Porter l’égalité sur tous les écrans, telle est la mission que s’est donnée Cynthia-Laure Etom, présidente de Women in Film France. Diplômée en communication-marketing et travailleuse acharnée, cette courageuse entrepreneuse et cinéphile invétérée se bagarre tous les jours pour briser le plafond de pixels, et rendre ainsi les femmes plus visibles sur tous les écrans. 

 

Cynthia-Laure Etom n’arrête pas. Au quotidien, elle se bat pour l’égalité femmes-hommes, que ce soit dans le bus ou dans son secteur économique, en tant que présidente et fondatrice de Women in Film France – la branche française de Women in Film, une structure américaine – depuis 2011. Cet organisme associatif œuvre à travers le monde pour un cinéma, une télévision et des nouveaux médias plus égalitaires, devant et derrière l’écran. Cynthia-Laure Etom travaille pour un changement profond, au cœur d’un système dominé par la pensée rétrograde et infondée que les femmes ne peuvent contribuer à la rentabilité du septième art et du divertissement télévisuel. Financer la recherche, offrir des boursesplanifier des conférences, projections et rencontres, faire marcher les réseaux ou encore investir des fonds sont indispensables. Comme l’indique le site officiel de l’organisation française, son but est de « donner aux femmes qui évoluent dans l’industrie du cinéma, de la télévision et des nouveaux médias, la possibilité d’assister à des événements qui les informent, les soutiennent et leur permettent de se rencontrer. Ainsi, [elle espère] fédérer une communauté, et contribuer à réduire les inégalités qui existent encore aujourd’hui dans l’industrie ». Et lorsqu’elle ne coordonne pas WIF France, Cynthia-Laure Etom s’occupe de l’agence de communication globale CLE*UP Agency et du réseau Les Diasperosà destination de la diaspora afro-caribéenne, structures dont elle est la créatrice.

Forte d’un parcours impressionnant et d’une expérience solide, la jeune femme fait ses premières armes en 2005, au Pavillon des cinémas du Sud, lors du 58e festival de Cannes. En participant à ce programme organisé annuellement par le ministère des Affaires étrangères, elle aide à l’accompagnement et au soutien de la jeune création cinématographique des pays du Sud. Insatiable, cette passionnée de cinéma arpente alors les festivals et étoffe son CV, en travaillant pour France Télévisions notamment.

Aujourd’hui, son engagement ne s’essouffle pas. Quand on demande à Cynthia-Laure Etom sa philosophie de vie, elle cite immédiatement Nelson Mandela. Son combat n’a pas de fin, il lui prend tout son temps, et sa cause est juste. Pour que toutes les femmes soient davantage présentes dans ces milieux, pour enfin donner au septième art le visage qu’il aurait toujours dû avoir.

 

Le féminisme, c’est quoi pour toi ?

Pour moi, le féminisme, c’est l’égalité femmes-hommes. C’est la liberté d’être soi-même au-delà des clichés. C’est la liberté de pouvoir porter ce que l’on souhaite, sans être immédiatement mise dans une case. C’est de pouvoir suivre ses rêves sans se trouver un jour ou l’autre confrontée au plafond de verre…

 

Quelle fut ta rencontre avec le féminisme ? 

Je me rends compte que j’ai toujours été contre les inégalités. À l’école primaire, je me suis battue pour pouvoir jouer au foot, comme les garçons. À la maison, j’ai fait la guerre à ma mère qui voulait nous faire croire que son fils n’avait pas à participer aux tâches ménagères. Au collège, je me suis révoltée contre ma prof d’histoire qui trouvait cela normal de dire que mes deux copines et moi formions un ghetto. Dans la vie de tous les jours, je me bats dans la rue ou les transports pour ma liberté d’être une femme et de circuler en paix… Mais c’est seulement en 2011 que j’ai réalisé que j’étais féministe, en découvrant le mouvement Women in Film.

 

Quelles sont tes actions au quotidien pour lutter contre les inégalités ?

J’invite les hommes à prendre part à notre activité au sein de l’association. D’ailleurs, Women in Film France a un vice-président. C’est en incluant les hommes dans ce débat sur les inégalités entre les genres que les choses pourront enfin bouger. L’organisation veille à une meilleure représentativité des femmes dans l’audiovisuel (télévision et cinéma, ndlr). C’est à cet effet que nous avons créé le Lab’ des auteures, un dispositif à destination des femmes scénaristes et « réalisatrices écrivantes ». Afin d’avoir davantage de personnages féminins forts et plus du tout clichés. Et dans ma vie personnelle, je ne laisse aucun de mes jugements être guidé par les stéréotypes de genre.

Aux Crystal + Lucy Awards, Ava DuVernay a cité la poétesse Nayyirah Waheed afin d'appuyer une réalité souvent ignorée par l'industrie du cinéma qui « ne se souvient pas qu'elle est composée à moitié de femmes. »

Aux Crystal + Lucy Awards 2015, la distributrice de films et réalisatrice Ava DuVernay a cité la poétesse Nayyirah Waheed afin d’appuyer une réalité souvent ignorée par l’industrie du cinéma, qui « ne se souvient pas qu’elle est composée à moitié de femmes ». © WIF/YouTube

 

Quel est le livre indispensable que tu prendrais avec toi sur une île déserte ? 

Depuis peu, je suis très axée sur la spiritualité et le développement personnel. Mes leitmotivs sont d’ailleurs « I never lose. I either win or learn » et « Be the best version of yourself ». Je pense donc que sur une île déserte, j’emporterais L’Homme qui voulait être heureux, de Laurent Gounelle.

 

Être une femme au XXIe siècle, c’est comment ?

Je trouve qu’être une femme au XXIe siècle reste très complexe. On vit dans une société où les femmes sont à la fois louées et négligées. Une société de cases et de masques. Du coup, si l’on ne rentre – ou ne désire entrer – dans aucune de ces cases, la société peut rendre la vie d’une femme très vite frustrante. Je prends le cas du « mademoiselle » ou du « madame ». J’ai trouvé cela hallucinant, et je me suis sentie interdite. Lorsque l’on me demandait : « Madame ? Vous êtes marié ? », je répondais : « Non. » Conclusion : « Donc vous êtes une mademoiselle. » Que l’on m’interdise de me considérer « madame » sous prétexte que je n’étais pas mariée… Ce n’est pas à la société de déterminer mon statut, mais à moi. Cela fait des années que des associations, des organismes et des collectifs pointent du doigt les inégalités que subissent les femmes. Les choses bougent, mais pas assez.

Susan Sarandon parle de son expérience personnelle au festival de Cannes, et évoque l’inégalité salariale entre les femmes et les hommes dans le milieu du cinéma.

Nos études montrent qu’en 2014, 20,6 % des films sortis au cinéma étaient réalisés ou co-­réalisés par des femmes, soit 147 sur une totalité de 712. Mais en 2015, seulement 13,8 % des films sortis au cinéma étaient réalisés ou co-­réalisés par des femmes, c’est-à-dire 125 sur une totalité de 905 films ! Il reste encore un long chemin à parcourir.

 


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