Découverte grâce à la newsletter Women Who Do Stuff, et plus précisément sur la cassette Women Who Do Music, Fred Skitty jouera lors de l’anniversaire de Deuxième Page le 12 mai prochain, à La Mutinerie, à Paris. Pour l’occasion, nous nous sommes entretenues avec Blandine Andrieu (son nom à la ville) au sujet de son projet de musique électronique. Son single, « Insane », est sorti en 2017, et elle travaille actuellement sur son premier EP. Rencontre.

 

 

Viens voir Fred Skitty jouer lors de la soirée d’anniversaire de Deuxième Page le dimanche 12 mai 2019, à La Mutinerie. Réserve vite ta place ici !

 

Pour celles et ceux qui ne te connaissent pas, pourrais-tu te présenter rapidement ?

Je m’appelle Blandine, j’ai 24 ans. Je fais de la musique en solo et mon projet se nomme Fred Skitty. J’écris, je produis et j’interprète des morceaux d’électro. J’ai commencé en tant que DJ, je mixais de temps en temps dans des bars, et à force de travail sur mes mix, je me suis dit : pourquoi ne pas produire ma musique ? Alors, je me suis mise à la MAO (musique assistée par ordinateur, ndlr). Ça m’a donné l’opportunité d’avoir comme un studio d’enregistrement à moi et j’ai pu apprendre à faire mes propres maquettes.

 

D’où vient ton nom de scène, Fred Skitty ? Par amour des Pokémon ?

Fred est un pseudo qui m’est resté du lycée, que m’avait donné une amie très proche avec qui je faisais de la musique – nous réalisions surtout des covers. Je l’ai donc naturellement gardé en hommage à notre amitié.

Skitty, c’est surtout parce que j’adore les chats. Un jour, on remplissait un test sur Internet, du style « Quel Pokémon êtes-vous ? », et j’ai eu Skitty. Je me suis dit que ça sonnait tout de suite comme un pseudo, alors je l’ai pris.

 

 

Tu t’es formée avec des logiciels de MAO, mais est-ce que tu as une formation musicale ou es-tu complètement autodidacte ?

Enfant, je faisais du piano. Vers l’âge de 14 ans, j’ai commencé à prendre des cours de batterie. J’ai continué avec un an de conservatoire en musiques actuelles durant lequel j’ai joué de la batterie dans deux groupes. J’ai aussi fait une formation pour apprendre à mixer, mais j’ai découvert la MAO à tâtons, seule. YouTube m’a été très utile grâce aux nombreux tutoriels disponibles sur la plate-forme.

Ma formation en batterie m’a également aidée à apprendre à caler les morceaux. C’est essentiel de ressentir le rythme, de compter les mesures. Pour programmer des structures rythmiques, ça a été fondamental, surtout en musique électronique et en house où la batterie est cruciale.

 

Travailler en solo, c’était important pour toi ?

Ça s’est fait petit à petit, sans vraiment le vouloir. L’amie avec qui je faisais de la musique au lycée et moi avons emprunté des chemins différents. Je ne suis pas de celles et ceux qui ont toujours rêvé de faire de la musique et qui chantent depuis petit-e-s.

J’ai compris que mon projet était viable un soir où je mixais dans un pub à Avignon, en 2013. Les gens se sont mis à danser, ils avaient l’air de vraiment apprécier, même si je pense que le petit coup dans le nez devait aider (rires). J’ai réalisé que si le public réagissait de cette façon, ça valait le coût de continuer. Mixer, ça se fait surtout en solo, ça a un côté pratique alors que si tu es dans un groupe il faut que tout le monde soit disponible. Être indépendante me permet de me botter les fesses et de sortir de ma zone de confort. Et j’ai aussi pu gagner en confiance en moi.

 

C’est peut-être une question bateau, mais la réalité sexiste de l’industrie musicale me pousse à la poser : quelle est ta perception de ton milieu professionnel en tant qu’artiste féminine ?

J’ai une expérience limitée, mais la question me touche. Je vais donc quand même essayer de te répondre. Je suis aidée depuis quelque temps par mes deux managers, Justine Arma et Romane Henry, qui sont devenues mes amies. Quand elles ont des opportunités, elles m’en parlent. C’est grâce à elles qu’au mois de novembre dernier, j’ai pu jouer au Pavillon des Canaux, à Paris.

