À bien des égards, lire les écrits de l’anarchiste Emma Goldman (1869-1940) est une activité nécessaire. Toute sa vie, cette femme d’origine russe, qui s’est enfuie à l’âge de 16 ans pour échapper à un mariage forcé, a lutté pour ses idéaux. Radicales, dérangeantes, féministes… ses idées, elle les faisait entendre à toutes et à tous. Certains de ses écrits ont été rédigés en prison, où elle continuait son combat. Mais elle a produit également une foison d’interviews, interrogée par des figures fascinantes, telle Nellie Bly, ainsi que des essais passionnants à lire et à relire avec notre regard contemporain. Aujourd’hui, en lui rendant hommage, nous souhaitons nous faire l’écho de toutes les voix divergentes.

 

Ça commence par un souffle. Un essoufflement. Un nœud à la gorge qui se serre. Une sorte de gargarisme involontaire. Ça se fait son, de celui que l’on distingue du bruit. Il semble qu’il y ait là un mot, puis deux. Ils se libèrent. Une phrase. Une allocution. Une émulation parcourt les sens. Les mots s’enchaînent et te percent, là, droit dans le cœur. Le souffle s’enroule, ruban magique composé d’air, il raconte sa propre histoire. Ce n’est plus un souffle, mais une voix. Des voix. Et elles s’imposent à toi. Il va falloir te taire et écouter pour une fois. Entends le grondement de celles et ceux dont les bouches ont appris le silence malgré elles, qui maintenant se meuvent pour t’interpeller. Entends le bruissement qui devient grondement, là, devant toi. Là, un frissonnement, il te parcourt le corps. Tu comprends? C’est un vent de révolte, l’effervescence en a fini de se cacher. Es-tu prêt-e ? La révolte gronde. Elle est à tes pieds. 

Annabelle Gasquez

 

Le salut réside dans une marche énergique en avant, vers un avenir plus clair et brillant. Nous avons besoin d’une croissance dégagée des vieilles traditions et habitudes. Le mouvement pour l’émancipation des femmes n’a rien fait jusqu’à présent que le premier pas dans cette direction. Il faut espérer qu’il réunira des forces pour en créer un autre. Le droit de vote ou les droits civiques pour être égaux sont peut-être de bonnes demandes, mais la véritable émancipation ne commence ni dans les sondages ni dans les tribunaux. Elle démarre dans l’âme d’une femme. L’histoire nous dit que toutes les classes sociales opprimées ont pu se libérer véritablement de leurs maîtres grâce à leurs propres efforts. Il est nécessaire que les femmes apprennent cette leçon, qu’elles comprennent que leur liberté s’étendra en fonction de leur capacité à acquérir cette liberté. Il est donc beaucoup plus important pour elles de commencer par leur reconstruction personnelle, de s’affranchir du poids des préjugés, traditions et coutumes. La revendication pour l’égalité des droits dans chaque aspect de la vie est juste et équitable, mais, après tout, le droit le plus vital est celui d’aimer et d’être aimé. En effet, si l’émancipation partielle devient complète et véritable émancipation des femmes, il faudra se débarrasser de cette idée ridicule qui considère qu’être aimée, une bien-aimée et une mère signifie être esclave ou subordonnée. Il faudra se débarrasser de la notion absurde de dualité entre les sexes, selon laquelle les hommes et les femmes sont la représentation de deux mondes antagonistes.*

Extrait du chapitre « The Tragedy of Woman’s Emancipation », pp. 219-231. Anarchism and Other EssaysEmma Goldman, Second Revised Edition. New York & London: Mother Earth Publishing Association, 1911.

 


Tracklist :

  1. Warren Ellis — Under Siege
  2. Mogwai — Jaguar
  3. Black Polygons — Accalmie
  4. Gold Panda — Pink & Green
  5. Sainkho Namtchylak — Nomadic Mood
  6. PJ Harvey — Heaven
  7. Alela Diane — Tired Feet
  8. Billie Holiday — As Time Goes By
  9. Ella Fitzgerald — Dream a Little Dream of Me
  10. Bertha ‘Chippie’ Hill feat. Louis Armstrong — Trouble in Mind
  11. Rufus feat. Chaka Khan — You Got the Love
  12. Aretha Franklin — Rock Steady
  13. Wild Cherry — Play That Funky Music
  14. Annie Lennox — I Put a Spell on You
  15. Tom Waits — Alice
  16. Gil Scott-Heron — The Revolution Will Not Be Televised

 


Pour celles et ceux qui préfèrent Spotify, c’est par là.


Le titre de la playlist est une citation d’Emma Goldman. (Margaret Anderson, « Emma Goldman in Chicago », Anarchy! An Anthology of Emma Goldman’s Mother Earth, 2012, p. 85.)


Pour les anglophones, il est possible de trouver de nombreux textes d’Emma Goldman ici. Mais certains de ses textes sont tout de même accessibles en français. Il y a aussi cet article très intéressant de l’universitaire et écrivaine américaine Alix Kates Shulman au sujet de cette citation faussement attribuée à l’anarchiste : « If I can’t dance, I don’t want to be in your revolution. »


*La traduction de l’extrait d’Anarchism and Other Essays a été réalisée par nos soins. Nous avons volontairement passé le singulier de « femme » au pluriel, afin de revoir le texte en fonction des évolutions féministes de la langue française.


Image de une : Inhabited Painting, 1975, Musée d’art contemporain, Porto, Portugal. © Helena Almeida