Ce week-end, Lucie part en Toscane et court après la lumière jaune. De journées crépusculaires en averses orageuses, elle pourrait bien rouler vers la fin du monde.

 

La Toscane a toujours évoqué en moi le modèle absolu, et bucolique, du paysage champêtre. Des collines baignées dans la lumière jaune, des étendues verdoyantes parsemées ici d’un bouquet de cyprès, là d’une ferme qui semble être sortie de terre pour satisfaire les poètes. Fouler en cette fin de semaine la terre de Sienne, suivre le paisible fleuve Arno et l’azur de la côte des Étrusques semble être un art auquel je m’adonne paresseusement. Et pourtant, des images apocalyptiques cette fois-ci viennent importuner la contemplation. Comment le lieu le plus solaire de la Terre peut-il rimer avec fin du monde ?

Sans doute trop de littérature a-t-elle fait dévier la douceur de ces collines.

La Toscane, c’est aussi Tartovski : dans Nostalghia, il assortit l’Italie à la mémoire de sa mère, aux clichés désossés du soviétisme. C’est également mon exemplaire corné et obsédant de La Supplication, recueil des âmes irradiées par cette fin du monde, le 26 avril 1986, à Tchernobyl. « Nous ne savons pas comment tirer le sens de cette horreur. Nous n’en sommes pas capables. Car il est impossible de l’appliquer à notre expérience humaine ou à notre temps humain », disait l’un d’eux.

Décidément, le chianti aidant, ce thème sépia de la ferme au cyprès me renvoie au crépuscule de notre existence, me suggère une fin du monde en latence. Cachée dans le jardin de Boboli qui renaîtra pourtant au printemps prochain, ou dans l’une de ces églises romanes qui réveille la mystique des athées les plus fervent-e-s.

Alors, de retour à Paris, j’aurai tiré les conclusions de ma méditation. Il faudra choisir, la rupture ou la persistance. Rive droite, direction la gare de l’Est pour les clichés au vitriol d’une génération nipponne en déroute, ou j’irai contempler, rive gauche, L’Origine du monde, là où tout a commencé.

 

Œuvres et lieux cité-e-s :

  • « Keep the Streets Empty for Me », Live in Lulea, Fever Ray, 2009
  • Nostalghia, Andreï Tartovski, 1983
  • La Supplication, Svetlana Alexievitch, JC Lattès, 1998
  • L’Origine du monde, Gustave Courbet, 1866 (visible au musée d’Orsay, 1 rue de la Légion d’Honneur, 75007 Paris)
  • « Scandalous/Daido Moriyama », exposition organisée par le centre d’art LE BAL à la gare de l’Est, place du 11-Novembre-1918, 75010 Paris (jusqu’au 20 novembre 2016)
  • En Toscane : fleuve Arno, jardin de Boboli, côte des Étrusques, terre de Sienne