Il y a des projets sur Internet qui interpellent immédiatement. C’est le cas de The Nu Project, des séries de photos réalisées par Matt Blum et Katy Kessler, les deux Américains à l’initiative de cette ode à la nudité.

 

Mariés et en couple depuis plus d’une décennie, Matt Blum et Katy Kessler ont depuis quelques années œuvré à démystifier le corps humain, à le partager dans ses moindres détails, exposé complètement nu dans le quotidien de leurs modèles. Ces derniers étaient au départ essentiellement féminins, mais, au fil des photographies et du temps, des hommes se sont glissés çà et là, souvent accompagnés de l’être aimé. De tous âges, toutes formes, toutes ethnies et toutes cultures, les muses éphémères et volontaires se dévoilent autour d’un petit déjeuner, le temps d’une lecture ou dans l’intimité de leur salle de bain.

Parcourant le monde avec leur appareil photo, le couple a déclenché son flash aux États-Unis, en Europe ou même en Amérique latine. Katy Kessler, chargée d’éditer les photographies, ne touche pas à Photoshop pour effacer un bourrelet ou réduire la cellulite des modèles. Au contraire. Le corps est ici aimé, magnifique et inévitable. The Nu Project était originellement l’idée de Matt Blum et avait débuté en 2005. Mais il n’y avait alors aucune ambition, aucun message derrière ces nus. Ce n’est que lorsque Katy Kessler s’est lancée dans l’aventure que ce dernier a réellement pu prendre forme. Photographe, comédienne et éditrice, la jeune femme a accepté de répondre à nos questions, et de nous expliquer comment, grâce à Reddit et Kickstarter, est né ce beau projet, de l’écran d’ordinateur à la bibliothèque.

 

Avant de parler de ton beau projet, dis-moi, y a-t-il un lieu qui dans ta vie t’a profondément marquée ?

Katy Kessler : Tellement de lieux m’ont marquée dans ma vie. Je ne sais pas trop pourquoi je choisis ceux-là plutôt que d’autres, mais allons-y. En premier, je dirais St Joseph dans le Minnesota aux États-Unis. C’est là-bas que je suis allée à la fac, et encore aujourd’hui, la sensation d’être sur le campus me fait ressentir beaucoup de choses. C’est à la campagne, donc le lieu est calme d’une manière singulière, qui n’existe pas en ville. Les cloches y sonnent toutes les quinze minutes. Je pense que certaines personnes ne les écoutent plus, mais j’adore ce son. Ça me rend plus attentive à chaque seconde qui passe. J’ai aussi de tendres souvenirs à Grove City, en Ohio, là où se trouvait la maison de mes grands-parents et où j’allais quand j’étais enfant. Il y avait une seule chambre, couleur pêche. Tout était toujours très calme. Lorsque j’avais quinze ans, j’ai peint une aquarelle de fleurs en soie que ma grand-mère a gardée. Elle l’a même fait encadrer. J’étais extrêmement fière.

 

Comment as-tu rencontré Matt Blum, qui travaille sur The Nu Project avec toi ?

Nous nous sommes rencontrés alors que nous avions treize ans, à l’église. Nous étions amis depuis longtemps et nous avons commencé à sortir ensemble à l’âge de dix-sept ans. Nous sommes ensuite allés à la même université et après onze années passées ensemble, nous nous sommes mariés. J’avais vraiment besoin d’être très sûre de le vouloir (rires) !

The Nu Project ©

The Nu Project ©

 

Quand avez-vous décidé de créer The Nu Project ?

J’ai commencé à temps plein avec Matt en 2009. J’ai vite réalisé que le projet avait besoin d’un peu de réseautage. J’ai réédité des images laissées de côté, et il m’a recommandé de prendre une approche plus joviale. C’était trop sérieux auparavant.

 
Comment travailles-tu avec Matt ?

Nous avons des compétences complémentaires, donc nous sommes rarement en concurrence. Au lieu de ça, nous bossons ensemble avec un but commun. La plupart du temps, il prend les photos et s’occupe de la TI (technologie de l’information, ndlr) et moi, j’édite et m’occupe de l’échange avec les client-e-s. Le fait que l’on s’apprécie nous aide pas mal (rires) !

 

Comment ton boulot en tant que comédienne a-t-il influencé l’image que tu avais de toi en grandissant ? Est-ce qu’il t’a aidé à t’accepter ?

