La toute première édition de l’Ada Week est arrivée cette année dans l’Hexagone, du 12 au 18 octobreDans toute l’Île de France, la discussion se concentrait sur la place des femmes dans les domaines des sciences, pour qu’elles retrouvent enfin leur propre voix. L’occasion pour nous de questionner et comprendre la nécessité d’un tel événement.

 

Le nom d’Ada Lovelace vous est peut-être inconnu. En revanche, celui de son défunt père, Lord Byron – illustre poète d’outre-Manche du XVIIIe siècle – l’est probablement bien moins. Dans tous les cas, ces deux sommités du passé étaient fines lettrées, quand bien même l’écrivain a surtout marqué les esprits par sa triste fin et son voyage vers la folie.

Sa fille, elle, a toute sa vie mis à profit son génie afin d’allier mathématiques et belles lettres, rêvant de loger sa créativité au cœur même de la machine. Bien avant Alan Turing et son calculateur – le précédant d’environ un siècle –, il y avait donc Ada Lovelace, mère des premiers codes informatiques qui ont façonné les machines d’aujourd’hui. Ce fait, encore trop rarement connu, l’est pour une raison malheureusement toujours d’actualité deux cents ans plus tard : Ada Lovelace était née de sexe féminin.

powersimon Ada

Pourtant, que la planète geek s’accroche à ses câbles USB : si Ada Lovelace a écrit le premier programme informatique de tous les temps, cela fait d’elle, en toute logique, la première programmeuse de l’histoire de l’humanité. Difficile de faire plus badass. 

 

Réhabiliter les femmes au sein des sciences

Ce point aveugle de notre histoire, de ces sciences qui ont bien trop souvent ignoré les femmes au profit d’un masculin par défaut, Charlotte de Broglie et son équipe ont décidé de lui faire un sort avec la création de l’Adaweek. Alors que les États-Unis et l’Angleterre célébraient déjà le Ada Lovelace Day – pour la reconnaissance et la mise en avant de toutes les figures féminines tenues hors des manuels de classe –, la France a finalement décidé de leur emboîter le pas en 2015.  Et ce toujours pour que ces grandes dames du passé prêtent aussi leurs lumières à celles du présent, ainsi qu’aux futures générations.

Table ronde sur les Femmes Ingenieures, Adaweek 2015 ©

Table ronde sur les Femmes Ingenieures, Adaweek 2015 ©

Le principe de l’Ada Week est donc simple : consacrer une semaine entière aux femmes dans les sciences, à l’avenir de la parité, à l’éducation aux technologies ou encore à la mise en avant d’expériences et de personnalités moins médiatisées que leurs pendants masculins.

 

Une marraine au CV impressionant 

L’on peut dire que pour une première édition, cette semaine d’octobre a frappé fort avec une marraine d’envergure. À la fois médecin, rhumatologue, spécialiste en médecine aéronautique, doctoresse en neurosciences et – pardonnez du peu – spationaute ayant travaillé à la fois sur MIR et l’ISS (Station Spatiale Internationale), l’Ada Week peut se targuer d’avoir en la personne de Claudie Haigneré une femme également deux fois ministre, puis conseillère principale à l’ESA (European Space Agency) !

Claudie Haigneré

Claudie Haigneré

En revanche, peu connaissent son nom comme étant celui de la première française à avoir foulé le sol de l’ISS. Et c’est bien cela que cette semaine s’est proposé de rectifier avec, espérons-le, de nombreuses autres éditions et marraines à venir.

 

Les femmes et les STEM, une longue histoire d’invisibilisation

Pourquoi les femmes accèdent-elles toujours moins au STEM (sciences, techniques, ingénierie et mathématique) ? D’où viennent ces 20 % de femmes ingénieures ou développeuses de jeux-vidéo, contre 80 % de leurs confrères ? Que faire et surtout comment en parler ? Des questions s’expliquant par des disparités toujours fortes autour d’une simple différence biologique censée prédisposer aux sciences. Des sujets, débats et ateliers venant éclairer les moyens d’avancer un peu plus vite vers l’équité. Des tables rondes, des intervenant-e-s et des conférences pour célébrer, renseigner, apprendre et réfléchir au cœur d’un événement unique.

Marie Curie et Valentina Terechkova, par Rachel Ignotofsky ©

Marie Curie et Valentina Terechkova, par Rachel Ignotofsky ©

Ce week-end a par exemple donné la parole à une certaine Armelle Hubault, ingénieure et femme parmi beaucoup d’autres sur la mission Rosetta. Un atelier proposait quant à lui de participer à la création de la Gazette du futur, pour inventer ce qui reste à venir. Autant de moyens récréatifs et interactifs destinés à évoquer des sujets encore importants en 2015, si ce n’est primordiaux.

 

Un rendez-vous à prendre

Il est agréable, au cours de ces froides journées d’octobre, d’entendre parler sur les réseaux sociaux de femmes telles que Valentina Terechkova (première cosmonaute soviétique et première femme à faire un vol dans l’espace), Marie Curie (physicienne et chimiste), Mary Anning (paléontologue), Rosalind Franklin (biologiste moléculaire), ou encore Rachel Carson (biologiste), pour ne citer qu’elles. Et bien sûr, de retrouver la voix de l’inoubliable Ada Lovelace :

Je suis plus que jamais l’épouse de la science. Pour moi, la religion est la science, et la science est la religion. C’est au cœur de cette vérité intensément ressentie que réside le secret de ma profonde dévotion à l’interprétation des oeuvres naturelles de Dieu… Et lorsque je vois les scientifiques et les soi-disant philosophes, plein de sentiments égoïstes et d’une tendance à vouloir se mettre en guerre contre les circonstances et la Providence, je me dis : « Ils ne sont pas les véritables prêtres, ils ne sont que des demi-prophètes sinon des faux prophètes. Ils ont lu la grande page spirituelle sans voir l’esprit en son sein, avec un simple un œil physique ». L’intellectuel, le moral et le religieux me semblent naturellement liés et imbriqués dans un grand et harmonieux ensemble. Il y a une trop grande tendance à faire des faits physiques et moraux de l’univers des faisceaux indépendants et séparés.

Tandis que tout est naturellement lié et imbriqué. Je pourrais écrire un ouvrage à ce sujet…

(Une citation issue du livre Ada, the Enchantress of Numbers, extraite de l’article de Brain Pickings publié à l’occasion de l’Ada Lovelace Day et traduite par nos soins.)

Ada Lovelace

L’Ada Week, première édition, aura en somme permis de mettre en avant des femmes et des faits, afin de corriger une science et une histoire erronées. En ces circonstances, nous ne pouvons qu’attendre l’année 2016 avec impatience : pour toujours davantage de femmes dans les sciences, de visibilité, de discussion, d’ouverture, et de reconnaissance.

 


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Image de Une : Sammy Tunis dans le rôle d’Ada Lovelace pour la comédie musicale Futurity (Photo: Evgenia Eliseeva/Boston Globe)