La Chute de la maison Usher (1928), réalisé par Jean Epstein, est l’adaptation d’une nouvelle éponyme d’Edgar Allan Poe, ainsi que de son célèbre Portrait ovale.

 

Le film nous raconte l’histoire d’un homme nommé Allan qui, suite à la réception d’une lettre inquiétante de son ami Roderick Usher, décide de lui venir en aide. Lorsqu’il arrive au manoir onirique et isolé dans lequel vit son ami, il entre dans un univers hanté, étouffant et mystique. Obsédé par sa belle épouse Lady Madeleine (interprétée par Marguerite Gance), muse intouchable, il passe son temps à peindre frénétiquement son portrait. Plus le tableau prend vie, plus la femme d’Usher semble s’éteindre à petit feu. Elle finit bien sûr par mourir d’une façon tout à fait étrange, laissant son mari désemparé et obsédé par la peinture, incapable de se résoudre à son décès. Il refuse que le cercueil de Madeleine soit cloué : elle n’est qu’endormie, elle reviendra. Il attend son retour, patiemment, dans l’atmosphère morne de ses appartements. Et enfin, la nuit fatidique arrive, celle de la réapparition fantasmagorique de Madeleine dans le parc, celle de la chute de la maison Usher.

 

La chute de la maison Usher © Potemkine Films

La chute de la maison Usher © Potemkine Films

Le talent inouï d’Epstein s’affirme durant tout le film, il expérimente, teste et travaille son esthétique avec une minutie maladive. Le montage et la réalisation, marqués par les surimpressions déroutantes, les effets de ralenti et les mouvements de caméra, donnent à cette œuvre des airs sépulcraux. Le réalisateur arrive mieux que quiconque à retranscrire l’univers de Poe, traitant son film comme la simple mise en images juste et hantée de l’effondrement cataleptique. L’amour entre Usher et sa femme tend vers le morbide fascinant. Elle est l’objet idéalisé et érotique de son désir, une véritable muse revenant d’entre les morts. Enfin, le film d’Epstein parle d’un thème cher à tous les artistes, celui de la chute, du sacrifice. Tout ce que l’on abandonne pour l’amour de l’art. La magie a toujours un prix.

Au même titre que Le Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene ou L’étudiant de Prague de Stellan Rye et Paul Wegener dont on vous parlait dans nos précédents SDNL, La Chute de la maison Usher marque les débuts du cinéma fantastique. La fin des années 1920 a vu naître de nombreuses œuvres novatrices. C’est le temps du cinéma muet, des expérimentations, des théorisations. Et il est facile de voir en quoi le film d’Epstein est l’un des plus beaux témoignages de la première avant-garde française. À cette époque, le cinéma est le médium artistique et philosophique que par excellence : la même année sort, par exemple, le court-métrage Danses espagnoles de Germaine Dulac. Bien que certains limitent ces films à une certaine vétusté, il faut penser qu’à l’époque les moyens technologiques à disposition des cinéastes étaient pour la plupart d’astucieux bricolages. Décors, effets spéciaux, trucages : tout est artisanal, tout est authentique. Et La Chute de la maison Usher en est la preuve remarquable. L’imagerie poétique y est décuplée, majestueusement.

 


  •  Réalisation : Jean Epstein
  • Scénario : Jean Epstein (d’après Le Portrait ovale et La Chute de la maison Usher d’Edgar Poe)
  • Directeur de la photographie : George et Jean Lucas
  • Assistant réalisation : Luis Buñuel
  • Décors : Pierre Kefer
  • Costume : Fernand Oclise
  • Format : Noir et blanc
  • Durée : 59 min
  • Date de sortie : 28 octobre 1928

 

Le film est disponible chez Potemkine dans une magnifique version restaurée.

La chute de la maison Usher (1928) de Jean Epstein