Les coups de cœur de Think tank by 2P

  • Premier rapport de l’Observatoire de l’état d’urgence sanitaire : dans cet article, les membres d’Acta regroupent et analysent les résultats des enquêtes qu’ils et elles ont menées sur les conséquences de l’état d’urgence sanitaire. Six milieux particulièrement exposés ont été étudiés : les territoires d’outre-mer, les quartiers populaires, les prisons, les centres de rétention administrative (CRA), les foyers d’immigré-e-s, ainsi que les établissements sociaux et médico-sociaux. Les constats sont amers. En plus des violences policières exacerbées, « une continuité et un approfondissement des discriminations racistes, sexistes, capitalistes et autoritaires dans le confinement » sont aussi constatés. Néanmoins, l’espoir n’est pas interdit : « On voit se révéler et surgir dans chaque secteur des formes d’auto-organisation populaires. C’est sans doute là qu’il faut fournir de la force, des moyens et construire des liens, car à l’intersection des résistances populaires, des groupes d’entraide et des brigades de solidarité pourront s’enclencher les luttes contre la société de (post) confinement. » [ACTA]
  • Les jeunes LGBT+, victimes collatérales de la crise du Covid-19 : l’homophobie et la transphobie au sein du foyer familial rendent le confinement particulièrement difficile pour certain-e-s jeunes LGBTQIA+, d’autant plus qu’aucun numéro d’urgence n’a été mis en place pour elles et eux. « Pour la sociologue du genre Gabrielle Richard, ces jeunes “peuvent avoir l’impression d’être constamment au front, en danger, sur le qui-vive pour anticiper ou se protéger des paroles ou des actions blessantes”. » Mi-avril 2020, la parlementaire Sonia Krimi avait présenté un amendement qui proposait de mettre en place des solutions d’hébergement pour ces jeunes jusqu’à la fin du confinement. Malheureusement, cela s’est soldé par un avis défavorable du gouvernement. [Komitid]
  • « Je suis atterrée que ça continue » : le harcèlement de rue n’a pas cessé pendant le confinement : on aurait pu croire que le confinement, en limitant les sorties, aurait réduit le harcèlement de rue. Mais il n’en est rien. Après plusieurs semaines, le constat est sans appel : la situation est la même, voire pire. Des témoignages viennent le confirmer. Une infirmière explique par exemple qu’elle et ses collègues sont si fatiguées par ces comportements (une situation qui s’ajoute à leur travail particulièrement difficile ces derniers temps), qu’elles ont « demandé si c’était possible d’avoir des taxis ». Une autre femme, dont le logement est proche de la rue, explique que « non seulement le confinement ne stoppe pas les comportements de harcèlement dans la rue, mais [qu’]en plus de ça, cela t’arrive même dans ton propre appartement… » [Les Inrocks]
  • « Cynisme », « déconnexion » : L’opération « les réfugiés en renfort » de la préfecture de Seine-et-Marne indigne : les politiques mises en place afin de limiter l’impact de la pandémie de Covid-19 confirment que pour les gouvernements, il s’agit bien plus souvent de protéger des intérêts financiers que ceux de leur population. Parfois, l’exploitation des personnes les plus vulnérables est même présentée comme une solution acceptable. Fin mars 2020, une mesure de la préfecture de Seine-et-Marne a provoqué l’indignation. Pour pallier le manque de main-d’œuvre chez les agriculteurs-rices, elle a lancé un appel aux réfugié-e-s pour qu’ils et elles prêtent main forte. Sonia Laboureau, directrice du centre provisoire d’hébergement de Massy (Essonne) pour la Cimad est atterrée : « Les réfugiés sont dans des situations ultra-précaires, les conditions d’accueil sont déplorables. Nous avons aucun soutien de l’État, on nous fournit ni gel hydroalcoolique ni masque mais en plus ils devraient aller travailler dans les champs ? Au mieux, c’est méconnaître la réalité totale de ce qui se passe dans ces centres, au pire, c’est d’un cynisme absolu, constate-t-elle. Nous, les équipes sociales avons clairement d’autres priorités en ce moment que de les envoyer travailler dans les champs, comme tout simplement trouver des solutions pour les empêcher de mourir du Covid-19, sans aucun moyen… » [Les Inrocks]
  • Celebrities Shouldn’t Ask Average People to Donate Now : en cette période compliquée et difficile, nous savons à quel point la culture de la célébrité, portée par l’idéologie capitaliste, peut souvent s’avérer indécente. Depuis le début du confinement, de nombreuses stars à travers le monde appellent leur communauté de fans à faire des dons depuis leurs immenses maisons, partageant leur quotidien de quarantaine totalement déconnecté de la réalité dans laquelle vivent la plupart des gens. La journaliste Hannah Giorgis explique ainsi que leurs efforts (qu’ils partent d’une bonne intention ou non), « trahissent une nette rupture avec les réalités auxquelles les Américain-e-s moyen-ne-s sont maintenant confronté-e-s. Au cours des cinq dernières semaines seulement, plus de 26 millions de personnes se sont inscrites pour le chômage. » Elle continue : « Bien sûr, beaucoup de ces stars donnent leur propre argent en plus de solliciter des dons pour des causes valables. Mais leurs approches de la charité, en partie, révèlent un dysfonctionnement qui unit la culture des célébrités et l’individualisme américain dans son ensemble. Même si le gouvernement fédéral ne fournit pas de tests de masse, d’équipements de protection individuelle adéquats pour les travailleurs-ses de la santé ou une aide économique suffisante pour le public, les citoyen-ne-s les plus riches du pays rejettent la responsabilité de la santé publique et de la survie économique sur les épaules des personnes les plus touchées par la crise. » [The Atlantic] [ENG]

