Petit bijou sucré de la bande dessinée française, Aya de Yopougon nous transporte en Afrique. Mais attention, pas n’importe quelle Afrique ! Celle que l’on présente trop rarement soit celle rythmée par la jeunesse, les rires et l’insouciance. Une période de la vie connue de tous, que l’on soit d’ici ou bien d’ailleurs.

 

Retour en arrière. Nous sommes dans les années 1970, en Côte d’Ivoire. Un pays qui, de nos jours, a surtout fait parler de lui suite aux élections présidentielles en octobre 2015. Et aussi en 2010, en raison d’une guerre civile qui a opposé le clan du président sortant Laurent Gbagbo à celui du nouvel élu Alassane Ouattara. Corruption, manichéisme, violence. L’Afrique morcelée ne se résumerait-elle qu’à cela ? Absolument pas. La preuve grâce aux auteurs d’Aya de Youpougon.

Sous le trait naïf et chamarré du dessinateur Clément Oubrerie, l’auteure Marguerite Abouet s’est remémoré son enfance heureuse à Yopougon. Un quartier animé et savoureux d’Abidjan aussi appelé « Yop City » pour faire comme dans un film américain. L’année 1978 est celle de ses 19 ans, mais aussi des premiers émois, prises de conscience et déceptions. Auprès de ses deux amies, Bintou et Adjoua, l’adolescente ne se soucie pas de politique, de guerre, du sida ou de la misère. Sa plus grande préoccupation à elle, alors que les « fresnies » de son âge s’en vont décaler au ça va chauffer, c’est d’étudier pour devenir médecin.

« J’ai eu la chance de connaître cette époque insouciante, où les jeunes n’avaient pas à choisir leur camp trop vite, et ne se préoccupaient que de la vie courante : les études, les parents, les amours… Et c’est cela que je veux raconter dans Aya, cette Afrique qui subsiste malgré tout, car, comme on dit chez nous : la vie continue” », se rappelle nostalgique Marguerite Abouet, qui en 2006 a remporté le prix du Premier album au Festival d’Angoulême.

Découvrez la bande-annonce de l’adaptation d’Aya de Yopougon au cinéma, sortie en 2013.

 

Roulement de tassabas à Yopougon

Aux côtés d’Aya, le lecteur pénètre dans un univers coloré et joyeux, à la découverte d’une Afrique authentique et méconnue. La bande dessinée montre la vie quotidienne d’un quartier, les ruses pour échapper à la vigilance des parents, la drague entre copines, les premiers baisers donnés discrètement au clair de lune sur la place du marché surnommée « l’hôtel aux mille étoiles ». Mais attention à ne pas se faire enceinter, les filles ! L’insouciance de la jeunesse se fait vite rattraper par la réalité et la sévérité des adultes.

Car, comme partout ailleurs, « on sengueule, on se réconcilie, on rit, on pleure, on danse, on cherche une issue à tout ça et on offre du Nescafé aux sexy génitos », décrit dans la préface l’écrivaine Anna Gavalda. Oui, les jeunes de Yopougon sont comme tous les autres, face aux mêmes problèmes et aux mêmes envies. Ils ont aussi un langage qui leur est propre avec lequel on se familiarise très vite. « Bodjo », « pétou », « tassaba », voilà autant d’expressions pour désigner les fesses. Une partie du corps sanctifiée puisqu’à Yopougon toutes celles et ceux qui savent remuer leur bodjo sur la piste de danse.

Autant vous dire que les fesses plates ne font pas fureur… Pas grave, Aya nous entraîne quand même avec elle. Mais comment bien rouler son tassaba pour ne pas avoir l’air trop décalé ? Un « bonus ivoirien », situé à la fin de chacun des six albums, offre au lecteur tous les conseils dont il a besoin ainsi qu’un indispensable lexique et des recettes typiquement ivoiriennes. Parmi elles, la sauce arachide et le Gnamankoudji, jus de gingembre aux vertus aphrodisiaques bien connues. Bon voyage à Yopougon, dêh !

 


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Aya de Yopougon

Édition spéciale 10 ans

Tome 1 

Clément Oubrerie (Dessinateur), Marguerite Abouet (Scénario)
Maison d’édition : Gallimard
Date de parution : 22/10/2015
Nombre de pages : 112

Prix : 17 €