Figure romantique et ingénue dans la mégaproduction signée James Cameron, Titanic, Kate Winslet a maintes fois prouvé qu’elle n’avait peur d’aucun rôle. Entre la douceur d’une Marianne Dashwood dans Raison et Sentiments et la complexité existentielle d’une April Wheeler dans Les Noces rebelles, l’actrice n’a jamais cédé à la facilité. Comme Rose DeWitt Bukater, son double cinématographique d’il y a dix-neuf ans, Kate Winslet est une grande passionnée. Dans sa carrière comme dans sa vie, elle n’entend pas se laisser dicter sa conduite.

 

Kate Winslet est née en 1975 à Reading, en Angleterre. Issue d’une famille de comédiens, elle a très tôt été initiée à la scène et à l’art de jouer la comédie. Ses parents sont tous deux acteurs sur leur temps libre, tandis que ses grands-parents maternels ont fondé le Reading Repertory Theatre qui « combine des productions de premier ordre avec un enseignement innovant et un engagement communautaire, afin d’aider à transformer le paysage culturel de Reading et des environs ». C’est à l’âge de 11 ans que la jeune Kate découvre le glamour des caméras… en tournant une publicité pour des céréales. C’est également à ce moment-là qu’elle commence à prendre des cours de théâtre, qu’elle poursuivra jusqu’au lycée.

 

Une figure romantique ?

En 1994, âgée de 19 ans, elle tourne son premier film, Créatures célestes, d’un certain Peter Jackson. Une initiation qui laisse alors entrevoir tout le potentiel de son talent. Déjà, elle semble vouloir explorer l’obscurité qui se cache derrière un sourire. Pauline (Melanie Lynskey) et Juliet (qu’elle joue) sont inséparables, et leur amitié exclusive devient peu à peu inquiétante aux yeux de leurs parents. Les deux jeunes filles se sont créé un univers dans lequel leur vérité est la seule réalité. Un jour, ne supportant plus que la mère de Pauline leur interdise de se voir, les deux adolescentes décident de la tuer. Le réalisateur néo-zélandais met en scène les tourments adolescents et la complexité de cet âge avec une extrême maîtrise, rarement atteinte au cinéma depuis – à quelques exceptions près, comme Virgin Suicides (1999) de Sofia Coppola ou Bully (2001) de Larry Clark.

Créatures célèstes, réalisé par Peter Jackson, 1994 © Les Films Number One

Créatures célestes, réalisé par Peter Jackson, 1994. © Les Films Number One

Un film dans lequel elle est remarquée (et pour cause !) et qui la conduira tout droit sur le tournage de Raison et Sentiments (1996), réalisé par Ang Lee. Cette adaptation du roman de Jane Austen est une réussite. Elle y côtoie Emma Thompson (qui a écrit le scénario) et le regretté Alan Rickman – et les retrouvera vingt ans plus tard dans Les Jardins du roi (2015). Dès lors se dessine la figure romantique qui lui a longtemps collé à la peau, celle d’une ingénue, un peu hors des normes habituelles, douce, mais déterminée, charmante et exaltée :

Je voulais la même passion [que dans Créatures célestes], mais j’ai essayé de calmer sa folie et de laisser de la place à sa grâce, a expliqué Ang Lee au New York Times. C’est le genre d’actrice très fonceuse. J’essaye de faire en sorte qu’elle se détende un peu.

Ce rôle lui vaut sa première nomination aux Oscars, en tant que meilleure actrice dans un second rôle. Le film ne repart pas bredouille cependant, puisque Emma Thompson obtient l’Oscar du meilleur scénario adapté.

