Entre plusieurs tournages de courts-métrages et l’écriture de scénarios, Olivier Pont s’était fait rare dans l’univers de la bande-dessinée. Dans son sillage, il avait laissé l’album mélancolique Où le regard ne se porte pas (2004), coécrit avec son fidèle comparse Georges Abolin. Mais depuis, pas de nouvelles… Jusqu’à ce que onze ans plus tard, en octobre 2015, le dessinateur repointe le bout de sa mine avec DesSeins, un ouvrage aussi généreux et délicat que la poitrine d’une femme. 

 

« Et mes seins ? Tu les aimes mes seins ? » Indubitablement, Olivier Pont répondrait « Oui » à Brigitte Bardot. Une réponse tendre, un peu gênée et admirative de la beauté d’une femme dans son plus simple apparat. Car c’est avec pudeur et délicatesse que le dessinateur se plaît à découvrir les formes de la gent féminine, d’un geste gracieux et subtil qu’il manie avec brio. Un peu voyeur ? Absolument pas. Dans DesSeins ne cherchez ni l’érotisme ostentatoire ni les effluves pornographiques. Si Olivier Pont s’attarde un peu – même beaucoup – sur la poitrine de ses personnages, c’est pour rendre à toutes les femmes un émouvant et vibrant hommage.

« Dès le début, jai eu lidée de ce recueil. Les seins sont très représentatifs de la femme et fascinent les hommes. Les femmes ont aussi un rapport très personnel avec leurs seins », avouait-il dans une interview pour ZOO le mag. Généreux, Olivier Pont s’est donc attardé sur toutes les poitrines : qu’elles soient petites, rondes, en forme de poires ou de melons, aplaties ou arrondies, disproportionnées ou fantasmées. Autant de métonymies qui se rapportent à un panel de femmes si proches dans leur diversité que la coloriste Laurence Croix a su si bien mettre en lumière.

DesSeins, par Olivier Pont et Laurence Croix © Dargaud 2015

DesSeins, par Olivier Pont et Laurence Croix © Dargaud 2015

La première qui nous est présentée par l’auteur se prénomme Chloé. Une adolescente complexée par ses petits seins contrairement à Julie et Sara dont les atours rebondis hypnotisent les garçons. Puis, il y a Mathilde, qui en mai 1968 dit « Merde » à sa gentille petite vie rangée de femme au foyer pour aller lancer des pavés. Et sans soutif, s’il vous plaît ! Vient ensuite Sylvia, une femme au physique plantureux, désespérée de ne plus exciter son mari qui la trompe avec des naïades plus minces. Sex-symbol du cinéma érotique, Alison quant à elle n’en peut plus de son physique avantageux. Elle rêve de cinéma d’auteur mais les réalisateurs et producteurs ne l’entendent pas de cette oreille… On découvre aussi Fanny, troublante rousse qui décide un jour de poser nue comme modèle avant de subir une mastectomie. Plus éloignée, en Afrique, la belle Elikya aux seins découverts inspire les hommes qui font d’elle une madone. Et enfin, rencontre avec Fleur, dont la charmante petite boutique de froufrous et dessous féminins renferme bien des secrets.

 

Des seins et désirs de liberté 

DesSeins, par Olivier Pont et Laurence Croix © Dargaud 2015

DesSeins, par Olivier Pont et Laurence Croix © Dargaud 2015

Oh oui, il les aime les femmes, Olivier Pont ! Et surtout « celles qui nont pas besoin des hommes ». Car il les croque avec finesse et sensibilité. Dans ce conte à sept voix, il leur donne aussi un fabuleux dessein, celui de se libérer de l’oppression à laquelle elles font face : le diktat du bonnet C, le pouvoir patriarcal, l’obsession de la chair, ou encore la tyrannie des grandes enseignes. Chacune trouve une issue même dans la tragédie. La poitrine en avant telles des allégories d’une certaine Liberté guidant le peuple, elles font fi des carcans, des manipulations, parfois des lois. Comme le souligne la quatrième de couverture du livre, « elles refusent quon les réduise, quon les juge, quon les enferme ». Un travail brillant réalisé par un véritable allié de la cause féministe.

Avec DesSeins, chaque lectrice pourra se reconnaître voire s’accomplir. Nous avons toutes une histoire particulière avec nos « Roberts », « lolos », « nénés », « Sein Pierre et Sein Jean », « Kam et Léon », selon le surnom qu’on leur donne. Symboles de féminité, de fertilité, d’abondance, de timidité ou de puissance, ils sont parfois jusqu’au reflet de nos vies. Et d’eux, nous ne devrions jamais avoir honte, stipule soigneusement dans cet album Olivier Pont. Un homme qui, comme le dessinateur Guillaume Bianco l’a fait avec humour dans ses carnets secrets, s’est lancé le défi d’effleurer avec respect l’étrange mystère des seins, sans jamais tout à fait le percer. Pari galbé !

 


Desseins

DesSeins

Olivier Pont

Coloriste : Laurence Croix
Éditeur : Dargaud
Nombre de pages : 120
Prix : 17,95 €