Au fil des décennies, le cinéma américain a imposé ses stéréotypes comme conventions narratives. Ils sont aujourd’hui utilisés à tout va et sont devenus largement acceptés par le public, faisant désormais partie intégrante de l’imaginaire collectif. Parmi eux : la représentation des Indigènes d’Amérique, particulièrement notable dans le western. Petit tour d’horizon d’un problème encore aujourd’hui présent dans le cinéma et décryptage d’un processus de perception sociale centenaire.

 

Dans les westerns, les clichés sur ces communautés ethniques fusent et ont peu à peu fait des Indiens de simples sauvages assoiffés de sang, puis les ont anoblis pour faire d’eux des êtres hautement spirituels, stéréotype encore largement utilisé aujourd’hui dans le cinéma contemporain. Pourtant, si l’industrie hollywoodienne peut facilement être blâmée pour l’utilisation répétitive de ses stéréotypes, il faut cependant avouer qu’elle n’est pas la seule fautive. Si on regarde de plus près le mot stéréotype, on peut y trouver la définition suivante :

Caractérisation symbolique et schématique d’un groupe qui s’appuie sur des attentes1.

Quelles attentes a-t-on sur la représentation des indigènes lorsque l’on regarde un film ? Comment ces deux stéréotypes sont-ils représentatifs de la pensée de la société à un moment historique donné ? Enfin, comment l’Histoire est-elle à l’origine de ce changement de représentation de l’une à l’autre ? Autant de questions auxquelles il est indispensable de répondre afin de se défaire de nos préjugés.

 

L’aborigène devient l’ennemi public

Si le stéréotype du sauvage est le plus commun des clichés perpétrés sur les peuples amérindiens, c’est peut-être parce qu’il a fait son apparition dès les premiers balbutiements du cinéma. Comment sont donc perçus les Indiens lorsque le cinéma voit le jour en 1895 ?

Le premier contact avec les Amérindiens a lieu en 1492 lorsque Christophe Colomb se décide à partir en route vers ce qu’il croyait alors être l’Inde. Les premiers échanges avec les peuples autochtones furent chaleureux au vu du récit qu’en fait l’explorateur dans son journal. Néanmoins, les premiers rapports des explorateurs étaient déjà généralisés et parfois formatés par une certaine forme de contrainte. Raymond William Stedman précise dans son livre Shadows of the Indan : Stereotypes in American Culture que « les habitants de l’Amérique ont été caractérisés dans les premiers comptes rendus comme nus, enfantins, prêts à partager tout ce qu’ils possédaient, ignorants toute religion et indifférent aux lois et à la propriété personnel2 ». C’est donc sans surprise que l’on peut lire dans le récit de Christophe Colomb qu’il « peut les conquérir avec cinquante hommes et les gouverner comme bon lui semble 3 ».

Si les aborigènes ont dans un premier temps été perçus comme une curiosité, ils sont très vite devenus un inconvénient. Raymond William Stedman ajoute :

Pour les Indiens, l’homme blanc est devenu dans leurs esprits un envahisseur. Pour l’homme blanc (ne voyant pas son ouverture sur le Nouveau Monde comme une invasion), l’indien, en résistant aux immigrants civilisés, est devenu l’ennemi 4.

Les Européens ont tenté de comprendre le mode de vie des Amérindiens, jusqu’à ce que ceux-ci ne représentent plus qu’un obstacle à l’établissement de la nouvelle société américaine. À partir de ce moment, les aborigènes ont été vus que comme hostiles et à l’origine même de ce conflit, et peu importe la façon chaleureuse avec laquelle ils avaient accueilli les colons et les alliances passées entre les deux camps. Raymond William Stedman ajoute par ailleurs que les historiens eux-mêmes passaient sous silence la coopération dont on fait preuve les indigènes 5. Une réécriture de l’Histoire est donc déjà bien en marche à cette époque.

 

Des récits modelés par la pensée de la société

C’est sans surprise que l’on constate que cette censure fut également pratiquée en littérature. Gretchen Bataille et Charles Silet font remarquer dans leur essai The Pretend Indians : Images of Native Americans in the Movies6 que les écrivains furent à l’époque obligés de modifier leurs descriptions des peuples aborigènes pour convenir avec l’image que l’on se faisait du peuple. Par conséquent, ce stéréotype du sauvage a été ensuite transmis par les historiens et la littérature. Le cinéma, qui fera son arrivée bien après, ne fera que reprendre ses stéréotypes. Cette ambivalence de la société, oscillant entre fascinations, curiosité et animosité pour les aborigènes sont bel et bien présentes dans les premiers films que l’on a pu voir sur grand écran. La filmographie de DW Griffith, un des premiers réalisateurs américains, en est la preuve. Si la littérature de l’époque a volontairement modelé ces écrits pour épouser la pensée de la société sur les aborigènes, certains cinéastes en ont fait de même.

