Les féministes parlent souvent de la difficulté de leur combat. Du fait que les médias les présentent sous un bien mauvais jour et qu’être féministe peut parfois être vécu comme un fardeau. C’est vrai. Mais ce n’est pas tout. Ce dont on parle moins, c’est de tout ce que le féminisme peut amener de bon. Et pourtant, bien des femmes se sont épanouies grâce à cette lutte, vieille maintenant de plus d’un siècle. Ce mouvement m’a apporté et appris énormément de choses. Et j’aimerais vous en parler un peu.

 


« Je suis féministe. »

Voilà des mots qui font peur. Qui promettent de longues soirées d’incompréhension avec des gens pas très au fait de ce qu’est le féminisme. C’est chiant. C’est usant. Féminisme, ça rime souvent avec colère et rage. Rage de voir combien, aujourd’hui encore, des tas de femmes sont méprisées, instrumentalisées, infantilisées et j’en passe, sans que ça ne heurte la sensibilité du plus grand nombre. Et cette rage est parfois lourde à porter. Être féministe, enfin, c’est aussi un peu ingrat parce qu’on est sans cesse attaquées sur notre physique (« les féministes sont moches »), sur notre sexualité (« tas de mal-baisées »), sur notre colère légitime (« t’es trop agressive ») alors qu’on défend simplement le droit des femmes à vivre sans qu’on leur dicte empiriquement leur conduite.

Soyons honnêtes, parfois, le féminisme me pèse. J’aimerais revenir en arrière et prendre la pilule bleue. Alors, dans ce genre de moments où j’ai envie de tout balancer à cause d’un énième shitstorm, je fais la liste de tout ce que le féminisme a pu m’apporter. Et la liste est longue.

Le féminisme m’a appris la confiance en moi.

Ce que je vaux vraiment. Que j’ai le droit d’exister et que je n’ai pas à m’excuser d’être là où je suis, de vouloir faire ce que je fais ou d’être moi-même. Grâce au féminisme, j’ai arrêté de me forcer à rire aux blagues misogynes. Ces blagues qui ne m’ont jamais fait rire, mais auxquelles je répondais par un sourire forcé ou un rire un peu jaune de peur de passer pour une meuf coincée. Je ne m’excuse plus de ne pas trouver drôle un « retourne dans ta cuisine ». Ça ne m’a jamais fait rire. Désormais, je n’ai plus peur de le montrer.

Le féminisme m’a appris à m’affirmer.

Je ne m’excuse plus non plus d’être dans la rue (ou dans n’importe quel endroit public où j’ai envie d’être), même avec une mini-jupe la nuit. Car je sais que même si je m’y baladais à poil, ça ne justifierait en rien un viol, une agression ou un attouchement. Tout au plus, ça justifierait qu’on m’arrête pour exhibitionnisme. Le féminisme m’a appris que c’est aux hommes de se retenir de faire chier les femmes, pas aux femmes de prévenir des choses qu’elles ne peuvent de toute façon pas prévoir sans restreindre leurs libertés fondamentales (comme celle de se déplacer où elles veulent, quand elles veulent).

Le féminisme m’a appris à m’accepter.

Je me fiche de ne pas être conformément attractive, pas plus que ne me sens mal si j’ai décidé d’être coquette. Si des hommes me trouvent moche parce que je ne suis pas épilée et pas maquillée, c’est leur problème. Si d’autres me trouvent superficielle parce que je suis maquillée, bien coiffée et bien habillée, c’est toujours leur problème. Je fais ce qui me permet de me sentir bien. L’avis d’hommes que je ne connais pas m’importe peu, ne m’importe plus. Le féminisme m’a appris à me concentrer sur l’essentiel et à me débarrasser des peurs superflues.

Le féminisme m’a appris la tolérance.

De moi-même et des autres femmes, parce que c’est lié en quelque sorte. J’ai appris à ne pas juger et à considérer chaque choix comme étant légitime à partir du moment où ce choix ne faisait de mal à personne. Ainsi, coquette ou non, mère au foyer ou femme d’affaires, femme voilée ou strip-teaseuse, vierge ou libertine… Voire, pourquoi pas, tout à la fois ? Qu’importe. L’épanouissement et le bien-être de chacune ne passent pas par les mêmes chemins. Et concevoir que des femmes puissent vivre et être heureuses sur un chemin différent du mien, ça me permet aussi d’appréhender toutes les possibilités qui me sont offertes pour m’épanouir sans honte ni culpabilité.

Le féminisme m’a fait rencontrer des gens merveilleux.

Tolérants. Sans jugement. M’a permis d’admettre que mes souffrances étaient valables et que non, je ne dramatisais pas. J’ai appris à accepter que j’ai été une victime, mais que je n’avais pas à en avoir honte et que ça ne faisait pas de moi une personne faible. J’ai trouvé chez bien des féministes une oreille attentive, des conseils doux et une entraide bienveillante. Oui, chez les féministes, il y a aussi des disputes, des désaccords, des luttes d’ego parfois, voire de gros problèmes d’intolérance (racisme, homophobie, transphobie, etc.) : je ne vais pas mentir. Nous sommes humaines (si, si, je vous jure) et parfois, nous nous fourvoyons. Mais une règle d’or chez beaucoup de féministes que je connais, c’est de ne pas minimiser la souffrance des personnes qui l’expriment. Et ça, ça m’a aidé à accepter mes tourments et à ne plus en avoir honte.

Bref.

Le féminisme c’est une belle famille idéaliste qui pense que « l’utopie d’aujourd’hui est la réalité de demain » (Victor Hugo, ndlr). Qui ne se laisse pas arrêter par des « on a toujours fait comme ça » ou des « c’est la nature humaine ». Comme dans toute famille, il y a des conflits, des désaccords et des problèmes d’intolérance à gérer. Ça ne rend pas les revendications féministes moins légitimes et moins pertinentes : quel groupe politique peut aujourd’hui se vanter de ne pas avoir de différends en son sein ? Le féminisme reste, malgré ses défauts, une famille qui défend le droit des filles et des femmes à être considérées comme des êtres humains doués de doutes, de peurs, de colères, de préférences, de rêves et d’ambitions, tous plus différents et plus riches les uns que les autres. Et c’est pour ça qu’aujourd’hui je suis fière – en dépit des difficultés extérieures et des luttes intestines – d’appartenir à cette famille.

 


Image : © Chelsea Lohr