La fin d’une histoire amoureuse ou amicale n’est pas la fin de tout. Les personnes qui s’en vont laissent un éclat de vie. Cielle se remémore ce qu’il reste d’elles dans sa vie.

 

Je garde de chaque amour éteint, de chaque amitié fatiguée les fruits doux-amers que nos histoires ont plantés en moi. Je garde des goûts et des couleurs, des tics de langage et quelques manies, des manières de faire et de penser. Je porte en moi la douleur de celles et ceux que j’ai aimé-e-s, leurs gestes et leurs mots. J’ai de la tendresse pour les souvenirs qui s’invitent à ma table pour m’interdire d’oublier ce que nous avons vécu.

Cet homme-là m’a donné le goût des films de super-héros et super-héroïnes. Je suis amoureuse du Professeur Xavier et je regarde chaque film Avengers.

Cette femme-là a semé en moi la graine du féminisme, la conscience qu’il y a autre chose à réclamer et que cela ne concerne pas que moi, mais l’ensemble des femmes, et le reste du monde. Que les luttes du passé, les refus de se plier aux injonctions, les manifestations pour nos droits, c’est ce qui fera de l’avenir une époque où il fera bon vivre. Et je remercie toutes celles qui à mon âge ont su desserrer les coutures des générations futures.

Cette autre qui m’a aidée, à défaut de les brûler, à mettre mes soutiens-gorges au placard.

Ceux qui m’ont rendue exigeante et dont le souvenir m’empêchera d’accepter et d’aimer ce qui me semblait magique à 20 ans.

Celles qui sont les premières à m’avoir fait découvrir la sororité. Même si on ne connaissait pas le mot, même si on ne savait pas où on allait ni ce qu’on faisait.

Il y a celui qui a fait de moi une fille en colère, que je n’aime pas trop, qui me fatigue. Mais aussi, je l’espère, une fille qui ne se laisse plus faire, qui dit les choses même si ça fait mal, qui est un peu plus vigilante, un peu moins docile.

Celle qui m’a laissé le silence, dont je ne sais que faire, qui pèse sur mes épaules de moins en moins souvent, mais qui pèse encore. Qui m’a aussi laissé les CD gravés du temps où cela se faisait, avec son écriture déliée et les chansons de notre adolescence.

Je me suis construite avec ces rencontres, avec ces départs, dans les éclaboussures des chagrins et du soulagement. Je suis debout encore, je suis debout toujours. Et je suis grâce à elles, grâce à eux, un peu plus grande sûrement, un peu plus sage peut-être. Plus épanouie bien sûr et pleine d’éclats de vie qui ne sont pas la mienne. J’imagine que j’ai aussi laissé des bouts de moi dans des cœurs qui ne sont pas le mien.

 

Œuvres et lieux cité-e-s :

  • « Ce qu’il reste de toi », Toi + Moi, Grégoire, 2008
  • X-Men : Le Commencement, Matthew Vaughn, 2011
  • Avengers, Joss Whedon, 2012
  • « Merci », L’eau, Jeanne Cherhal, 2006
  • Les méandres de ma mémoire