En 2012, le site Dangerous Minds déterrait bien joyeusement un fort joli squelette du cimetière Internet, le mystérieux documentaire The Power Of The Witch (1971). Auparavant repéré par le groupe Electric Wizard1, ce film est une véritable pépite. Sorcières, magie noire et british beautiful people, joyeux Halloween !

 

« Satan, lui-même gentilhomme, par-dessus ses trois cornes, porte un chapeau, comme un Monsieur. »

Jules Michelet, La Sorcière, 1862

 

The Power Of The Witch2, c’est un documentaire comme on en fait plus. Durant 50 minutes, le film nous amène à la découverte de la pratique de la sorcellerie en Angleterre de la fin des années 1960 au début des années 1970. À cette époque, les terres anglaises sont toujours sous la dominance de la religion chrétienne et donc logiquement ultraconservatrice. Dieu est partout, ou presque.

Lorsque Dieu est partout, le Démon l’est aussi. Et si Satan est réel, les sorcières le sont aussi (logiquement). Désolée, à l’origine on est quand même vachement loin de Phoebe, Piper, Prue et du Pouvoir des Trois. Mais ne vous inquiétez pas, on vous en parlera longuement dans un papier consacré aux origines de la sorcière et son histoire à travers les légendes, les religions et les sociétés. Mais revenons à nos moutons (ou à nos boucs), les sorcières au XXe siècle. Celles que Michelet appelait en son temps « le délicat bijou du Diable », les disciples de Satan, les grandes organisatrices de messes noires, les reines démoniaques d’enivrants sabbats.

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The Lords of Salem, réalisé par Rob Zombie (2012)

Il est intéressant de regarder The Power Of The Witch comme le témoin d’une époque, mais surtout de l’évolution moderne de la figure de la sorcière. Le paganisme, la sorcellerie, tout cela n’était qu’une réaction logique au système autoritaire du Moyen Âge, à la violence frénétique de l’époque. Le documentaire, lui, replace la sorcière dans le contexte d’une société britannique étouffée par le christianisme. Finalement, les croyances qui se nourrissent de l’oppression ne sont jamais vraiment différentes d’une époque à l’autre.

Il faudra attendre les années 1970 et les mouvements féministes pour réhabiliter la sorcière comme une figure historique, non négative, mais surtout importante et significative. L’archéologue Margaret Murray explique dans diverses de ses études que la sorcellerie est en réalité une religion de la fertilité apparue durant la période néolithique. Si son travail a souvent été remis en cause, il n’en reste pas moins qu’il soulève une réalité : l’utilisation de la sorcellerie à l’encontre des femmes visant à réduire leurs droits. Et Michelet le signifiait déjà au XIXe siècle en montrant que les femmes étaient victimes de la figure populaire de la sorcière, quitte à durcir le trait d’une époque. Comme l’écrit Hervé Jeanney dans son préambule « Michelet pardonne au diable, pas aux hommes », il y avait chez l’historien la volonté de dénoncer « la bêtise du dogme religieux, la stupidité des inquisiteurs [et] le gâchis humain que souvent le Moyen Âge livra ». Amen.

Quoi de mieux qu’un documentaire sur les sorcières pour bien préparer Halloween ?

 


C’est en effet à partir d’un screenshot du documentaire The Power of the Witch, produit par la BBC, qu’ils ont réalisé la pochette de leur album Come My Fanatics… (1997).

Description :

An extremely rare documentary about Witchcraft aired once in the UK in 1971. Featuring contributions from Eleanor Bone, Cecil Williamson, Alex & Maxine Sanders [above], Doreen Valiente et al. Very much of its time and with some very rare footage, also includes reference to the famously unsolved murder of Charles Walton on Meon Hill.


N’hésitez pas à aller faire un tour sur le merveilleux site Dangerous Minds si vous êtes anglophone, et à découvrir une multitude de documentaires sur le site Documentary Addict.