Raison et sentiments, réalisé par Ang Lee, 1995 © Columbia Pictures

Raison et sentiments, réalisé par Ang Lee, 1995. © Columbia Pictures

Pourtant, son premier grand succès en salle est incontestablement Titanic, en 1997. On raconte que pour décrocher le rôle de Rose – pour lequel Gwyneth Paltrow et Claire Danes étaient pressenties —, Kate Winslet a envoyé quotidiennement à James Cameron des notes d’Angleterre pour le convaincre : « Vous ne comprenez pas ! Je suis Rose ! Je ne sais pas pourquoi vous envisagez d’autres personnes que moi ! » Son audace et sa persévérance lui permettent d’obtenir un rendez-vous, son talent fera le reste.

Titanic connaît le succès planétaire que l’on sait – le film a reçu 11 Oscars – et propulse vers les sommets la carrière de la jeune femme. Depuis, elle a été dirigée par les plus grand-e-s réalisatrices et réalisateurs : Jane Campion, Danny Boyle, Roman Polanski, Sam Mendes, Michel Gondry, Steven Soderbergh, Nancy Meyers…

 

Des rôles comme des défis

Eternal Sunshine of the Spotless Mind, réalisé par Michel Gondry, 2004 © United International Pictures

Eternal Sunshine of the Spotless Mind, réalisé par Michel Gondry, 2004. © United International Pictures

Véritable caméléon, Kate Winslet habite chacun des personnages qu’elle incarne, aussi différents soient-ils. Peut-être moins resté dans la mémoire collective, Iris (2001), de Richard Eyre, a pourtant valu à l’actrice sa troisième nomination aux Oscars. Elle y incarne la romancière britannique Iris Murdoch jeune, qui finira sa vie atteinte de la maladie d’Alzheimer. C’est grâce à ce rôle qu’elle tape dans l’œil de Sam Mendes : selon lui, la comédienne a enfin réussi à être elle-même, à se sortir de la saga romantique qu’était jusqu’alors sa carrière cinématographique. Il lui propose donc de jouer dans son prochain film, Les Noces rebelles, un projet de longue haleine qui ne sortira finalement qu’en 2008, dans lequel l’actrice se transcende. Elle y retrouvera Leonardo DiCaprio dix ans après Titanic, superproduction après laquelle elle a consciemment évité les blockbusters :

J’étais à un moment de ma vie où il m’était possible de choisir. Et j’ai choisi de faire des petits films parce que je voulais garder les pieds sur terre, je voulais apprendre, me dépasser et jouer des rôles, indique-t-elle.

Un choix judicieux, qui lui a permis de faire ses preuves et de montrer toutes les couleurs de sa palette de jeu. En 2004, elle excelle en Clémentine Kruczynski, une jeune femme drôle et excentrique, dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind – sûrement l’un des meilleurs films de Michel Gondry. Puis dans The Reader (2008), de Stephen Daldry, où elle interprète Hanna Schmitz, une ancienne gardienne SS d’Auschwitz. Une prestation qui lui vaut l’Oscar de la meilleure actrice en 2009 et confirme l’étendue de son talent. « J’aime me confronter à des rôles qui me paraissent impossibles à incarner. […] J’ai besoin de me sentir émotionnellement impliquée sans arrêt », confie-t-elle en 2011 à Marie-Claire

À l’écran, sa présence envahit l’espace. Il semble parfois que le calme qui la caractérise dans certains de ses rôles soit sur le point d’éclater, comme dans cette scène mémorable de Carnage (2011), de Roman Polanski, dans laquelle elle se lance, ivre, dans un monologue des plus directs.

Kate Winslet Carnage 2,

Le besoin de se dépasser, de se mettre en danger, mais aussi d’être utile, anime tout autant sa vie personnelle que professionnelle. Une chose est sûre, sa gloire est loin de lui avoir ôté son esprit critique. Elle raconte souvent qu’elle a été victime de harcèlement à l’école parce qu’elle était plus ronde que les autres enfants. Aujourd’hui, cette expérience est l’une des raisons qui la motive à essayer de changer les choses, les préjugés et les discours sur des problématiques qui lui tiennent à cœur, comme dans ses films. Ce lien aigu entre sa vie sur grand écran et sa vie à la ville caractérise son parcours depuis le début.