 

Dans la bibliothèque et les oreilles de Deuxième Page

  • Le film de la semaine : « C’est ma cousine, oui », dit Pat au médecin de sa femme au téléphone. Et c’est en quelques mots seulement que tout le documentaire est résumé. Que toute une vie est résumée. Cette phrase si simple transmet la lourdeur du fardeau qu’un mensonge imposé inflige. Disponible sur Netflix depuis avril 2020, A Secret Love est l’histoire incroyable mais vraie de Terry et Pat, deux femmes maintenant octogénaires ayant dû cacher leur amour pendant plus de soixante ans. Extrêmement touchant, ce portrait est aussi déchirant. S’il est difficile de faire son coming-out aujourd’hui (voire très dangereux, dans certains endroits du monde), imagine l’impossibilité même de penser le faire il y a une soixantaine d’années. Alors Terry et Pat ne disent rien. Et malgré ça, à travers des décennies d’épreuves, de mensonges et de discrimination, la force de leur amour les fait tenir. Avec cette histoire si personnelle, on en apprend aussi un peu plus sur celle avec un grand H. L’exploration de l’histoire queer au cinéma, dans la culture en général, concerne très (trop) souvent celle des hommes. Tout doucement, les femmes se voient enfin donner la place qu’elles méritent, et ce documentaire est un des rares à mettre en lumière une partie de l’expérience et de l’histoire lesbienne aux États-Unis et au Canada. En entremêlant le personnel à l’universel, l’intime au public, A Secret Love nous bouleverse.

A Secret Love, réalisé par Chris Bolan, 2020. © Netflix

  • RévâsSéries, la vie de la rédac depuis son canapé : pour un peu d’amour et d’humour, regarde la saison 1 de Gentefied, disponible depuis février 2020 sur Netflix. Ana, Chris et Erik, trois cousin-e-s aux caractères opposés, sont déterminé-e-s à sauver le restaurant de leurs grands-parents, Pop et Delfina (désormais décédée). Ils et elle s’unissent contre la gentrification de leur quartier, Boyle Heights, dont la population est majoritairement composée d’immigré-e-s mexicain-e-s et de leurs descendant-e-s. Dans ces rues colorées, la famille Morales est bien connue. Pop et Chris travaillent au restaurant, Ana est une artiste dont la petite-amie Yessika est une travailleuse sociale appréciée des habitant-e-s. Mais Erik, lui, fait tache dans le décor : celui qui a quitté Boyle Heights avec son père, aisé, n’est pas vu d’un bon œil par son cousin lorsqu’il décide de revenir. Identités, appartenance, classe, genre, race, amour, famille : la série aborde toutes ces thématiques avec justesse – et parfois, aussi, sans grande subtilité. Pourtant, on aime la manière dont elle met les pieds dans le plat, sans hésiter une seconde à nommer les phénomènes sociétaux qui sont à l’œuvre. Car pour la série, il s’agit bien de montrer et d’explorer la lutte des classes, ainsi que les revendications pour l’égalité et la justice. Ce qui lie cette famille perdue et déchirée, c’est bien sûr Pop et le souvenir de Delfina. Le restaurant quant à lui est presque un personnage à part entière tant tout ne tourne qu’autour de lui et de la nécessité de le sauver. Si les thématiques ne sont pas des plus légères, l’amour et la solidarité dont regorge la série sont un baume au cœur, lequel aide à regarder les épisodes les plus sensibles. Sans oublier une dose non négligeable d’humour, et de bonne humeur. Un show à regarder pour se souvenir qu’il y a toujours de l’espoir, même dans la tourmente.

Gentefied, créée par Marvin Lemus et Linda Yvette Chávez, 2020. © Netflix

 

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