Sons électriques, métalliques, affolement des machines, et si Lewis Carroll avait rêvé l’Apocalypse ? Cette semaine, notre playlist a des airs de fin du monde.

 

Alice est passée de l’autre côté du miroir et s’est retrouvée dans des turbines hydrauliques. Elle a rampé jusqu’à la sortie et s’est aplatie dans l’eau croupie. À force d’avancer, ses bras se sont transformés en des plaies infectées. Lorsque sa tête trouve enfin la lumière du jour, c’est un ciel sombre et orageux qui lui fait face. Dans le vent, elle marche, ses bras gâtés contre son ventre comme des boucliers.

Alice trouve dans cette terre désertée de tout, mais surtout de nous, un vieux tas de robots fatigués et rouillés. Elle s’approche et leur fait face. Rien ne bouge. Alors, soudainement marionnettiste des sons et maîtresse des dissonances, elle n’est plus l’enfant, elle est l’ouvrière d’une musique orchestrée avec la précision d’une technicienne digitale. Là, sur son estrade, elle donne à ses robots de compagnie le loisir d’émettre des sons brisés. Ils s’exécutent sans discontinuer.

Alice manipule les échos à l’envi, elle rit et fait preuve d’un amusement presque enfantin. Elle joue, avec sa voix bien sûr, mais aussi avec les différentes sonorités exploitables de son environnement dystopique. Autour d’elle et de son orchestre de ferraille, il n’y a rien d’autre que les cendres, restes de notre civilisation, et les troncs calcinés des arbres qui peuplaient jadis nos forêts.

Alice est adulte. Ici, des choses tombent, d’autres s’écrasent, un rien coule et le reste se désintègre. Des merveilles il ne reste plus rien, si ce n’est le lointain souvenir du menteur incorrigible qui voulut nous faire croire que nos rêves étaient bien plus que des pensées.

Annabelle Gasquez

 


Pour celles et ceux qui préfèrent Spotify, c’est par là.
 


Tous les écrits de Lewis Carroll sont libres de droits et consultables partout sur Internet. Le nom de la playlist est une citation du poème La Chasse au snark.

 


Image de Une : édition illustrée d’Alice au pays des merveilles par Salvador Dali, 1969 ©