La musicienne Emika, reine des dancefloors à ses heures perdues, a besoin de vous pour financer son orchestre symphonique. Elle nous a parlé de son magnifique projet, collaboratif, sensible et pur. Rencontre en terre dansante, sur quelques cordes distendues.

 

Un orchestre, une symphonie, une muse

Le recours au financement participatif par les artistes indépendants est devenu monnaie courante, et dans cette multitude de projets, il devient parfois difficile de s’y retrouver. Heureusement, certains parviennent à se distinguer des autres. C’est le cas du Kickstarter lancé par l’artiste britannique d’origine tchèque, Emika, plus connue pour ses compositions electro que pour son amour de la musique classique. Pourtant, déjà à l’origine d’un LP regroupant de sublimes morceaux au piano composés par ses soins, la Djette au CV bien rempli avait envie de se lancer dans quelque chose d’encore plus ambitieux : créer un orchestre symphonique.

La vidéo de présentation du projet d’Emika, où elle explique sa démarche.

Lors d’une discussion avec la jeune femme, elle nous a expliqué plus en détail cet ambitieux projet intitulé « How To Make A Symphony » : « Ce n’est pas de la musique classique du type la -di-da, c’est ma musique, profonde et lourde, jouée par un orchestre ». Il est donc probable que les fans d’Emika et les amateurs de son travail passé ne soient pas si dépaysés. Pour celle qui nous explique que la liberté est l’un des principes les plus importants pour elle en tant qu’artiste, cette envie ne repose que sur deux bases essentielles : « l’expression pure et la passion ». Compositrice et productrice, Emika gérera l’ensemble de la formation symphonique en compagnie de son ami Radek, « qui booke les musiciens et le studio à Prague », et retrouvera une chanteuse avec qui elle eut déjà l’occasion de collaborer par le passé, Michaela Srumova, la soprano qui lui sert de muse pour l’ensemble de son travail. « La diva de l’œuvre », selon ses dires.

 

L’art de demander

Au-delà de l’intérêt musical lui-même, discuter avec Emika a surtout été l’occasion de lui demander son avis sur le financement participatif, devenu nécessaire pour quantité d’artistes indépendants aujourd’hui :

[Utiliser Kickstarter] est excitant et a un goût de neuf. J’adore l’idée que mon public, s’il est intéressé par ma nouvelle musique et a envie de l’écouter, puisse être un acteur direct : il aide à sa création en participant au financement des coûts de l’orchestre. J’ai rencontré des gens venant de gros labels et des investisseurs, bien sûr, mais c’était à la condition qu’ils soient propriétaires de ma musique, et ça ne me semble pas correct. De cette manière, la musique m’appartient à moi, la compositrice, ainsi qu’aux auditeurs.

Emika n’est pas la seule à mettre en lumière les avantages que peut avoir le financement participatif pour les artistes. Amanda Palmer en est l’exemple flagrant. Grâce au crowdfunding, l’échange avec les gens est direct, le retour aussi. Peu à peu, cette nouvelle forme de financement semble remodeler le système économique de l’art et plus particulièrement celui de la musique. Pour le meilleur ou pour le pire, les avis divergent. Il suffit peut-être de réapprendre notre rapport à l’autre, redéfinir la notion de contrepartie. Et même s’il semble que les musiciens soient encore aujourd’hui relativement malhabiles quand il s’agit de faire appel à la générosité d’autrui, de beaux projets comme celui d’Emika parviennent à voir le jour. Comme l’expliquait Amanda Palmer lors de son TEDtalk, tout vient de l’art de demander :

Et les médias demandaient : « Amanda, l’industrie de la musique s’écroule et vous encouragez le piratage. Comment avez-vous fait pour faire payer tous ces gens pour la musique ? » Et la vraie réponse est que je ne les ai pas obligés. Je leur ai demandé. Et par le fait même de demander aux gens, j’ai créé un lien avec eux, et en créant un lien avec eux, les gens veulent vous aider. C’est contre-intuitif pour un grand nombre d’artistes. Ils ne veulent pas demander. Mais ce n’est pas facile. Ce n’est pas facile de demander. C’est un problème pour un grand nombre d’artistes. Demander vous rend vulnérables.

 

La musique sans genre

Influencée par l’auteure Simone de Beauvoir et la photographe Bettina Rheims (qui a capturé de magnifiques clichés de la jeune femme), Emika a aussi pris le temps de nous parler de la musique classique, de la distance qu’elle inspire à nombre d’auditeurs :

Je pense que les gens écouteront tout ce qui est bon. Personnellement, je me concentre sur une  seule chose : faire de la belle musique, vraie, qui vient de mon cœur. Le genre musical n’importe pas du moment où l’art est fort. La musique sonne mieux quand les gens peuvent la découvrir, chaque auditeur la comprendra différemment, car chacun a sa propre histoire, son propre rapport à l’acte même d’écoute. J’ai arrêté de me soucier des catégories musicales il y a des années de ça.

Et on la comprend. La musique est une expérience subjective, et l’étiquetage automatique peut parfois faire office de répulsif pour certain-e-s. Alors, que vous aimiez ou non les sonorités classiques, néoclassiques ou electro, nous n’avons qu’un conseil à vous donner : allez faire un tour sur le Kickstarter d’Emika, et découvrez son univers, au gré du hasard et de vos envies.

 


Suivez toute l’actualité du projet sur la page Facebook d’Emika. Le petit bonus : la Boiler Room d’Emika est en ligne !