Courtney Morgendorffer s’invite sur Deuxième Page pour des playlists ensanglantées. Au programme : un peu de pédagogie, d’humour et surtout des morceaux cathartiques pour faire passer la meilleure période du mois ! Non seulement, ici, on aime bien parler menstrues, mais en plus, on les met en musique.

 

Tu m’étonnes que ça fasse flipper. Chaque mois, c’est une nouvelle pochette de Cannibal Corpse dans ma culotte. Mais c’est pas juste le sang des films d’horreur, celui qui emplit la salle des ascenseurs dans Shining. Non, celui-là, on le connaît bien, et il n’impressionne plus grand monde. C’est pas non plus le sang que l’on donne pour avoir des croissants gratos. Non, c’est bien plus tordu que ça : c’est le sang de la vie qui aurait pu naître. La nidification qui s’effondre. Et du coup, c’est un peu la vie et la mort réunies ; tout ça résumé dans un Tampax.

Alors clairement, ça en a paniqué certains. Pour Pline l’Ancien, une femme qui a ses règles, c’est un peu l’ouragan Katrina conjugué au virus Ebola. À son approche, « les vins nouveaux s’aigrissent, les semences deviennent stériles, les greffes des arbres meurent, et les fruits en tombent tout desséchés, les jeunes plantes en sont brûlées, la glace des miroirs se ternit à leur seul aspect, la pointe du fer est émoussée, la beauté de l’ivoire effacée, les abeilles en meurent, le cuivre et le fer s’enrouillent aussitôt, l’air en est infecté, et les chiens qui en goûtent enragent. […] Les averses de grêle, les tornades de vent s’écartent si le fluide menstruel est exposé à un éclair et les tempêtes ne s’approchent pas. Si la menstruation coïncide avec une éclipse de lune ou de soleil, les dégâts sont irrémédiables. »

Ça a l’air cool dit comme ça, mais il semblerait que ce pouvoir magique nous ait coûté un peu cher. Il y a quelques années, l’anthropologue Alain Testart a proposé de réinterpréter la division genrée du travail (le fait que les hommes chassent pendant qu’on torche les gosses, en somme) à la lumière des règles. Les menstruations étant, dans les sociétés traditionnelles, synonyme de malédiction, on a voulu éviter de faire foirer une bonne chasse en y ramenant bobonne. Eh hop ! des dizaines de siècles de domination masculine ramenés à un simple problème de souillure dans la culotte.

Jusqu’à peu, je croyais moi aussi à une malédiction. Les draps à laver en cachette, l’angoisse de la tache de sang sur le fauteuil blanc de la bonne famille chez qui je suis invitée. Mais récemment, j’ai compris que réside en moi un grand pouvoir magique, qui se réveille tous les 28 jours. C’est le pouvoir de réaliser n’importe quelle pochette de métal un peu gore sans effets spéciaux. Pas besoin de tailler des crayons bordeaux pour refaire Reign In Blood, ni d’aller chercher du sang de porc chez le boucher pour la photo de Wreck. Moi, j’ai tout ça à domicile, sans OGM et fait maison.

Courtney Morgendorffer

 


Tracklist :

  1. Heavens To Betsy – My Red Self
  2. Jay Reatard – Blood Visions
  3. Tacocat – Crimson Wave
  4. The Gits – Precious Blood
  5. Huggy Bear – Erotic Bleeding
  6. Babes in Toyland – Blood
  7. NOFX – You’re Bleeding
  8. Baptists – Bloodmines
  9. The Body – Night of Blood in a World Without End
  10. Neurosis – Through Silver In Blood
  11. Jenny Hval – Period Piece
  12. Slayer – Raining Blood

 


Pour celles et ceux qui préfèrent Spotify, c’est par là.


Image de une : Barbara Steele dans Le Masque du démon, réalisé par Mario Bava, 1960 © DR