Comment faire face aux maux incurables qui, un jour, touchent ceux qui nous sont proches ? L’art est-il la solution pour s’échapper, accepter l’insoutenable réalité ? C’est la question que se pose Domas dans Le Syndrome du petit pois. Avec un style sans prétention, presque enfantin, l’auteur de bande dessinée se livre avec tendresse et émotion sur la maladie de sa mère. Un moyen de se rappeler à lui-même quand il voudrait s’enfermer dans sa bulle.

 

Après Litost, 3 minutes et Souvenir de moments uniques, le bédéiste français Domas poursuit avec son nouvel album, Le Syndrome du petit pois, sa série autobiographique racontée à travers son double littéraire, Max. Mais la succession de moments heureux et poétiques – comme sa rencontre avec celle qui deviendra la mère de ses enfants – laisse désormais place à une réalité douloureuse. Alors qu’il découvre les joies de la paternité, il apprend que sa mère souffre du syndrome de Benson, une affection dégénérative rare, distincte de la maladie d’Alzheimer.

Le Syndrome du petit pois, de Domas, 2016 © La Boîte à Bulles

Le Syndrome du petit pois, de Domas, 2016. © La Boîte à Bulles

Face aux symptômes qui apparaissent petit à petit (oublis fréquents, perte de repères, diminution des capacités intellectuelles…), il se sent désemparé. Bientôt, sa mère ne le reconnaîtra plus et n’aura plus jamais l’air de cette femme volontaire, joyeuse et affirmée qu’il a connue.

 

Dans ma bulle

Max voudrait entièrement se consacrer à la femme qui l’a élevé et a fait de lui l’homme qu’il est devenu. Sa mère est une héroïne de conte, une reine courageuse et bienveillante, un peu comme celles qu’il dessine dans ses BD pour enfants. « Ce nest pas cette petite femme chétive avec un petit pois dans la tête », s’insurge-t-il. Pour preuve, dans ses nombreux flash-back – le noir et blanc du récit au présent laisse place alors à des teintes plus douces, comme réchauffées par la nostalgie du passé –, la silhouette de sa mère se fait plus imposante, plus charismatique, à tel point qu’elle ne rentre pas entièrement dans la case. Son petit garçon lui arrive seulement à la taille. Les yeux figés, il la regarde s’éloigner, sa tête bientôt dans les étoiles : « Au fur et à mesure que ma mère moublie, jai limpression de disparaître. »

Le Syndrome du petit pois, de Domas, 2016 © La Boîte à Bulles

Le Syndrome du petit pois, de Domas, 2016. © La Boîte à Bulles

Mais Max n’est plus seulement le fils de sa mère, il est également le mari de Coquillage et le père de deux adorables petites filles – les autres femmes de sa vie, qui lui demandent aussi son attention. Il doit être là, même s’il n’est plus que l’ombre de lui-même. Ses dessins d’une puissante émotion marquent pourtant sa présence. Avec son trait impulsif, Domas esquisse sa rage, fige ses doutes ou crayonne son retranchement physique et moral. « Mon travail est un refuge. Il moffre un cadre hors du temps dans lequel me plonger », avoue Max à demi-mots tandis que son couple avec Coquillage bat de l’aile. La communication est rompue. Mais comment comprendre ce qu’il traverse s’il ne se confie pas ? S’il décharge sa colère contre sa famille ? Le « syndrome du petit pois », c’est aussi cela : l’égoïsme « en ce sens que l’on veut que les choses se passent comme on l’a décidé. Et qu’on ne supporte pas de ne pas maîtriser les événements ».

 

Se souvenir des belles choses

Et puis, un jour, on se rend compte que tous ceux qui nous entourent sont en fait là pour nous aider. Ils ne sont pas nos ennemis, mais nos amis. Simples vérités que Domas tient à souligner. Pourquoi se compliquer la vie quand elle l’est déjà suffisamment, indépendamment de notre volonté ? Elle doit être fluide, comme son coup de crayon. À travers son témoignage, l’artiste veut se délivrer d’une indicible douleur. Parler même pour d’autres, après tout. Moralité : « En vérité, je dois juste vivre. Et l’écrire pour bien men souvenir. »

Par sa sincérité et son humanisme, Le Syndrome du petit pois nous touche directement. Car bien qu’il dessine avec une apparente légèreté, Domas y aborde un sujet grave et universel. Le bédéiste prouve également que l’art peut être une thérapie, en même temps qu’une inaltérable déclaration d’amour à ceux qui nous sont chers.

 


couv_syndrome du petit poisLe Syndrome du petit pois

Domas

Éditeur : La Boîte à Bulles
Date de parution : 02/03/2016
Nombre de pages : 288
Prix : 28 €