En ce samedi du mois de mai, après une semaine bien agitée, on prend le temps. Celui de dormir, de manger quelque chose d’agréable, et parfois de se souvenir. On commence par la soirée de la veille, les rires, et on s’égare. Alors, on se retrouve face à elle, cette déchirure que l’on porte en silence, parce que les autres nous assènent qu’il faut regarder vers l’avenir. Nous, on a préféré te concocter une playlist mélancolique et enivrante pour l’accueillir en musique.

 

Pour celles et ceux qui préfèrent Spotify, c’est par ici.

 

C’est forcément une histoire triste. Tu sais, celle qui raconte comment tu l’as perdu-e. C’est forcément une histoire. Tu sais, celle que tu voudrais oublier mais qui hante tes pensées, continûment. C’est forcément triste. Tu sais, la vie. Il est si intime, ce sentiment de devoir annihiler ta mémoire, de devoir trouver en d’autres choses un intérêt. Ils ne savent pas que tu ne le souhaites pas. Il faut se remémorer chaque heure, chaque seconde du déchirement qui a accompagné l’annonce. Les piqûres de l’absence te laissent sans rappel, vulnérable. Tu as plongé dans la monotonie du quotidien comme un apnéiste. Tu l’as oublié-e, je crois. Tu ne le veux pas. Pourquoi donc t’obliger à « passer à autre chose », à « tourner la page », à « recommencer à vivre », quand tout ici devrait être habité de l’autre ? Quand cet-te autre est pour toujours une part de toi ? Pour toujours comme dans les livres, comme dans les douleurs des grand-e-s auteurs-rices que l’on aime lire et relire pour se rappeler. De l’autre. Elle est étrange cette règle officieuse qui te pousse à cacher ton passé dans un petit coffre, là, dans ton cerveau, tout près des souvenirs abîmés de tes cours de SVT. Alors oui, les journées s’enchaîneront et effaceront peu à peu sa présence, sans crier gare, les sourires et l’existence s’imposeront à toi. Et ce sera presque comme avant. Comme lorsque l’éternité était encore intacte. Linéaire. Mais là, en toi, il y a ce petit coffre. Souvent, la nuit, sans rien dire à personne, tu le retrouves, tu l’ouvres et explores à nouveau son contenu. C’est ton secret, car dans cette réalité, ils ne comprennent pas. Que dans tous les pas que tu fais, dans toutes les empreintes que tu laisses sur le sol, le fantôme invisible de l’autre suit éternellement ta route.

Annabelle Gasquez

 

I Felt a Funeral, in my Brain

I felt a funeral, in my brain,
And mourners to and fro
Kept treading – treading – till it seemed
That sense was breaking through –

And when they all were seated,
A service, like a drum –
Kept beating – beating – till I thought
My mind was going numb –

And then I heard them lift a box
And creak across my soul
With those same boots of lead, again,
Then space – began to toll,

As all the heavens were a bell,
And being, but an ear,
And I, and silence, some strange race,
Wrecked, solitary, here –

And then a plank in reason, broke,
And I dropped down, and down –
And hit a world, at every plunge,
And finished knowing – then –

Emily Dickinson, Car l’adieu, c’est la nuit, Gallimard, p. 98.

Traduction disponible ici.

Tracklist :

  1. Balmorhea – Remembrance
  2. Barbara – Attendez que ma joie revienne
  3. Nosaj Thing – Aquarium
  4. Trentemøller – Miss You
  5. James Blake – Radio Silence
  6. Keren Ann – Jardin d’hiver
  7. Flying Lotus – Zodiac Shit
  8. Mogwai – Punk Rock:
  9. Jon Hopkins – Journey
  10. Public Memory – Interfaith
  11. Alex Smoke – Galdr
  12. Kilo Kish – Distractions II: The Dilemma of Cool
  13. Essaie Pas – Demain est une autre nuit
  14. Miserable – Best Friend
  15. Nils Frahm – Hammers

Image de une : © Ania Goszczyńska