L’Enfant et le Peau-Rouge (1908) raconte l’histoire d’hommes blancs qui kidnappent un Indien afin que celui-ci leur dévoile où l’or se cache. Les aborigènes sont ici représentés de manière positive, tandis que le portrait des Européens est pessimiste. Cette description des Indiens va de pair avec les premiers rapports qui furent rapportés par les explorateurs lors de leurs premiers voyages, mais aussi avec la pensée encore positive d’une certaine partie de la société pour les Indiens.

Néanmoins, DW Griffith fera par la suite un portrait beaucoup moins élogieux des indigènes d’Amérique, notamment en 1914 avec son film The Battle of Elderbush Gulch. Ici, c’est le stéréotype de l’indien assoiffé de sang qui prédomine, le film mettant en scène l’éternelle guerre entre Occidentaux et aborigènes. Dans son essai The Stereotyping of North American Indians in Motion Pictures7John A. Price fait remarquer que le fait de dépeindre ces indigènes mangeant du chien et effectuant des danses guerrières donnait une image peu civilisée (et donc négative) à une audience blanche.

Ainsi, ces deux films de DW Griffith sont un exemple de ce qui se faisait au cinéma à l’époque. Gretchen Bataille et Charles Silet affirment dans leur essai The Pretend Indians : Images of Native Americans in the Movies que « les représentations contradictoires des Indiens, tantôt gentils et bons, tantôt terrifiants et diaboliques, proviennent de l’ambivalence des Européens à l’égard d’un peuple qu’ils tentaient de détruire».

 

L’arrivée du Western

Cependant, l’histoire du cinéma nous apprend aussi que le stéréotype du sauvage prendra par la suite le dessus sur celui du noble sauvage. Très vite, les quelques représentations un tant soit peu positives des Amérindiens disparaîtront pour ne laisser place qu’à l’image de l’indien assoiffé de sang. Ce changement correspond de ce fait avec le développement du genre western dans le cinéma américain.

On considère aujourd’hui que le premier film western est Le Vol du grand rapide (1903), et cela même si d’autres films appartenant au même genre avaient été réalisés antérieurement. Cependant, la période à laquelle le western a réellement commencé à se développer coïncide avec ce changement dans la représentation des Amérindiens dans le septième art. Rien d’étonnant à ce que les deux soient liés, puisque le genre trouve ses origines dans l’histoire des États-Unis.

Le western met en scène la naissance de l’Amérique et se doit donc, pour son aspect historique, de parler de la confrontation entre les Indiens et les colons. Pourtant, le genre prendra très vite ses libertés pour transformer la réalité et créer ainsi de nombreux mythes : celui du cowboy, mais aussi celui du sauvage, qui s’installeront durablement pour finir par faire partie de l’imaginaire filmique commun. Dès ce moment-là, les Indiens seront constamment dénigrés dans le cinéma américain, et ce pendant de nombreuses années. Car le genre qu’est le western se doit de célébrer la nation américaine.

Death of Custer © Library of Congress

Death of Custer © Library of Congress

Gretchen Bataille et Charles Silet expliquent dans leur essai The Entertaining Anachronism : Indians in American Film9 que pour arriver à ses fins, le septième art se devait de représenter les Amérindiens comme foncièrement mauvais « dans le but de justifier l’existence du gouvernement » sur cette nouvelle terre. C’est donc avant tout une question politique qui se cache derrière l’utilisation de ce stéréotype. Ils ajoutent par ailleurs que « le western est devenu une métaphore de l’American way of life, triomphant sur la terre et les peuples qui l’habitaient autrefois10 ».

