On le sait peu, mais Margaret Cavendish (1623-1673), duchesse de Newcastle-upon-Tyne, fut l’une des premières auteures de science-fiction. Son roman The Description of a New World, Called the Blazing-World, paru en 1666, fait d’elle une pionnière. Cette aristocrate était boulimique d’écriture, de philosophie, mais aussi de sciences, une passion qu’elle ne se lassait jamais de mettre en vers. Au XVIIsiècle, cette intellectuelle bousculait les fondations d’une société qui avait vite fait de l’enfermer dans un rôle prédéterminé. Par exemple, bien que le poème choisi ici parle d’atomes, de mondes dans le monde, il évoque aussi la possibilité pour les femmes d’accéder à ces derniers

 

La poésie des espaces vides repose sur ce banc. Là, à l’ombre d’un arbre aux feuilles encore vertes, il attend. Sa peinture blanche craquelle comme une peau qui aurait trop pris le soleil. Ici, il ne se passe rien, si ce n’est l’inarrêtable course du temps. Parfois, des passantes viennent s’asseoir. Elles lisent, s’éternisent, observent, sont figées par un charme invisible. Comme ce vieux siège dégarni, elles laissent faire les heures et les jours, sentent le souffle du vent. Il n’y a quelquefois rien d’autre à voir que l’espace tout autour. Il n’y a quelquefois rien d’autre à observer que l’univers en train de s’annihiler aussi vite qu’il existe. Le monde se meut contre un corps inerte, ou deux. Ils étaient là. Au milieu du chaos, il demeure ces boursouflures d’accalmie. Juste à cet endroit-là, sous les semelles usées d’une paire de chaussures, sous les pieds détériorés d’une banquette centenaire. Peut-on alors trouver plus précieux que le rien ? La tranquillité d’un matin, la moiteur des derniers moments de l’été… La contemplation des environs se fait appuyée sur des os esquintés. Occasionnellement, à force de patience, les passantes et le banc finissent par se confondre. Il y a là un tableau que rien ne paraît pouvoir perturber. La quiétude de l’attente. Et le luxe d’oublier.

Annabelle Gasquez

 

Of Many Worlds in This World

Just like as in a nest of boxes round,
Degrees of sizes in each box are found.
So, in this world, may many others be
Thinner and less, and less still by degree:
Although they are not subject to our sense,
A world may be no bigger than two-pence.
Nature is curious, and such works may shape,
Which our dull senses easily escape:
For creatures, small as atoms, may be there,
If every one a creature’s figure bear.
If atoms four, a world can make, then see
What several worlds might in an ear-ring be:
For millions of those atoms may be in
The head of one small, little, single pin.
And if thus small, then ladies may well wear
A world of worlds, as pendants in each ear.

Margaret Cavendish, 1653.

 

Tracklist

  1. Max Richter — The Vision
  2. Julia Kent — Gardermoen
  3. Wardruna — Odal
  4. Chelsea Wolfe — Virginia Woolf Underwater
  5. Amenra — .Razoreater.
  6. Ritual Howls — My Friends… (Cassette Version)
  7. Angel Olsen — Intern
  8. Pulstate — Metalline
  9. Marissa Nadler — Dissolve
  10. Carla dal Forno — What You Gonna Do Now?
  11. Oathbreaker — 10:56
  12. Oathbreaker — Second Son of R.

 


Pour celles et ceux qui préfèrent Spotify, c’est par ici.


Si vous aimez les univers parallèles, les héroïnes intrépides, la SF et que vous lisez l’anglais, le roman de Margaret Cavendish est disponible ici. Il est aussi possible de se le procurer en français ici. Le livre a en effet été traduit en 1999 par les éditions José Corti sous le titre Le Monde glorieux. Toute son oeuvre est tombée dans le domaine public.

 


Image de une : © Whooli Chen