Les coups de cœur de Think tank by 2P

  • La tyrannie du bonheur au service du capitalisme : dans l’ouvrage Happycratie, la sociologue Eva Illouz et le psychologue Edgar Cabanas nous parlent du bonheur tel qu’il est présenté dans nos sociétés modernes : un but permanent à essayer d’atteindre en faisant un travail constant sur soi. Techniques de développement personnel, livres en tout genre et applications pour smartphones… Cette injonction au bonheur sert le capitalisme car elle nous pousse à la consommation et au repli individuel. De plus, à force de se concentrer sur son propre bonheur en se changeant soi-même, nous n’essayons plus de changer le monde ni de combattre ses nombreuses injustices. [France Culture]
  • Des blindés « made in France » utilisés pour réprimer et assassiner les opposants en Égypte : en Égypte, alors que les mouvements d’opposition contre le gouvernement font face à une répression d’une extrême violence, Amnesty International révèle que des blindés de fabrication française « sont utilisés dans la répression de manifestations qui ont coûté la vie à plus d’un millier de civils ». Face à ces accusations, les responsables français répliquent que ces ventes sont destinées au ministère de la Défense et nécessaires pour aider le pays à lutter contre le terrorisme. Alors que la France se positionne comme premier fournisseur d’armements de l’Égypte, l’ONG dénonce le profond mépris dont font preuve les dirigeant-e-s pour les droits humains. Elle demande aussi que la France cesse la vente d’armes en Égypte et qu’elle fasse preuve de plus de transparence sur les échanges d’équipements militaires. [Basta !]
  • While Nestlé extracts millions of litres from their land, residents have no drinking water  : non loin de Toronto, au Canada, les résident-e-s de la réserve des Six Nations subissent directement les conséquences du capitalisme. La multinationale Nestlé, qui détient un nombre incalculable de marques, extrait des millions de litres d’eau par jour de leurs terres. Les résident-e-s n’ont pour leur part aucune eau potable : « Le fait que Nestlé commercialise ces ressources naturelles au cœur d’une communauté qui n’a pas accès à une eau salubre, saine et abordable est un exemple édifiant des disparités que l’on voit partout dans le monde concernant l’accès à l’eau potable. Les riches peuvent payer pour l’eau et les pauvres se font rouler encore et encore », explique Peter Gleick, cofondateur et président émérite du Pacific Institute. « Ce qui se passe avec notre eau est une attaque systémique et institutionnelle sur les terres des peuples autochtones et sur leur droit à protéger ces dernières et à les préserver », poursuit Dawn Martin-Hill, professeure à l’université McMaster. [The Guardian]
  • Monique Wittig (1935–2003), écrivain et lesbienne révolutionnaire : théoricienne littéraire, traductrice, écrivaine et pionnière du Mouvement de libération des femmes (MLF), Monique Wittig a marqué son époque. Ses travaux sur la langue française, notamment sur la grammaire patriarcale, ainsi que son combat contre le schéma hétérosexuel en font une figure importante du féminisme. Si tu as envie d’en savoir plus sur la vie et les idées de Monique Wittig, ce très beau documentaire sonore de France Culture est fait pour toi. [France Culture]


En bonus, un échange très intéressant entre Monique Wittig et Louise Turcotte au sujet de la lutte féministe et de l’écriture, en 1973.

  • Inégalités d’accès à la culture : démocratiser les pratiques par l’éducation : malgré une forte augmentation de la vie culturelle en France, les inégalités d’accès à la culture persistent. Celles-ci sont en effet en grande partie liées à notre système scolaire et aux logiques sociales à l’œuvre. Pour Olivier Donnat, sociologue, il ne s’agit pas « d’apporter la culture au “peuple” », mais de changer la façon dont on éduque culturellement et artistiquement la population, notamment les plus jeunes. C’est ainsi que le désir de culture peut naître. Cet article dense et riche propose des pistes de réflexion pour changer notre regard sur le sujet et propose des solutions concrètes pour « diversifier les chemins d’accès à la culture ». [Observatoire des inégalités]

 