Néanmoins, si cette falsification de l’Histoire s’est souvent faite sans que l’audience en soit pleinement consciente, elle représente aussi la pensée de la société à cette époque. Les premiers rapports des explorateurs en sont la preuve : ils pensaient à tort que la société civilisée dans laquelle ils avaient été élevés leur donnait tous les droits sur ses peuples aborigènes qui étaient différents d’eux. Cette pensée se retrouve ainsi notamment dans certaines critiques de films, et notamment dans celles de Louis Reeves Harrison, journaliste influent du Moving Picture World. Il n’est donc pas étonnant pour l’époque de l’entendre s’exprimer ainsi à propos des aborigènes :

« Sans langage universel, sans aucune trace d’illumination progressive et incapable de quoi que ce soit à la contribution de l’évolution humaine 11 »

Il poursuit :

« L’indien reste cependant l’un des éléments les plus intéressants et pittoresques de notre histoire nationale. Il est presque typique de l’homme de combat, dominant, créature inquiète et humaine, principalement engagé dans des travaux de destruction, mais représentatif de la souche ancestrale que la conquête de toutes les autres créatures livrées à partir du ventre fécond de la Terre Mère. Il est essentiellement un homme d’action, utilisant uniquement la partie de son cerveau qui lui a permis d’être rusé à la chasse pour la nourriture, mais avec des idéaux poétiques vagues et des rêves nébuleux d’une splendeur barbare. Mentalement, il est bien en dessous de l’égyptien d’il y a 6000 ans, mais supérieur physiquement à n’importe quel homme sur terre, exception faite de l’Européen musclé qui cultive son esprit avec sa force physique 12. »

Dans leur livre The Pretend Indians : Images of Native Americans in the Movies13, Bataille et Silet expliquent que cette façon de dépeindre les aborigènes est une tentative de la part des Américains de faire face à leur culpabilité. En d’autres termes, ces films sont là pour donner bonne conscience aux Américains, pour qu’ils puissent vivre en toute tranquillité sans songer aux atrocités qu’ils ont pu commettre.

En conséquence, le stéréotype du sauvage s’est retrouvé continuellement utilisé pendant de nombreuses années sur le grand écran. Néanmoins, Jörg Schweinitz précise dans son essai Film and Stereotype : a Challenge for Cinema and Theory14 que l’utilisation schématique des stéréotypes n’est pas le simple fait d’une routine dans la production de films, mais qu’ils sont réutilisés perpétuellement, car ils fonctionnent. L’audience du XXe siècle s’attend à voir les aborigènes comme des sauvages. Par ailleurs, les indigènes étaient facilement opposables à la communauté blanche et pouvaient incarner à la perfection le stéréotype du vilain. Que tout cela soit inexact et caricatural importait peu à Hollywood.

 

Le noble sauvage

La représentation des aborigènes connaît néanmoins un changement important à partir des années 1950. Le portrait fait des indigènes se révèle plus positif et c’est ainsi que le stéréotype de l’indien comme noble sauvage fait son apparition au cinéma. Si nous étions passés d’un cliché positif à négatif avec D.W Griffith, l’inverse se produit également dans le cinéma de John Ford. Ainsi, le stéréotype du sauvage assoiffé de sang retrouvé dans La chevauchée fantastique (1939) prend une tournure positive avec Le massacre de Fort Apache (1948) et plus tard avec Les Cheyennes (1964).

Les Cheyennes © Warner

Les Cheyennes © Warner

Ce dernier film, basé sur le roman La dernière frontière de Howard Fast, met en scène un fait historique véridique : la déportation des Cheyennes dans le territoire de l’Oklahoma (1877). Les conditions de vie étaient terribles pour la communauté indigène qui n’était pas habituée au climat. En 1878, environ 350 Cheyennes décident alors de quitter l’Oklahoma pour se diriger vers le nord et rejoindre ainsi leurs terres. Les soldats de l’armée et des volontaires civils les rattrapent et en séquestrent une partie au Nebraska. Ils sont alors confinés, sans nourriture, ni eau, ni chauffage. En janvier 1879, un groupe tente une énième évasion. Beaucoup d’entre eux sont alors abattus. Et c’est cette histoire que John Ford décide d’adapter en 1964.

Comme pour le stéréotype du sauvage, cette nouvelle image de la communauté amérindienne trouve son origine dans un contexte historique et politique. Plusieurs événements vont se succéder des années 1950 aux années 1970, changeant profondément la perception de la société sur les peuples aborigènes. Cela commence tout d’abord avec le mouvement des droits civiques qui prend de l’ampleur en 1955. Même si la ségrégation raciale touche avant tout la population africano-américaine, cette lutte pour l’égalité des droits civiques annonce un changement dans la perception des communautés ethniques. Au fur et à mesure que la ségrégation raciale recule et que l’égalité des droits civiques pour les Afro-américains s’installe, il devient impossible (dans une certaine mesure) pour l’industrie cinématographique de représenter les communautés ethniques sous un jour négatif.

