Depuis 2013, le Parc Floral à Paris devient le théâtre d’une gigantesque rave de 30 000 personnes le temps d’un week-end. Un hymne à la techno et la house qui a eu lieu du 10 au 11 juillet pour cette édition 2015, proféré par les pointures du genre telles que Seth Troxler, Laurent Garnier, DJ Pete, Kink ou encore John Talabot et Axel Boman. Retour sur deux jours de festival aux couleurs du paon.

 

Jour 1

© Yulya Shadrinsky

© Yulya Shadrinsky

Comme dans toute escapade festivalière, il y a souvent un chouchou que l’on ne veut absolument pas rater. Pour la première mi-temps de The Peacock Festival, c’est Vril que j’avais inscrit dans ma liste des priorités. En sortant l’album techno du début de l’année et après avoir marqué les esprits grâce à une boiler room intense devant un public masqué, le mystérieux Allemand a réuni un parterre de clubbeurs dans la petite salle Resident Advisor à l’extérieur des énormes hangars. Le déluge commence à 1h30. Pendant une heure, le producteur nous masse les cervicales grâce à son live techno crasseux toujours en réinvention. Les pieds de batteries résonnent profondément et les synthétiseurs stratosphériques bien connus des adeptes de son univers s’abattent sur nous comme jamais. Subtilement, il dévoile plusieurs morceaux de Portal en lui apportant des modifications bien senties. Si la salle se transforme rapidement en cocotte-minute en pleine ébullition, les danseurs ont bien compris leur chance, décidant de rester jusqu’au bout et surmontant l’insupportable chaleur en pleine période de canicule. L’un d’entre eux, surexcité, décide même de jeter son dévolu sur la barrière en face de nous, la confondant visiblement avec un partenaire de transe. La bonne idée de l’égorgeur Vril est de terminer sa performance dantesque — à la hauteur de toutes nos attentes — par un Torus XXXII, une mélodie toute en douceur.

Ce live magistral sera pour moi la seule escapade musicale hors des frontières de la warehouse qui domine le Parc Floral. Agréable, avec son espace chill et ses quatre dancefloors qui proposent une expérience différente, le lieu se dresse en échappatoire dédiée à la fête. La circulation d’une scène à l’autre est aisée et se fait sans souffrir des mouvements de foule qui peuvent rapidement devenir insupportables dans ce genre de festival. Cependant, passé une heure du matin, la foule groupée devant les deux plateaux principaux est si compacte que la liberté de danser devant les DJs se réduit comme peau de chagrin. À l’inverse, les warm-up permettent de sentir l’ambiance monter sans se faire marcher dessus. 22h30, à mon arrivée sur les lieux, les Américains Frank & Tony, adeptes d’une deep-house racée, sont rangés derrière leurs platines. Alors que quelques fêtards intrépides déploient toute leur énergie, comme s’il s’agissait là des dernières minutes avant le closing, je préfère réserver mes forces pour tenir le plus longtemps possible. D’ailleurs, le duo a bien compris son rôle. L’une après l’autre, les tracks s’enchaînent avec fluidité. Leur house nonchalante, sans aspérités et toujours injectée de groove, se charge d’échauffer le système son. Un préambule parfait pour la suite de la nuit.

 © Yulya Shadrinsky

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23h30, Traumer s’installe et on comprend bien vite à qui on a affaire. En un rien de temps, la foule s’est attroupée autour de lui, délaissant le résident du Berghain Ryan Elliott dans la première salle. Il faut dire que le français stakhanoviste est sur tous les fronts avec ses multiples projets en duo avec Dj Deep (Sergie Rezza, Adventice) ou en solo. Érigé en valeur montante de la nouvelle scène techno hexagonale, Roman Poncet, dit « la ponceuse », jouit désormais d’une liberté de ton, loin de décevoir la masse surexcitée. Entre des enchaînements de plages psychédéliques, tribales ou planantes, Traumer casse son rythme avec une techno vrombissante et martiale. Ses compos énergiques et cauchemardesques se déploient avec autant de force que ses tunes les plus mentales. Les corps s’agitent. Le type s’amuse en offrant un vrai tour de force électronique, proche d’un set de l’écorcheur Len Faki (qui n’est autre que celui qui l’a adoubé en sortant plusieurs tracks du Français sur le label Figure).

© Yulya Shadrinsky

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Plus tard dans la nuit, les têtes d’affiche vont tout donner pour nous secouer jusqu’au matin. Margaret Dygas nous dorlote en poussant un set minimaliste soigné. Il est plus de trois heures, quand le déluré Seth Troxler et le cofondateur de Kompakt Michael Mayer récitent leur gamme dans la salle 1, alors que dans l’autre pièce, Maya Janes Cole ravit le public grâce à une house envoûtante qui cogne. Au tour de Loco Dice de prendre les commandes. Sa tech-house profonde sied parfaitement à la moiteur de l’assemblée, les basses liquides coulent sur les parois du hangar. Humant l’atmosphère des lieux, le DJ tunisien mixe avec délicatesse. Simple. Entêtant. La lumière du jour perce les grandes portes et la fatigue pointe le bout de son nez. L’inévitable Laurent Garnier vide nos dernières batteries en montrant qu’il reste toujours inspiré, passant d’un genre à l’autre avec une facilité déconcertante.

6h00 du matin, c’est la stupeur : une coupure de courant stoppe net les ravers déchaînés. Épuisé, c’est le moment de rentrer chez soi. Pas la force d’attendre le retour de l’électricité qui arrivera une dizaine de minutes plus tard et la reprise des hostilités.