Sur l’écran de la rédac de Deuxième Page

  • Sin&Femmes, l’option ciné pour Halloween : en 2018, nous voyons la multiplication d’œuvres soi-disant féministes, lesquelles surfent ostensiblement sur un effet de mode très rentable. Certaines créations sont bénéfiques, d’autres sont tout simplement les parfaits exemples de produits marketing cochant toutes les cases de la justice sociale sur le papier, mais qui ne sont en fait que des coquilles vides tokénisantes. Souvent, sur Deuxième Page, nous contestons le fait qu’une œuvre se voit bêtement accompagnée de l’adjectif « féministe » tant ce mouvement est complexe et pluriel. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’existe pas d’objets culturels portant des idéaux féministes. Généralement, pour découvrir des démarches artistiques empreintes d’authenticité et d’une réelle réflexion, il est essentiel de regarder du côté des productions indépendantes. À l’instar de The Love Witch, un film réalisé, produit, écrit et mis en scène par Anna Biller (qui s’est aussi occupée des décors, des costumes et de la musique). L’histoire nous présente Elaine, une magnifique jeune femme qui paraît tout droit sortie du cinéma des 60’s en Technicolor. D’ailleurs, tout dans le long-métrage nous ramène à cette esthétique, de la réalisation au montage en passant par la bande-son et la photographie. Les spectatrices et spectateurs sont plongé-e-s dans un univers onirique, mélangeant la réalité au monde intérieur de cette love witch meurtrière. Elaine a perdu son mari – qu’elle a en fait tué – et dès lors, sa renaissance en tant que sorcière s’est transformée en quête envoûtante. Elle aspire à trouver l’amour, le vrai, et pour ce faire, décide de devenir la personnification du féminin tel que rêvé par le masculin hétérosexuel. Mais à terme, rien n’y fait. Ses envies restent insatisfaites, ses espoirs déçus. Il y a de l’humour dans la précision avec laquelle Elaine incarne cet idéal inatteignable, et de l’horreur dans le parcours qui l’a conduite à être si désespérée et malheureuse. The Love Witch rappelle l’importance de l’exécution d’un film, sa technique. L’essentialité du langage filmique lui-même pour véhiculer des réflexions et des idées. Alors que la tendance est au lissage généralisé – de la forme et du contenu –, un long-métrage aussi bizarre et surprenant semble s’imposer par sa nécessité. Pour le voir, toutes les infos sont ici.

The Love Witch, réalisé par Anna Biller, 2016. © Anna Biller Productions

  • #Bibliotheque2P, le livre de la semaine : en mai 2018, les Éditions du Portrait ont publié un recueil indispensable. Actions scandaleuses et rébellions quotidiennes réunit les textes les plus importants de la journaliste américaine Gloria Steinem. Vingt-six au total, permettant de comprendre plus en profondeur les enjeux du mouvement féministe, mais aussi la réalité de cette lutte. Trop souvent encore, le lectorat francophone n’a pas accès à certains des textes majeurs dédiés au féminisme. D’ailleurs, aucun des écrits de la cofondatrice du Ms. Magazine n’était jusqu’ici disponible en français. Ce livre incroyablement riche inclut évidemment le reportage relatant son infiltration au cœur de l’un des clubs new-yorkais Playboy en tant que bunny, en 1963. Cet article, qui concentre toute son intelligence et son humour, fait apparaître les conditions désastreuses de travail des jeunes femmes employées, et le sexisme inhérent à ce milieu. Qu’elle dresse le portrait d’Alice Walker, celui de Marilyn Monroe ou qu’elle explore les sujets de la pornographie ou des menstruations, Gloria Steinem ne cède jamais à la facilité. Elle analyse, décrypte. Elle dessine des solutions pour un monde qui aurait fait sa révolution féministe. « Nous avons une capacité surprenante à accepter des mythes qui contredisent nos propres vies, préférant nous dire que nous sommes les exceptions qui confirment la règle, confie-t-elle en 1983. Quand la lumière a commencé à se faire, je me suis demandé pourquoi je n’avais pas compris tout cela plus tôt. Je me suis mise à lire toute la littérature féministe qui me tombait entre les mains et à échanger avec toutes les féministes actives que je pouvais rencontrer. » S’il est une chose que nous rappelle l’autrice, c’est que pour lutter et arriver à nos fins, nous devons faire preuve de solidarité, de sororité. Pour défaire le patriarcat, la curiosité, la communication et l’organisation sont clés.

 

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Image de une :  Gloria Steinem, le 20 août 1965. © Yale Joel/The LIFE Picture Collection/Getty Images