 

Engagement social

En 2009, bouleversée par A Mother’s Courage: Talking Back to Autism, un documentaire dans lequel Margret Dagmar Ericsdottir raconte sa relation avec son fils autiste Keli, elle décide de s’engager pleinement dans ce combat pour donner à ces enfants emprisonnés dans leur propre corps les moyens de communiquer : «J’ai tenu à regarder ce documentaire avec Mia (sa fille, ndlr). À la fin, elle s’est tournée vers moi et m’a dit : “Maman, ce serait horrible si je n’avais jamais pu te dire : « Je t’aime.»” J’ai été tellement bouleversée par le film et la réflexion de ma fille que j’ai décidé d’agir immédiatement.» En 2012, elle publie The Golden Hat: Talking Back to Autism, un beau livre qui réunit les autoportraits de dizaines de personnalités portant le chapeau symbole de la fondation qu’elle a créée pour favoriser l’accompagnement et l’éducation des jeunes autistes.

Déterminée, Kate Winslet semble réussir tout ce qu’elle entreprend. Son talent d’actrice est reconnu par ses pairs autant que par le public, et la sincérité de son engagement contre l’autisme n’a jamais été remise en question, contrairement à d’autres célébrités accusées de faire preuve d’opportunisme. Pour autant, elle n’échappe pas aux critiques, notamment concernant sa vie sentimentale. Mère de trois enfants né-e-s de trois pères différents, Kate Winslet a subi les foudres de commentateurs conservateurs, misogynes et sexistes. Cette pluie de reproches l’a attristée et l’a mise en colère dans les colonnes du Glamour UK : « Personne n’a le droit de commenter la vie d’autrui, ni les choix que je fais ou ne fais pas. »

 

Féminisme controversé

Kate Winslet dit ce qu’elle pense, toujours, au risque de froisser de nombreuses personnes. Récemment, elle a été prise au milieu d’une polémique qui portait sur la différence de salaire entre les actrices et les acteurs : « J’ai un problème avec ce genre de discussions. Je comprends pourquoi elles surgissent, mais peut-être est-ce un truc anglais, je n’aime pas parler d’argent, assure l’actrice. C’est un peu vulgaire, non ? » questionne-t-elle dans une interview donnée à BBC Newsbeat.

I'm not perfect

Une déclaration maladroite certes – elle s’est d’ailleurs empressée de clarifier ses propos, qu’elle dit avoir été mal interprétés –, mais qui résulte autant d’un conditionnement sociétal que d’une méconnaissance du féminisme : « Le fait de devoir m’exprimer en détail sur les salaires est une chose avec laquelle j’ai vraiment eu du mal. Mes remarques étaient en réponse à cela, et uniquement cela. Bien sûr que nous devrions être payées autant que les hommes. […] Avec un peu de chance, ces discussions continueront à soutenir les efforts qui sont faits dans le monde entier pour avoir le droit à l’égalité salariale dans le cinéma et les autres industries. Évidemment que les femmes devraient être payées autant que les hommes. »

Hamlet, réalisé par Kenneth Branagh, 1996 © UFD

Hamlet, réalisé par Kenneth Branagh, 1996. © UFD

Une femme forte, complexe, imparfaite, un subtil mélange de talent et d’authenticité… De Hamlet (1996), de Kenneth Branagh, où elle campe Ophélia, figure indémodable de la pièce de William Shakespeare, à The Dressmaker (2015), de Jocelyn Moorhouse, où elle incarne Tilly Dunnage, femme de trempe des années 1950 qui utilise sa machine à coudre pour exister comme elle l’entend, l’actrice est à l’image des personnages qu’elle interprète.

Des modèles différents et captivants qui, bien souvent, font avancer les discussions. Donner de la profondeur aux rôles féminins par le jeu et l’écriture, leur prêter une voix comme celle de Kate Winslet, c’est offrir des perspectives positives au cinéma de demain.