où il est dit pourquoi il faut lire Jules Verne

La lecture des écrits de Jules Verne est enrichissante et particulièrement agréable, et il existe de nombreuses raisons à cela. S’il s’agissait de caractériser brièvement le style de l’auteur, il serait à propos d’affirmer qu’il allie une grande bienveillance et une habile complexité.

Les personnages dépeints par Verne suivent souvent un même schéma plutôt classique : un ou plusieurs héros gentlemen, sérieux et courageux, accompagnés d’au moins un faire-valoir passionné et dont l’excès de conviction touche, de temps en temps, au ridicule. Cette affirmation évoque sûrement une distribution des rôles digne des dessins animés courants où la bêtise de l’adjuvant est moquée, mais il est une différence cruciale qui réside précisément en la bienveillance que Verne exprime à l’égard de ce type particulier de personnages.

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Si le faire-valoir a l’avantage d’introduire une pointe d’humour dans le récit, il n’est jamais cruellement ridiculisé. Ses actions ferventes sont considérées avec le recul propre à un homme féru de science et avec une tendresse certaine. Cette bienveillance s’étend de manière diffuse à l’ensemble du récit durant lequel toute agression est évitée au lecteur. Jules Verne lui propose de suivre une suite de péripéties qui imposent des obstacles aux héros, mais jamais ne les arrêtent, car il s’agit de provoquer le plaisir l’excitation d’un challenge relevé, de mettre les intellects à l’épreuve, finalement de montrer la puissance de l’esprit humain. Ainsi le lecteur est contenté par une véritable « positive attitude » qui semble découler d’une bienveillance générale exprimée envers les hommes et le progrès.

 Il a précédemment été fait référence aux dessins animés courants, et cette évocation a pu en amener certains à croire en une simplicité du roman vernien. Il est vrai que certains de ses composants sont simples. Le nombre de personnages développés est réduit et les principaux acteurs du récit sont chacun caractérisés précisément dès l’ouverture. Leur personnalité évolue peu, par ailleurs, sauf si elle fait partie intégrante de l’histoire. De plus, le schéma de scénario général correspond à la structure basique inhérente aux contes et autres classiques. Cette simplicité structurelle est nécessaire et ne nuit pas à l’œuvre, car les personnages et le scénario global importent peu.

Il a été affirmé, plus haut, la chose suivante : Jules Verne, c’est le plaisir de l’aventure, et cette assertion est avérée par ce qui fait la complexité du roman vernien : les péripéties et les descriptions.

La force de la plume de l’auteur se ressent à la lecture des morceaux de bravoure que constituent les grandes descriptions géographiques et les explications techniques. À ces moments, le texte se charge d’une multitude de détails que l’écrivain égrène avec une habileté irréprochable. Cette précision exceptionnelle donne aux œuvres de Verne une richesse pédagogique qu’il serait fort dommageable de négliger, et qui est soutenue par un rythme d’écriture, certes rapide, mais jamais emporté. Les péripéties se suivent sans discontinuer, suivies de digressions techniques touchant au moyen trouvé pour contourner l’obstacle. Ce motif est inlassablement répété, sans jamais trahir un manque d’inspiration ou d’originalité.

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Où l’on conclut

Ce mouvement continu, cette dynamique inépuisable donne à l’œuvre un ton jovial, évoque un mode de pensée optimiste selon lequel toute difficulté paraît aisément surmontable pour peu qu’elle subisse les assauts d’une force d’esprit. Cet élan revigorant fait la force des œuvres de Jules Verne que l’on ne peut réduire à de simples récits de voyage. Ces écrits nous apprennent, par ailleurs, que ledit voyage n’a de valeur réelle que s’il amène le voyageur à vivre une ou plusieurs aventures.

Monsieur Verne est aujourd’hui encore à retenir comme l’écrivain du voyage, de l’aventure retrouvée et ses livres, s’ils dorment sur une quelconque étagère méritent d’être dépoussiérés.