C’est le nom d’une marque de glace que je mangeais lorsque j’étais petite – je finissais toujours par mordiller avec insistance le petit bâtonnet en bois. Mais c’est également celui d’une chanteuse. Les sons de Marie Leskimo rappellent l’immensité, l’intensité, et se parent d’une profondeur abyssale. Accompagnée de trois musiciens sur scène et en studio, elle a sorti son premier EP, Dancing Shadows, en juin dernier, sur lequel elle travaillait depuis 2009.

 

Marie Leskimo écrit et compose. Elle s’est entourée d’une clarinettiste (Lucia Rodriguez), d’un guitariste (François-Xavier Guéant-Mata) et d’un batteur (Pierre Tanguy), lesquels accompagnent sa voix grave qui souffle comme un coup de sirocco sur la steppe. Il y a quelque chose de l’ordre de l’absolu dans sa musique, comme une triste et douce caresse, une détresse déjà un peu lointaine. C’est un hommage amer mais paisible à l’amour, d’une beauté suffocante, à la fois glacé et fiévreux. Évidemment, on pourrait penser à Björk, mais j’ai d’abord songé à Janis Joplin, interprète emportée. On est, certes, ici très loin du rock (car plutôt dans une folk transportée) mais pourtant, il y a là quelque chose d’arraché, de frénétique et d’intégral qui me rappelle la chanteuse qui portait des chapkas de temps à autre (tiens, le froid…).

J’ai un peu discuté avec Marie Leskimo autour d’une tasse de thé vert : la musique lui vient en premier, puis elle pose les mots. Touchée par son univers sonore, je lui ai demandé quelques explications supplémentaires.

 

D’où t’es venue l’idée de Dancing Shadows ?

En 2009, j’étais au Danemark. J’étais partie quelques semaines à Copenhague, fatiguée de beaucoup de choses. J’avais besoin de m’échapper, d’avoir un moment de solitude. C’est parti de là.

J’ai commencé à penser à plusieurs idées de chansons… Évidemment, je n’ai pas tout écrit là-bas, mais j’étais lancée. Peu après, j’ai montré ces morceaux à une amie vidéaste. Elle a adoré, donc j’ai continué.

 

Comment s’est concrétisé ce projet ?

J’avais des esquisses, commencées à Copenhague donc, que j’ai ardemment retravaillées ensuite. D’autres chansons sont venues après. J’ai rencontré des musicien-ne-s, des personnalités, des talents, et j’ai eu envie qu’ils et elles participent à mon projet. Au fur et à mesure du temps, celui-ci s’est précisé. Jusqu’à l’enregistrement de mon album, il y a quelques mois.

Eskimo © Karine Milanov

Eskimo. © Karine Milanov

Ça a pris combien de temps tout ça ?

Longtemps, plusieurs années. En fait, si je compte, j’arrive à six… non, presque sept ans.

 

Et la scène alors ?

Elle est essentielle. Je ne peux concevoir la musique sans la scène. J’ai besoin de ces moments d’expressivité et d’abandon, de la réaction des gens qui sont face à moi. J’ai commencé dans de toutes petites salles, des petits bars même plutôt. Au début, je tournais avec trois ou quatre chansons, et je tenais 20 minutes.

 

Tu as fait partie d’une autre formation musicale, n’est-ce pas ?

Oui. J’ai joué quelque temps pour un groupe qui s’appelle De la Jolie Musique : c’est un univers assez différent du mien, quelque chose de plus pop, de pétillant. Je me suis affirmée sur scène avec lui.

Cette expérience m’a permis de rencontrer des musicien-ne-s exceptionnel-le-s… notamment Erwann Corré, le chanteur et compositeur du collectif.

 © Sylvain Dargent

© Sylvain Dargent

Parlons de choses moins drôles : le démarchage, les labels, comment ça marche ?

C’est ardu, très ardu. Les labels sont très peu enclins à prendre des risques, surtout pour une musique pas vraiment « radio friendly ». J’en ai contacté un paquet… et puis j’ai décidé de m’autoproduire : les refus finissent par user au bout d’un moment, et il fallait que j’aille plus loin. J’ai décidé de choisir ma promo aussi. De contacter les salles. De faire mes vidéos avec l’aide d’ami-e-s dans le métier. De coller des affiches sur les murs de Paris. Ou encore de créer la couverture du disque.

J’ai fait de cet EP un projet total, un art complet. C’était épuisant – tout en étant grisant –, mais il fallait le faire. Pour être honnête, je n’ai pas eu le choix, ça s’est imposé à moi.

 

Comment s’est déroulé l’enregistrement de l’album ?

J’ai trouvé un studio grâce à mon guitariste, et mon batteur m’a mis en contact avec Antoine Chabert pour le mastering. Ce mec est brillant, il a travaillé avec de grands noms (les Daft Punk pour leur album Random Access Memories par exemple, ndlr) et a fait un très beau travail, soigné et intelligent, sur mon EP.

 

Et comment as-tu financé tout ça ?

Grâce à l’autofinancement… Ma grand-mère m’avait fait un don pour l’achat d’une voiture. Disons que je l’ai investi autrement.

 

As-tu des dates programmées ?

J’ai fait un concert pour la sortie de mon EP en juin au Supersonic, à côté de Bastille, à Paris, et quelques autres à Metz. La prochaine date parisienne sera le 21 septembre, au Carmen, un bar près de Pigalle.

 

Comment la presse couvre-t-elle ton travail ?

J’ai eu de bons retours, très bons même. J’ai été interviewée par France Culture, ainsi que par Les Inrocks. Les Inrocks quoi… Ils ont parlé de mes inspirations, de mon amour pour le « folk pastoral et les mélopées orchestrales, mélancoliques et progressives ». Ça m’encourage pour la suite.

 

Elle a fini son thé vert et moi, mon Coca Light. Oui, le Light est mon Coca préféré. Je suis souvent en colère lorsque, dans un bar, je ne trouve que du Coca Zéro. Ce n’est pas une question de calories, j’aime le goût de l’aspartame. C’est comme les Esquimau, les classiques – extérieur chocolat noir, intérieur vanille – sont les meilleurs. Douceur et fraîcheur. Longue vie au Coca Light, et longue vie à Eskimo.

 


Le mieux est quand même d’aller engloutir sa musique :

 


Image de une : © Julien Bourgeois