 

La lutte contre la ségrégation raciale change la donne

Richard Schnickel précise ainsi dans son essai Why Indians Can’t Be Villains Any More que « si ces conflits [ethniques] sont de nouveau vus à l’écran, ils prouveront que nous — les blancs — sommes génocidaires dans notre racisme15 ». Cette question de génocide à l’égard de ces communautés sera par ailleurs amplifiée avec ce scandale qui suivra de près la guerre du Viêt Nam. Cependant, même si cette époque est sujette à des controverses concernant la façon dont sont traitées les communautés ethniques, une autre raison s’ajoute au changement de perception des aborigènes, tout en restant liée aux événements historiques et politiques qui prennent place : la contre-culture des années 60 et le mouvement des hippies.

La ségrégation raciale, la guerre du Viêt Nam, les mœurs sexuelles, et la contestation de l’American way of life sont autant de raisons qui suscitent la montée de la contre-culture. Les hippies se rebellent contre l’État et sa société de consommation, décidant de se tourner vers une vie plus spirituelle. C’est ainsi que la culture aborigène devient progressivement une « mode » que nombre de hippies décident de suivre. Cela se manifeste notamment par le style vestimentaire, mais aussi par l’assimilation d’un mode de vie plus terre à terre, et qui est notamment proche de celui des Amérindiens avant la colonisation. De ce fait, les aborigènes ne sont plus vus dans la pensée populaire comme des personnes desquelles il faut se méfier, mais au contraire qu’il faut absolument respecter et pour certains, vénérer.

Holy Man Jam, Boulder, août 1970

Holy Man Jam, Boulder, août 1970 © DR

Ce changement dans l’opinion publique se fait donc ressentir dans la représentation de la communauté aborigène au cinéma. Hollywood n’a nullement l’intention de faire désormais un portrait réaliste des Amérindiens, mais du moins, d’en faire un portrait positif. Dans la pensée commune, un Indien est toujours vêtu de plumes, danse autour d’un feu, se déplace encore à cheval et se soumet à une vie purement spirituelle. C’est donc cette image qu’Hollywood va donner, puisque c’est désormais celle-ci que l’audience attend.

Si ce stéréotype fait son apparition dans les années 1960, il est toujours en rigueur de nos jours. Le dernier film de James Cameron en est par ailleurs la preuve. Même si Avatar (2009) met en scène l’histoire d’un peuple habitant sur une autre planète, ces aliens ont beaucoup de choses en commun avec les aborigènes. Le film raconte en effet l’histoire d’un soldat américain qui décide de se battre aux côtés des Na’vis pour protéger leur planète face à l’envahissement de la société consumériste américaine qui souhaite l’exploiter. Le film peut de ce fait être vu comme un sous-texte de la colonisation18. Les Américains sont présents sur la planète pour en exploiter les richesses (notamment l’unobtanium, sorte de pierre précieuse qui n’est pas sans rappeler l’or que cherchaient les premiers colons). De plus, les Na’vis surnomment les Américains « cavaliers du ciel », tout comme les Amérindiens le firent avec les colons. La façon de s’habiller — pratiquement nus et couverts de plumes — montant des créatures semblables à des chevaux, vivant en communion avec la nature, mais aussi leur langue, n’est pas sans démontrer les similitudes entre ces aliens et la culture aborigène. Paul Frommer, expert linguistique sur le film, a affirmé lors d’une émission radio16 qu’il s’était inspiré, entre autres, de la langue des Maoris, communauté indigène de Nouvelle-Zélande, afin de créer le langage des Na’vis. Le film est bien la preuve qu’un fossé s’est créé entre la perception que la société avait des aborigènes au XXe siècle et celle d’aujourd’hui.

Avatar, 2009, © DR

Avatar, 2009, © DR

 

La colonisation du cinéma américain

Le passage du stéréotype de l’indien assoiffé de sang au noble sauvage peut dans un premier temps sembler positif. Certes, on ne peut que saluer ce changement. Car même si certains parlent encore de racisme dans l’utilisation du stéréotype du noble sauvage, ce n’est rien comparé à ce que laissait transparaître le mythe du sauvage au XXe siècle. Cette évolution est la preuve que la société actuelle ne voit plus dans les communautés ethniques des ennemis.