 

Jour 2

© Yulya Shadrinsky

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« On a été mauvais sur ce coup-là. On arrive trop tard. On va rater Flume. » Il est plus de 23h30 quand, dans la queue, l’impatience se fait sentir chez les festivaliers. Les esprits s’échauffent, excités par l’écho de la scène extérieure. Qu’ils se rassurent, la bataille ne fait que commencer. Préambule du côté de « l’Open air off the Trax » où ce n’est autre que Peter M. Kersten aka Lawrence, à l’origine du label Dial, qui nous accueille dans son jardin. C’est à nous donner l’envie de partager un barbecue avec lui tant le DJ semble à l’aise, sirotant des bières, discutant avec ses fans et profitant même d’une track bien cheesy, tout droit sorti des années 1980, pour faire une pause aux toilettes. Cette incivilité sera vite pardonnée car le larron fait se succéder les tracks de ses copains de Smallville Records. Cette deep-house à la marque de fabrique reconnaissable — batteries sorties d’une Roland TR-808, envolées lyriques progressives, nappes mélancoliques — est toujours aussi délicieuse. Avant de se plonger dans l’humidité des hangars, le passage à la case buvette et food-truck est incontournable, histoire de prendre une bouffée d’oxygène.

© Yulya Shadrinsky

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Événement fortement orienté house, la Peacock décline à travers sa timetable le genre dans toutes ses formes, à l’instar de la salle 2. Le producteur old-school Kyle Hall, dont le style s’enracine dans les sonorités des premières heures de la musique électronique, n’a pas à rougir des pionniers du genre. Son envie de faire durer ses tracks, sans chercher à trop en faire, étonne. Plutôt que de multiplier les effets, les transitions fonctionnent parfaitement au service d’un son garage house classe et authentique. Le type ne lâche jamais son kick et libère un set ultra énergique. Les vocaux mettent à l’honneur une musique soul afro-américaine. Le Parc Floral est déjà bondé et l’on sent que certains danseurs très agités ne tiendront jamais toute la nuit.

02h30 : je continue dans l’arène principale alors que le live de Kolsch a déjà commencé. C’est le peak time : son titre phare Loreley fait lever d’un seul homme tous les bras de la salle. Difficile de reprocher au Danois de ne pas être efficace. En prenant un malin plaisir à allonger ses drops, à déployer ses textures en cadence avec le jeu de lumière, l’artiste pousse une techno transy entre frénésie et accalmie. Quand bien même il est facile de s’énerver d’une certaine saturation d’effets un peu bourratifs, Kolsch maîtrise néanmoins son sujet devant une foule déjà acquise à sa cause.

© Yulya Shadrinsky

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4h00 : c’est une tout autre atmosphère qui règne dans le club Resident Advisor. Le maniaque des infrabasses Kode9 fait un pied de nez à quiconque penserait que le dubstep est un gros-mot. Un genre passé de mode, vous avez dit ? Pas pour le boss du label londonien Hyperdub (Burial, Ikonika, The Spaceape) qui s’évertue à libérer les danseurs dans un set vraiment cohérent. Son électro chaloupée et franchement dark qui lui a fait connaître le succès s’ouvre sur des passages UK garage et footwork. Une bonne surprise, idéale pour se laver les oreilles.

Conséquence de la densité du festival, je rate le passage d’Answer Code Request dans la warehouse 1, qui semble vomir tout ce qu’il lui restait dans sa dernière track. Une explosion incandescente qui me fait regretter de ne pas être venu plus tôt. Mais c’est le jeu. Et pour m’éviter toute nouvelle frustration, je décide de répartir les dernières heures entre Efdemin sur la scène secondaire et le très attendu Dixon dans la main stage. Le premier balance une techno berlinoise jubilatoire qui ne fait pas dans la dentelle, à base de Kicks assourdissants et d’éléments plus ambiants. Il vaut mieux s’accrocher.

© Yulya Shadrinsky

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06h30 : Hydraulic Pump de Dj Deep et Roman Poncet jaillit du sound system. Je décide alors de rejoindre la salle principale transformée en aire de jeu par le méchu Dixon. Yeux mi-clos, corps dénudés, mouvements détendus, les plus résistants se prélassent sur la house cotonneuse de l’Allemand. C’est peu dire que le DJ prend très au sérieux son aspiration à faire danser les gens. Ils sont rares ceux, comme lui, à présenter une techno à la fois accessible et intelligente, mixée avec minutie et justesse. Il est capable de mesurer à la seconde près à quel moment il faut placer un break ou repartir, bien aidé par les visuels. Agrémentées souvent de vocaux, les ascensions d’arpèges séduisent la foule en descente.

7h30 : si ma tête est conquise, mon corps vacille. Il est temps de sortir du cosmos et de rentrer chez soi.

 


Et pour accompagner ce live report de qualité, une mixtape spécialement concoctée afin d’écouter ou réécouter les meilleurs morceaux du festival !

Tracklist:
1. Vril — Torus XXXII
2. Model 500 — Starlight (M 69 Original Mix)
3. Octave One — Blackwater (Kevin Sauderson String Instrumental Mix)
4. Kölsch — Loreley
5. Point G — Mantra Box.
6. Après — Chicago
7. Jimpster— Last Days of Summer
8. Green Velvet & Jay Lumen — It’s All About Me (Original Mix)
9. DJ Deep & Roman Poncet present Adventice — Hydraulic Pump
10. Edit Select & Markus Suckut— Asperity Reprise (Original Mix) [SELECTED EDITS]


Crédits photo : © Yulya Shadrinsky

 


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