Absolument. Pour moi, la comédie était tout d’abord une manière d’attirer l’attention de ma famille. Et en grandissant, j’ai réalisé qu’il s’agissait d’un très bon moyen de défense par déviation. C’était la meilleure manière de surmonter les épreuves qu’amènent le collège et le lycée. Au-delà de ça, le rire nourrit un endroit affamé dans mon corps.

The Nu Project ©

The Nu Project ©

 

Quel était le message derrière le projet ?

Il y a de la beauté en chaque corps.

 
Quelles sont tes pensées quant à l’image corporelle que l’on peut avoir de soi-même ?

Mon corps a traversé de nombreuses épreuves ces dernières années. J’ai eu deux bébés, que j’ai allaités. Je suis assez impressionnée par tout ce que le corps humain est capable de faire. Avec ça en tête, j’aimerais que l’on puisse tous s’apprécier un petit peu plus.

Katy et son petit garçon posent pour The Nu Project ©

Katy et son petit garçon posent pour The Nu Project ©


 
Comment as-tu travaillé avec les modèles ?

Mon interaction avec les modèles se résume généralement à produire, organiser et coordonner les shoots, et ensuite de faire un suivi et de leur remettre les fichiers après la séance. J’ai assisté à quelques shoots, mais il est toujours mieux d’avoir le moins de gens sur place. Comme ça, les modèles peuvent choisir s’ils veulent quelqu’un avec eux — un-e ami-e, partenaire, conjoint-e, membre de la famille… Il s’agit surtout de les mettre à l’aise et qu’ils se sentent libres de s’exprimer dans leurs propres lieux d’habitation.

The Nu Project ©

The Nu Project ©


 
Comment as-tu utilisé le financement participatif ?

Grâce à Reddit, nous avons réussi à toucher une quantité importante de gens qui s’intéressaient à The Nu Project. En l’espace de quelques heures, nous sommes passés d’un trafic web normal à des charges de serveur si importantes qu’elles ont mis le site HS. Nous avons mis en place le Kickstarter sur les chapeaux de roues, aussi vite que nous pouvions écrire une proposition de projet, et nous nous sommes rongé les ongles en attendant la validation de Kickstarter. Nous savions que nous allions atteindre notre but, mais on s’est déchirés pour diffuser l’information, faire la promotion et rester en contact avec les gens des médias. Localement, nous avons reçu l’aide du Huffington Post, qui a couvert notre histoire dans le journal du coin. C’était incroyablement inspirant et motivant de voir tout le soutien que l’on recevait.

 

Penses-tu que le crowdfunding est devenu de plus en plus indispensable aux artistes afin de réaliser leurs projets ?

Incontestablement, ça te permet de savoir s’il y a un marché pour ce que tu fais. Ainsi, je dirais que ça peut être assez utile. Dans le même temps, la responsabilité du financement de ta vie d’artiste ne peut être portée par tes amis et ta famille. D’ailleurs, sans Internet, nous n’aurions pas été financés par des gens partout dans le monde. Et The Nu Project n’aurait jamais existé.

The Nu Project ©

The Nu Project ©

 

Tu es éditrice et directrice artistique du projet. De quoi t’occupes-tu précisément ?

C’est exact ! Et en plus d’être photographe free-lance, je suis aussi l’éditrice principale des copies et des images pour notre entreprise de photographie. Pour résumer : je dirais que je passe toutes mes journées avec un stylo rouge de correction dans les mains…

 

Qu’as-tu de prévu pour la suite ?

Nous nous attelons pour terminer les précommandes du deuxième livre The Nu Project. Donc on a publié de nouveaux clichés et on essaye de faire venir les gens sur le site. Et, on l’espère, les encourager à voir la valeur d’un livre d’art entre leurs mains, plutôt que de regarder les photos sur leur écran. Au-delà de ça, nos futurs projets consistent essentiellement à faire du code et sortir de la ville pour passer du temps en famille dans notre petite cabane au bord du lac.

 

Qu’est-ce qu’être une femme de trente-trois ans au XXIsiècle d’après toi ?

Je me sens incroyablement reconnaissante envers les femmes qui étaient là avant moi, et par les femmes qui ont donné l’exemple dans ma famille tout particulièrement. Elles ont aidé à établir les bases du féminisme. En tant que maman, d’une fille et d’un garçon, je ressens aussi un grand sens de la responsabilité afin de leur apprendre à valoriser leur intelligence et respecter leur corps.

 


 


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