Pourtant, il faut avouer que les films se focalisent toujours sur un personnage principal de type caucasien. Avatar (2009) en est le dernier exemple, mais bien d’autres l’ont précédé comme Danse avec les loups (1990). Dans chacun de ses deux films, un individu blanc se retrouve au sein d’une communauté aborigène et les sauve de l’attaque des Américains. Plusieurs critiques ont ainsi pointé le fait que les indigènes ne savent pas se défendre par eux-mêmes et que l’aide d’un sauveur est requise. Malgré les changements qui se sont fait sentir dans la perception des communautés aborigènes, il en ressort toujours que les Américains semblent avoir un certain ascendant sur eux. Il est par ailleurs intéressant de noter que les Amérindiens sont toujours représentés de la même façon au fil des ans, comme s’ils étaient figés dans le temps. La réalité est cependant tout autre, mais aucune nouvelle donnée n’est pourtant apportée sur l’évolution de leur civilisation et de leur culture.

Hollywood amorcera-t-elle un jour un changement dans cette représentation ? On peut espérer que la réponse sera positive. Cependant, si le stéréotype du noble sauvage disparaît progressivement, ce ne sera que pour être remplacé par un autre. Bataille et Silet font remarquer à propos du stéréotype du sauvage que « tant que la conscience collective de la nation pouvait s’identifier émotionnellement et historiquement avec le mythe, il n’y avait aucune raison de le modifier18 ».

La captive aux yeux clairs (1952) d'Howard Hawks

La captive aux yeux clairs (1952) d’Howard Hawks

Même si l’on aime à penser que notre société libérale actuelle permettra de libérer les aborigènes du carcan de cette représentation, la réalité semble être tout autre. L’année 2013 a ainsi vu l’apparition d’un nouveau mouvement de protestation des Premières Nations. Sous le nom Iddle No More, les communautés indigènes ont décidé de contester un projet de loi. Le C-45, mis en place par le gouvernement canadien, pourrait violer de nombreux traités ancestraux et modifier ainsi le cadre de vie des Amérindiens. Par exemple, la loi sur la navigation serait ainsi levée pour 99 % des lacs et rivières, ne permettant plus de protéger les ressources alimentaires des communautés qui vivent pour la plupart de la pêche et de la chasse. Face à ce projet de loi, la représentation des aborigènes dans le septième art permet de se poser une autre question d’ordre plus politique : la colonisation est-elle vraiment terminée ?

 


1 Larousse, Paris, 2014. 2 STEDMAN, Raymond William. Shadows of the Indian: Stereotypes in American Culture, University of Oklahoma Press, 1982, p.20. 3 COLOMB, Christophe. 4 STEDMAN, Raymond William. Op. Cit. 5 Ibid. 6 Bataille, Gretchen. et Silet, Charles (ed.) The Pretend Indians: Images of Native Americans in the Movies, Iowa State University Press, 1980. 7 PRICE, John A. “The Stereotyping of North American Indians in Motion Pictures” dans BATAILLE, Gretchen etSILET, Charles. (ed.) The Pretend Indians: Images of Native Americans in the Movies, Iowa State University Press, 1980, p.77. 8 BATAILLE, Gretchen. et SILET Charles. “The Entertaining Anachronism: Indians in American Film” in MILLER, Randall M. (ed.) The Kaleidoscopic Lens: How Hollywood Views Ethnic Groups, 1980, p.39. 9 Ibid. 10 HARRISON, Louis Reeves. “The Bison 101 Headliners” in The Moving Picture World, 27 avril 1912. 11 Ibid. 13 BATAILLE, Gretchen. et SILET, Charles. (ed.), Op. Cit. 14 SCHWEINITZ, Jörg. Film and Stereotype: A Challenge for Cinema and Theory, Columbia University Press, 2011. 15 SCHNICKEL, Richard. “Why Indians Can’t Be Villains Any More” in BATAILLE, Gretchen. et SILET, Charles. (ed.) The Pretend Indians: Images of Native Americans in the Movies, Iowa State University Press, 1980, p.150. 16 FROMMER, Paul. « Avatar Language », Nine to Noon, Radio New Zealand National, 15 décembre 2009. 18 BATAILLE, Gretchen. et SILET Charles. Op. Cit.

Pour aller plus loin :

  • Reel Injun (2009), un documentaire réalisé par Neil Diamond, Catherine Bainbridge et Jeremiah Wayes
  • Henri-Louis de La Grange. Mahler vol. 2 : L’âge d’or de Vienne, Éditions Fayard, Paris, 1991.