Pionnier de la musique électronique, le groupe allemand Kraftwerk n’arrive pas du futur, mais bien des années 1970. Les quatre papys du krautrock reviennent en force pour une série de huit concerts évènements à la Fondation Louis Vuitton, du 6 au 14 novembre à Paris. Mina et Rémi ont eu l’occasion d’assister au tout premier, et leur report pourra consoler tous ceux qui n’ont pas réussi à avoir leur billet. Retour sur cette première performance, une rencontre manquée entre la froideur du passé et une vision aseptisée de la modernité.

 

Tout commence dans le métro ligne 8, au début du mois de septembre. Une grande affiche sur un mur, une typographie à base de pixels et un nom tout droit sorti du panthéon de la musique électronique. Kraftwerk en concert à Paris au mois de novembre, difficile à croire. Quelques jours plus tard, alors que la billetterie en ligne ouvre, c’est la découverte du prix des places. Oui, 60 € ça fait cher, mais l’annonce est alléchante : spectacle et animations 3D, et surtout, un groupe que deux natifs des années 90 ne pensaient jamais voir en live. Une chance à ne pas laisser passer sous peine de regrets éternels.

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Kraftwerk, © Dominique Faget pour AFP

” Le concert est une chance à ne pas laisser passer sous peine de regrets éternels. »

 

Le 6 novembre arrive enfin et après quelques shots de Tequila pour se réchauffer, direction la fameuse Fondation Louis Vuitton dont tout le monde parle. Le grand vaisseau spatial caché derrière le jardin d’Acclimations impressionne dans la nuit et crée une ambiance futuriste, aseptisée, écrasante. Il est 20 h 30, il n’y a pas de queue. Les vigiles à l’entrée ne fouillent pas les sacs, les billets sont bipés et des lunettes 3D sont distribuées à tous les arrivants. Tout est propre, calme, fluide, l’impression est déroutante.

Le temps de déposer les manteaux au vestiaire, d’apprendre que le bar est fermé et de descendre en courant les marches menant à l’auditorium, les premières notes d’Autobahn retentissent. Un grand drap tombe pour laisser voir les quatre membres du groupe en combinaison noire à motifs fluorescents. Debout derrière leur console, les monstres sacrés du krautrock se détachent du décor en 3D projeté sur l’écran derrière eux.

Passée l’excitation des cinq premières minutes, il nous est difficile de ne pas remarquer les défauts sonores. Un manque de profondeur et de puissance vient gâcher le plaisir qu’on éprouve à se laisser bercer par ces hymnes fondateurs. De même, passé l’émerveillement premier face à l’autoroute vintage qui anime la chanson éponyme, la déception visuelle est au rendez-vous. Les notes de musiques volantes dans l’espace et les ondes suivant la voix du chanteur sont de piètres ajouts qui peinent à cacher la froideur du spectacle dans son ensemble. L’interprétation sans faute et sans modification de l’album peut être considérée comme satisfaisante, mais cette impression doit beaucoup au sentiment d’incrédulité respectueuse du fan qui observe un groupe mythique en chair et en os qui brille dans le noir (et d’avoir payé 60 € pour ça).

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Kraftwerk, © Dominique Faget pour AFP

” Passée l’excitation des cinq premières minutes, il nous est difficile de ne pas remarquer les défauts sonores. »

 

Alors que résonnent les dernières notes de Morgenspaziergang, un doute surgit. Le concert est-il terminé ? Sans transition, les quatre robots répondent à la question en embrayant sur un Radioactivity fulgurant qui met du baume au cœur des amateurs déçus et nous anime d’un nouveau souffle. Les tubes des différents albums s’enchaînent alors avec énergie. De l’inquiétant Trans-Europe Express à l’hypnotisant Numbers en passant par un Robots presque guilleret, les hits sont mécaniquement passés en revue, accompagnés d’animations plus ou moins originales. Si les mannequins en 3D de Robots et les plans aveuglants de Radioactivity sont réussis, la majorité des vidéos en fond marque par leur médiocrité.

Ce désenchantement esthétique est finalement accompagné d’une douche sonore particulièrement glacée. Les réinterprétations façon House-Disco de Tour de France et Computer Love sont tout bonnement catastrophiques. Le mythe du passé s’effondre, notre retour à la tristesse du présent est rude, la moitié du public a déjà quitté la salle.

Mina Sabet et Rémi Riault