Le photographe britannique Tim Walker est un conteur moderne, capable de nous emmener dans son imaginaire prolifique grâce à la lumière. Dans ses photographies, il crée des décors fantastiques au gré de ses inspirations et il réussit,  par son talent, à s’épanouir dans l’univers de la mode, pourtant extrêmement codifié. Portrait d’un faiseur d’images. 

 

« Je ne suis pas vraiment inspiré par la mode et les marques », confiait Tim Walker en 2012 dans une interview pour le magazine anglais The White Review. « Je crois que je me suis toujours servi de l’industrie de la mode comme d’un mécanisme me permettant de financer mon travail. » Né à Londres en 1970, il a découvert son intérêt pour la photographie dans la bibliothèque de Condé Nast – l’éditeur de Vogue et Vanity Fair, entre autres – où il a travaillé un temps avant d’entreprendre ses études. Sa fascination pour les images remonte à l’enfance : «  J’ai toujours aimé les illustrations dans les livres pour enfants plus que les histoires elles-mêmes », déclarait-il dans l’édition anglaise de Vogue en 2008. Tim est un peu comme Alice, le personnage de Lewis Caroll, qui s’ennuyait auprès de sa sœur en train de lui lire un livre : « À quoi bon un livre sans images, ni dialogues ? », se demandait la petite fille avant d’entreprendre sa plongée dans le pays des merveilles.

En 1994, à peine diplômé de l’Exeter College of Art, il part pour New York, où il devient l’assistant de l’un des plus grands maîtres de la photographie du XXe siècle, Richard Avedon. Leur collaboration, riche d’apprentissages, dure moins d’un an car leurs méthodes de travail ne sont pas compatibles. Avedon photographie la vie, l’action, Walker est déjà dans le rêve.

Tim Walker ©

Maja Salamon, Ola Rudnicka, Codie Young, Esmeralda Seay-Reynolds, Nastya Sten, Sasha Luss, Alexandra Kivimaki, Alice Cornish / London, Uk, American Vogue, mai 2014, Tim Walker ©

Un an plus tard, à seulement 25 ans, Tim signe sa première série de mode pour Vogue. Dès lors, il entame une suite de collaborations extrêmement fructueuses avec le magazine, ainsi que pour d’autres géants de la presse anglaise tels que W ou Love.

Dans l’édition du New York Times du 19 décembre 2013, Stefano Tonchi, rédacteur en chef de W, raconte que les shootings de Walker ne partent pas des vêtements, « mais de l’urgence pour lui de nous raconter une histoire ». Ce n’est pas le genre de personne que l’on peut appeler pour lui demander de photographier douze robes blanches sur un fond vierge, explique-t-il.

Aussi étonnant que cela puisse paraître pour un photographe de mode, le stylisme n’est donc pas l’élément central de son travail. Les beaux vêtements le fascinent comme des œuvres d’art à part entière, mais ils ne constituent pas pour autant le cœur de sa création artistique. Pourtant, le résultat est là à chaque fois, proche de la perfection, tant et si bien que les plus grandes maisons, telles que Dior, Givenchy, Lanvin ou Mulberry, font régulièrement appel à son incroyable créativité.

Je suis assez différent des autres photographes dans le sens où je vais m’adresser à un magazine avec une idée précise, par exemple « J’ai très envie d’intégrer des insectes dans un conte de fée », explique-t-il dans le magazine White Review. C’est un point sur lequel j’ai toujours insisté, je ne suis pas capable de photographier quelque chose auquel je ne crois pas.

Tim Walker ©

Sacha Pivovarova / Kizhi, Russia, British Vogue, Janvier 2007, Tim Walker ©

Guidé par son imaginaire débordant, capable de naviguer avec une aisance déconcertante d’un monde à l’autre, Tim n’a aucun problème à transformer un carrosse en une citrouille géante, quand d’autres butent sur le visible. Plus qu’un métier, la photographie semble être son exutoire pour s’évader d’un univers bien trop morne et rigide. Face à l’adulte pressé, il redevient l’enfant qui « a beaucoup de temps pour errer, et rêver en étant éveillé », comme il l’explique dans le magazine écossais The Herald en 2012.

Son expression artistique ne connaît qu’une seule limite : il ne pratique jamais de retouches numériques. Tous les décors sont créés dans les moindres détails, rien n’est ajouté en post-production. Chaque photo nécessite des jours de préparation : tout est pensé, depuis sa tendre enfance peut-être, et tout est stocké, dans des livres ou il assemble et collecte ses idées. Celles (et parfois ceux) qui posent pour lui adoptent souvent le même regard perçant, qui vient éclairer un visage stoïque, imperturbable comme celui d’une poupée de cire. Les muses de Tim sont des héroïnes figées dans leur quête, à la fois drôles et rigides, insouciantes et blasées, féminines et rebelles. Pour lui, les meilleurs modèles sont capables de raconter une histoire en silence par leur simple présence.

Tim Walker ©

Mechanical Dolls, Vogue Italie, 2011, Tim Walker ©

Tim Walker s’est approprié les codes de l’univers de la mode pour nous faire découvrir son monde fantastique. Parfois sombre et sinistre, comme une reine de cœur qui ordonne que l’on coupe une tête, dérangeant ou caustique, comme le sourire du chat du Cheshire, son œuvre a la richesse et l’étrangeté du pays des merveilles. Tim Walker nous invite constamment à dépasser les frontières du réel. Et tel un Peter Pan du XXIe siècle, à ne jamais oublier l’enfant riche de tous les possibles qui aura toujours besoin de croire aux contes de fées.

 


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Image de Une © The Lion King, Karen Elson & Edie Campbell / Love Magazine No.10, Tim Walker