Les coups de cœur de Think tank by 2P

  • Opinion | Hate Amazon? Try Living Without It : dans cette tribune, Nona Willis Aronowitz part de son expérience personnelle pour expliquer comment Amazon a réussi à se rendre indispensable, notamment aux États-Unis, où les gens l’utilisent pour faire des économies au quotidien, qu’il s’agisse d’acheter des commodités ou des équipements médicaux. Au vu de la précarité de certain-e-s, faire ses courses sur Amazon n’est plus alors un choix, mais une obligation : « Amazon est l’exemple le plus probant d’une entreprise exploitant la précarité créée par le capitalisme, ce qu’elle fait précisément en soulageant une partie de ses maux ». [The New York Times] [ENG]
  • Manifestation des gilets jaunes : les éditocrates sont-ils « raisonnables » ? : sur BFM-TV, c’est sans aucune gêne que l’on défend les violences policières et que parmi les intervenant-e-s, l’on se fait majoritairement les porte-voix du gouvernement Macron et de sa politique. Une nouvelle fois, Acrimed dont le travail est indispensable (soutiens la presse indépendante, c’est hyper important), met en lumière les agissements irresponsables des éditorialistes sur la chaîne de télévision. La plupart des propos qui y sont relayés sont tellement aberrants qu’ils paraissent irréels, allant jusqu’à des « appels à la répression et à l’autorité ». Et BFM-TV (qui est à Macron ce que Fox News est à Trump) n’est pas le seul média au cœur duquel les éditorialistes se sont lâché-e-s : France Inter, RTL, CNews, Le Point… La liste est non exhaustive. [Acrimed]
  • L’hédonisme sans les femmes : encore un article très intéressant de Mona Chollet, dans lequel elle explore les représentations de l’hédonisme et de l’oisiveté. Ces activités seraient-elles donc réservées aux hommes ? Si l’on en croit une majorité des représentations culturelles et des normes sociales, oui. Alors, comment se réapproprier l’art de ne rien faire ? « Défendre son corps et imposer la notion de consentement, oui. Mais aussi affirmer son désir, reprendre l’hédonisme – dans sa dimension politique ou individualiste – à une certaine tradition masculine qui l’a confisqué, réclamer le droit de contribuer à façonner le monde de fantasmes, d’images et de récits dans lequel nous baignons ; se placer enfin au centre du paysage du plaisir, sexuel ou pas. Beau programme, non ? » [La méridienne]
  • 3300 arrestations, 1052 blessés, un coma, un décès : l’engrenage d’une répression toujours plus brutale : quelques jours après les manifestations des « gilets jaunes » du 8 décembre 2018 partout en France, de nombreux témoignages relatant des violences policières se sont multipliés. Le bilan de la répression brutale est alarmant. [Basta !]
  • Le Brésil refuse à Total une licence d’exploration dans l’embouchure de l’Amazone : après plusieurs demandes d’associations environnementales et grâce à une mobilisation massive contre ce projet, le Brésil a refusé à Total une licence d’autorisation pour effectuer des forages à l’embouchure de l’Amazone. En effet, l’agence de régulation environnementale brésilienne a constaté plusieurs problèmes techniques, ainsi qu’un risque de fuites de pétrole pouvant toucher la faune et la flore locales. Greenpeace se réjouit de cette prise de décision face à la multinationale, mais précise qu’il faut continuer à protéger le récif de l’Amazone, car d’autres projets d’explorations le menacent. [Libération]

 

Sur l’écran et dans les mains de la rédac de Deuxième Page

  • La vidéo de la semaine : ces derniers mois, Hannah Gadsby aura fait parler d’elle, et c’est l’une des rares choses positives de l’année 2018. Son spectacle Nanette en est la raison, et il faut absolument le voir.  À l’occasion du Hollywood Reporter’s Women In Entertainment 2018, la comédienne a fait un discours au sujet des « hommes bons et de la misogynie ». Elle y explore la frontière (« line in the sand » en anglais) entre les hommes bons et les hommes mauvais, laquelle est toujours tracée par les mêmes, ce qui est dangereux à ses yeux. On t’en propose une transcription en VF, traduite par nos soins :

« […] Je veux parler de l’énorme problème que j’ai concernant les hommes bons, plus spécialement les hommes bons qui se donnent pour mission de parler des hommes mauvais. Je trouve les hommes bons qui parlent des hommes mauvais incroyablement agaçants, et c’est quelque chose que les hommes bons font beaucoup en ce moment. Pas en ce moment même, pas à cette minute, parce que les hommes bons n’ont pas à se lever tôt pour saisir l’opportunité de monologuer leur prise de position tranchée sur la misogynie. Ils ont les heures de grande écoute de la télévision et les late shows pour cela.