En tant qu’artiste féminine, je constate qu’il y a encore du boulot, mais je me considère comme privilégiée. Je n’ai jamais eu des problèmes liés à mon genre, même si de la part de certaines personnes il y a souvent une forme d’infantilisation. Par exemple, on me demande toujours si c’est moi qui ai produit et arrangé mes morceaux.

On a encore l’image de la jolie chanteuse au-devant de la scène et des musiciens qui font tout le boulot technique et de composition derrière. C’est quand même différent pour moi : j’arrive seule avec mon matériel, je m’installe et je me branche, alors tout de suite, ça calme. Ça laisse moins de place aux remarques, je gère.

 

Est-ce que ton projet musical est ton activité principale ?

Non, je fais de l’animation de soirée privée à côté, type mariage. J’aimerais bien arriver un jour à faire de Fred Skitty quelque chose de totalement viable. L’animation n’est qu’un travail alimentaire, mais qui ne s’éloigne pas trop de ce que je fais, je mixe aussi lors de ces soirées.

Pour un certain nombre de raisons, je vis toujours chez mes parents, mais ça ne veut pas dire que je veux me laisser vivre non plus. Ça n’a pas toujours été le cas, mais aujourd’hui, c’est mon quotidien et je n’ai pas envie de m’en cacher. L’animation de soirées, c’est quelque chose que je fais depuis longtemps, que j’aime et qui me donne assez de temps pour me concentrer sur mon projet. Du temps, je me suis autorisée à en prendre pour travailler sur mes maquettes et enregistrer mon EP. J’en ai aussi profité pour faire diverses choses et en cocher certaines sur ma liste d’objectifs à réaliser. Je vais avoir 25 ans à la fin de l’année, je sens le changement qui approche. Ces trois dernières années ont été déterminantes. Ça a été une période charnière pour moi.

 

Est-ce que parmi tes influences, il y a une artiste féminine qui a compté pour toi en tant que musicienne, mais aussi en tant que jeune femme ?

C’est un gros cliché, mais je suis une fan absolue de Madonna  – même si je trouve qu’elle s’est un peu perdue musicalement ces dernières années. Elle reste une pionnière. Aujourd’hui, on voit fleurir une libération de la parole, mais à l’époque, Madonna se roulait par terre en robe de mariée en chantant « Like a Virgin ». C’était une prise de position en soi. Elle avait des croix en feu dans ses clips et on la prenait pour une sorcière. Elle a revendiqué la libération des femmes, sa liberté envers son propre corps et sa sexualité. Elle s’est aussi très vite engagée pour la communauté LGBTQ+ en disant fermement et publiquement que l’homosexualité n’était pas une maladie. J’aime qu’elle ne se soit jamais excusée d’être une femme, de réussir, d’être confiante et puissante. À la base, je suis venue à elle pour ses sons, mais je suis restée pour ses engagements.

Robyn a aussi beaucoup compté pour moi. Je l’ai vue récemment à L’Olympia et c’était incroyable. Elle est plus soft que Madonna, mais c’est une femme badass. Au début, quand elle faisait du r’n’b, elle était un peu la Britney Spears suédoise, mais elle a changé. Elle est revenue avec son propre label (Konichiwa Records, ndlr) et la musique qu’elle aime faire. Je la trouve admirable. Elle produit ses morceaux et prend le contrôle de sa vie et de sa musique, comme un gros doigt d’honneur à l’industrie tout entière.

Robyn. © Gus Stewart/Redferns

 

Est-ce que tu as un album ou une chanson de chevet ?

Évidemment, c’est Confessions on a Dance Floor (2005) de Madonna. Je l’ai tellement écouté que mon premier exemplaire s’est rayé. Du coup, je l’ai en trois fois, dont une édition limitée, au cas où. C’est définitivement cet album qui m’a donné envie de faire de la musique électronique. Il y a évidemment des tubes dessus comme « Hung Up » sur un sample d’Abba, mais il y a aussi des morceaux qui font six minutes, donc pas du tout un format radio, et qui sont plus profonds. Si je ne devais en choisir qu’un, ce serait celui-ci.

 


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