Dans son livre Un homme qui dortGeorges Perec nous parle du sentiment de solitude universel inhérent à chaque homme. Il était temps d’en faire une playlist.

Un homme qui dort, c’est l’histoire d’un « type qui se replie sur lui-même parce que le monde ne lui parle plus ». Perec y fait le récit d’une quête spirituelle sans but. Un voyage sans destination. Il nous parle du vide de l’entre-deux. Du sommeil.

« Tout ce que tu cherches est faux. »

L’homme dans sa marche vers l’absurde, l’absence de tout, le rejet de la totalité. Cette réalité aliénante qui nous épuise et nous détruit à chaque réveil, à chaque nuit de sommeil perturbée par le vide de nos vieilles carcasses. Cette insomnie prolongée qu’est la vie, qui ne nous explique jamais ce que nous faisons là et nous fait flirter avec une folie que l’on pourrait prendre pour une sorte de spiritualité supérieure, de celles qui nous élèvent. Vers quoi ? Rien.

Ce livre sur l’absence, l’indifférence, la fatigue, l’insomnie, l’inconsistance, il aurait pu tout aussi bien être vide, blanc, comme les murs d’une chambre d’hôpital. Ce n’est qu’en voyant le film de Queysanne et Perec, qui est en fait l’adaptation de l’ouvrage, que l’on comprend. Ce livre ne doit pas être lu, il doit être entendu. Ces mots doivent nous pénétrer, comme les aiguilles et les lames du sadique dans un giallo. Le « tu » répétitif nous assènes d’assertions, de questions. Il nous dévore, nous consume jusqu’à l’os. Perec épuise ces « lieux rhétoriques de l’indifférence » jusqu’à les rendre inintéressants. La réalité objective que voulait décrire Perec n’existe pas, tout n’est que subjectivité. Nous ne sommes jamais indifférents face à nos vies, nous ne sommes jamais ces enveloppes de chair, vides de sens. Nous sommes l’affection, l’apitoiement, nous sommes le sentiment. L’ordinaire de nos existences en fait des réalités prodigieuses. Mélancoliques sans âge, nous sublimons la contemplation du vide jusqu’à l’épuisement.

 Annabelle Gasquez

 


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