Je vais vous dire, je suis fatiguée d’allumer ma télévision à la fin de la journée pour trouver sur toutes les chaînes douze “Jimmy” qui me partagent leur prise de position tranchée [en référence à tous les animateurs de late shows américains, ndlr]. Ne vous méprenez pas, il n’y a rien qui cloche avec les “Jimmy” et les “David” et les autres “Jimmy”. […] Mais la dernière chose dont j’ai besoin là tout de suite, à ce moment de l’histoire, est de devoir écouter des hommes monologuer au sujet de la misogynie et de comment les autres hommes devraient simplement arrêter d’être flippants, comme si le problème se résumait à ça. “Si seulement ces hommes mauvais savaient juste faire en sorte de ne pas être flippants !” Est-ce ça le problème ? Les hommes ne sont pas flippants. Vous savez ce qui est flippant ? Les araignées, parce qu’on ne sait pas comment elles se déplacent. Rejeter l’humanité d’une femme ne tient pas au fait d’être flippant ou non, c’est de la misogynie. Alors pourquoi les hommes ne peuvent-ils pas monologuer sur ces questions ? Eh bien, ils peuvent, et ils le font. Mon problème est que selon les “Jimmy”, il n’y a que deux sortes d’hommes mauvais. Il y a le genre des Weinstein/Bill Cosby, lesquels sont si parfaitement horribles qu’ils pourraient appartenir à une espèce différente de celle des “Jimmy”. Et puis il y a les ADJ : les Amis de Jimmy. Il s’agit apparemment d’hommes bons qui ont mal interprété les règles – les dyslexiques ordinaires du consentement. Ils ont le règlement, mais ils l’ont survolé. “Oh, ça, un point virgule ? Au temps pour moi. Je pensais que ça signifiait anal”. Je m’excuse auprès des vegans dans la salle.

Mon problème avec les hommes bons qui parlent des hommes mauvais est qu’ils ignorent toujours la frontière – la frontière qui est inévitablement tracée à chaque fois qu’un homme bon parle d’un homme mauvais : “Je suis un homme bon. Voilà la frontière. Eux, ce sont tous des hommes mauvais”. Les “Jimmy” et les hommes bons ne parleront pas de cette délimitation, mais nous avons vraiment besoin d’en parler. Appelons-la Kevin. Et ne l’appelons plus jamais ainsi. Nous avons besoin de parler de la manière dont les hommes traceront une frontière à ne pas franchir en fonction des différentes occasions. Ils ont une frontière pour le vestiaire ; une frontière pour quand leurs femmes, mères, filles et sœurs les regardent ; une autre frontière pour quand ils sont ivres avec leurs camarades de fac ; une autre frontière de non-divulgation [en référence aux accord de non-divulgations que de nombreux hommes ont fait signer à des femmes pour se protéger, ndlr] ; une frontière pour les ami-e-s et une frontière pour les ennemi-e-s. Vous savez pourquoi nous avons besoin de parler de cette frontière entre les hommes bons et les hommes mauvais ? Parce que seuls les hommes bons ont l’opportunité de la tracer. Et devinez quoi ? Tous les hommes pensent être bons. Nous devons en parler, car devinez ce qui arrive quand seuls les hommes bons tracent cette frontière ? Ce monde. Un monde plein d’hommes bons qui font de très mauvaises choses, et qui pensent toujours au plus profond de leur cœur qu’ils sont des hommes bons parce qu’ils n’ont pas franchi la frontière, parce qu’ils déplacent la frontière pour leur propre intérêt. Les femmes devraient avoir le contrôle sur cette frontière, c’est indéniable.

Maintenant, prenez tout ce que je viens de dire jusqu’à maintenant et remplacez “homme” par “personne blanche”, et sachez que si vous êtes une femme blanche, il n’est pas de votre ressort de tracer des frontières entre les bonnes personnes blanches et les mauvaises personnes blanches. Je vous encourage aussi à prendre le temps de remplacer “homme” par “hétéro” ou “cis” ou “valide” ou “neurotypique”, etc. Tout le monde pense être fondamentalement bon, et nous avons tous-te-s besoin de croire que nous sommes fondamentalement bon-ne-s, car croire cela fait partie de la condition humaine. Mais si vous avez besoin de croire qu’une autre personne est mauvaise afin de penser que vous êtes bon-ne, vous tracez une frontière très dangereuse. À bien des égards, ces frontières que nous traçons tou-te-s sont des histoires que l’on se raconte pour que nous puissions encore croire que nous sommes de bonnes personnes. […] »

 

  • Passion Podcast, l’émission à écouter cette semaine : des podcasts, désormais, ce n’est pas ce qu’il manque. Au cœur de la proposition, il y a quelques pépites. « Me My Sexe and I », créé, produit et animé par Axelle Jah Njiké explore des récits de l’intime. Deux fois par mois, l’émission qui se présente comme un échange personnel permet de découvrir l’expérience de femmes noires, dans toute leur pluralité. Elles y partagent leur vécu et leur rapport à la sexualité, avec une grande authenticité. Parfois drôles, difficiles, et toujours enrichissants, ces échanges abordent des sujets depuis longtemps absents ou invisibilisés par les grands médias. C’est notre coup de cœur de cette fin d’année, et on t’encourage vivement à soutenir le projet en faisant un don, si tu le peux. La saison 1 déjà disponible est composée de sept épisodes d’une heure chacun, à découvrir dès que tu as un peu de temps devant toi.

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Image de une : Hannah Gadsby © Hollywood Reporter