St Ignace de l’Ohio t’embarque pour une playlist anonyme entre accès de colère et excès de mélancolie. Dans un univers surréaliste, on erre avec l’auteur sur les routes de sa verve exaltée, au service d’un prince des ténèbres en proie à l’affliction. C’est beau, la possibilité d’une réalité laissant à Converge et Elliott Smith la chance de dialoguer. 

 

Le jour le plus long

Ce jour-là a commencé un lundi, bien avant les rayons de l’aube, dans l’air épais que l’on nous disait mortel et qui pour mieux nous duper traçait au loin une ligne d’or sur la découpe de l’horizon. Des yeux trop secs d’une nuit trop courte au ventre douloureux d’un dîner trop bourgeois frémissaient d’inquiétantes étincelles. Depuis longtemps, on croyait avoir tout couvert de la palette des informations. De la douleur à la joie, de la peur à l’extase, de l’absolue plénitude au plus parfait épuisement. De l’insouciance au vide. Le vide. Discourir avec l’absence était notre commun. De l’orange au gris clair, en balayant tous les bleus. Tout. On connaissait tout. On avait piqué le marbre de spirales, prêté allégeance aux vipères et cogné si fort dans les arbres que les écorces recouvraient à présent nos phalanges. On ne peut plus plier les doigts, mais on gagne un temps fou à se passer de gants pour retirer les briques du feu. Brûlés, on l’était tout entier à l’intérieur ; on vomissait du charbon, rotait les gaz toxiques qui assoupissent à jamais les orphelins.

Fonctionnaire de l’apocalypse. Chef de projet au département de la famine.

Pourtant, au cours des semaines que dura ce jour, l’air qui entrait dans les poumons s’immobilisait en un point et s’échinait à percer la paroi. Tracer sa propre route vers l’estomac.

C’est pas comme ça que c’est censé fonctionner un poumon.

À la veille des jours flottants, à la faveur d’une brèche à gauche d’Alpha du Centaure, il s’est engouffré et, avidement, s’est emparé de tout. Un ravage. Une légion en campagne. Je suis mort quelque temps, suffisamment pour inhumer dans la fosse les reliefs desséchés de la pelisse désuète et déserter la colonne des ombres.

On craint les déchirures, on croit les particules folles et avides de déséquilibre dès qu’elles en ont la liberté. Mais l’espace peut aussi s’ouvrir aussi simplement qu’une fermeture zippée. Fais confiance aux planètes. Elles savent pourquoi elles se trouvent à la place où elles se trouvent.

St Ignace de l’Ohio
 


Tracklist :

  1. Neurosis – Stones From The Sky
  2. Pita – A We Don’t Need No Music
  3. Beastie Boys – Slow and Low
  4. Roni Size – Mad Cat
  5. Sonic Youth – Brother James
  6. Tragedy – The Point of No Return
  7. Thomas Tallis – Spem in Alium
  8. Bauhaus – All We Ever Wanted Was Everything
  9. Black Ox Orkestar – Golem
  10. Elliott Smith – I Didn’t Understand
  11. Rach Three – Further North 
  12. Converge – Disintegration (The Cure Cover)

 


Image de une : Le Horla. © Anna et Elena Balbusso