Poétesse américaine du XIXe siècle, Sara Teasdale avait la plume libre et sincère. Dans son magnifique texte, Advice to A Girl, elle écrivait : « No one worth possessing / Can be quite possessed » (« aucune personne méritant d’être posséder ne peut l’être vraiment »). Ses poèmes sont des bouts d’authenticité, la vérité d’une femme au destin tragique. 

 

Comment décrire le sentiment. Celui qui te lie à celle qui te ressemble, et pourtant diffère en tout avec ce que tu es. Dans tes pas, j’ai marché si longtemps, incapable de sortir des traces que tu avais laissées sur le sol. Comme engluée à ton image, celle que l’on devine quand je suis trop longuement observée. Derrière mon regard apparaissent les désirs que tu chéris. La volonté qui m’anime est la tienne. J’ai si vaillamment lutté pour me démarquer. Devenir ma propre personne en dépit de tout, et réaliser quelle aventure impossible cela était. Il y aura toujours de toi en moi, dans mes gestes, mes expressions, mes rires et mes larmes. Dans mes silences surtout. Ceux qui terrorisent les autres, assis-es en face de moi. Ces silences qui disent plus sur mon être que mille mots, que le costume qui me sert de corps, trop grand pour mes épaules, mal taillé et inconfortable. Quelle banalité que de t’aimer, et pourtant, c’est tout ce qu’il me reste, alors que le monde est sur le point de disparaître. L’odeur rassurante de ta peau quand je t’enlace, ce regard qui perce mon cœur d’une émotion si vive et heureuse, et revient inévitablement sur les jours passés. Là où tant ont œuvré à nous enlever quelques petits bouts de bonheur et d’existence, tu te tenais, résiliente, magistrale, dans ce sacrifie permanent d’une vie que tu consacres aux autres. Aux tiens. Ces enfants ingrat-e-s qui n’auront jamais fini de te décevoir, mais qui éveillent sur tes lèvres le sourire de la fierté, et l’inquiétude constante de ne pas avoir été à la hauteur. Quelle banalité que de t’aimer, je suis embourbée dans ces phrases qui me serrent le cœur et tiennent le tien en otage. Toi, la reine en mon royaume, indétrônable et éternelle. Comment dit-on merci à celle qui nous aime tant. Comment régler l’impayable dette qui est mienne quand je sais que chaque jour, c’est à toi que je dois la sensation d’un rayon de soleil sur ma peau, la langueur d’une après-midi d’été, et la vision magnifique des jours qu’il nous reste à partager. Quelle banalité que de t’aimer, maman. Quelle merveille.

Annabelle Gasquez

Wisdom
When I have ceased to break my wings
Against the faultiness of things,
And learned that compromises wait
Behind each hardly opened gate,
When I have looked Life in the eyes,
Grown calm and very coldly wise,
Life will have given me the Truth,
And taken in exchange–my youth.

Love Songs, Sara Teasdale, 1917

 


Tracklist :

  1. Barbara — Mon Enfance
  2. Estrella Morente — Volver
  3. Joni Mitchell — Little Green
  4. Lesley Gore — You Don’t Own Me
  5. Shirley Collins — The Cruel Mother
  6. Blonde Redhead — Golden Light
  7. Diane Cluck — Heartloose
  8. Sibylle Baier — Colour Green
  9. Angel Olsen — White Fire
  10. Barbara — Attendez que ma Joie revienne

 


Pour celles et ceux qui préfèrent Spotify, c’est par là.


Image de une : Growth. 2016 © Tiffany Bozic