Pour l’anniversaire de sa naissance, il y a 104 ans, « The F-World » te propose de découvrir l’incroyable Hedy Lamarr, star hollywoodienne et inventrice de génie !

 

« Un homme ne veut pas savoir ce qu’il y a au fond [des femmes], il s’arrête à la surface. S’il le faisait, il trouverait pourtant de bien plus belles choses que la forme d’un nez ou la couleur des yeux. » – Hedy Lamarr, extrait d’une lettre écrite en 1937 à sa mère, citée dans le documentaire Hedy Lamarr : From Extase to Wifi (2018).

 

Hedwig Eva Maria Kiesler voit le jour le 9 novembre 1914 à Vienne, en Autriche. Fille unique d’un banquier et d’une pianiste, l’enfant s’ennuie. Elle aime monter des spectacles pour ses poupées et imiter les attitudes de ses proches, des félins, des passant-e-s… Elle joue déjà la comédie. Sa carrière au cinéma commence à l’âge de 16 ans lorsqu’elle se présente, seule, aux studios Sascha-Film et décroche une apparition dans un film. Pour l’adolescente, c’est une révélation. Elle annonce à ses parents qu’elle a trouvé sa voie et arrête l’école. Sa beauté conventionnelle, très valorisée socialement, lui permet de trouver quelques rôles. L’un de ses metteurs en scène, Max Reinhardt, la qualifie alors de « plus belle femme du monde ». Une caractérisation qui lui collera à la peau toute sa vie.

En 1932, sa carrière prend un tournant majeur. À seulement 17 ans, elle obtient le rôle principal dans Extase, de Gustav Machatý (1933). Elle apprécie le scénario pour sa modernité : la protagoniste, une femme divorcée, tombe éperdument amoureuse d’un bel inconnu, le séduit et a une aventure avec lui avant de le quitter. Dans le long-métrage, l’actrice apparaît entièrement nue, ce qui provoque de nombreuses réactions. Mais surtout, le film inclut une scène, finalement assez pudique – mais a priori alors inédite dans le cinéma grand public –, montrant un orgasme féminin. Présenté lors de la Mostra de Venise en 1934, Extase fait scandale. Le pape Pie XII va même jusqu’à le condamner.

Cette année-là, l’actrice se marie à Fritz Mandl, un riche industriel proche des nazis et du fasciste Benito Mussolini. Mandl est un homme possessif, paranoïaque et jaloux. Il ne supporte pas que son épouse soit nue dans un film et tente d’en faire détruire toutes les copies disponibles. Il lui interdit d’exercer son métier, de sortir, la fait suivre et surveille ses ami-e-s. Exaspérée et horrifiée par les alliances de son mari, elle fuit en Angleterre. Elle y rencontre Louis B. Mayer, directeur de la Metro-Goldwyn-Mayer, qui recrute alors des acteurs et actrices fuyant l’Allemagne nazie afin de les exploiter à bas prix. Mais le contrat de six mois à 125 dollars la semaine ne convient pas à la jeune femme. Elle refuse et décide d’embarquer sur le même paquebot que lui, le Normandie, qui part en direction des États-Unis, afin de l’impressionner. Elle profite de la traversée pour le convaincre de l’embaucher selon ses critères. Quand elle arrive à New York, c’est avec un contrat de sept ans à 500 dollars à la semaine sous le bras. Elle est repabtisé « Hedy Lamarr » pour que son nom sonne moins germanique auprès du public américain et la distancier d’Extase. En six mois, elle apprend l’anglais. Après la sortie de Casbah (John Cromwell, 1938), Hedy Lamarr devient un phénomène et fait la couverture des magazines. Sa carrière est véritablement lancée.

Pourtant, la star hollywoodienne se lasse vite de ce milieu superficiel. Malgré ses tentatives pour ouvrir ses horizons en faisant de la comédie, du thriller et un peu de production, on la cantonne à des rôles de femme fatale. Chez elle, Lamarr s’aménage un petit atelier. Elle y crée des appareils pour sa maison, comme un distributeur automatique à moutarde. Elle s’entoure d’ami-e-s brillant-e-s, tel le compositeur George Antheil. Avec lui, elle discute de la guerre en Europe, de son sentiment d’impuissance à aider son pays natal et de ses idées pour assister l’armée américaine. C’est avec George qu’elle développe l’étalement de spectre par saut de fréquence, lequel permet au système émetteur-récepteur des torpilles radioguidées de changer de fréquence, pour empêcher la détection d’attaques sous-marines éventuelles. Elle dépose un brevet en 1942. Cependant, lorsqu’elle propose sa technologie à l’armée, Hedy Lamarr n’est pas prise au sérieux. On lui suggère plutôt de soutenir les États-Unis en participant au soutien moral des troupes, la renvoyant encore et toujours à son physique. Intriguée, néanmoins, l’armée classe son invention top secret pour dix-sept ans, la condamnant à l’oubli. Terriblement frustrée, l’inventrice poursuit son travail. Elle met au point des gadgets, comme le collier de chien phosphorescent, ou des technologies militaires, telles que des munitions explosant à proximité de grands corps métalliques, sortes de têtes chercheuses ne se déclenchant qu’en présence d’un avion ou d’un char.

En 1959, le brevet du saut de fréquence est déclassifié. Un ingénieur militaire le découvre par hasard et décide de faire usage de cette technologie révolutionnaire. L’armée applique enfin cette technique à ses radars, et elle sert pour la première fois en 1962, lors de la crise de la baie des Cochons à Cuba. En 1966 paraît ce qui est présenté comme l’autobiographie de l’actrice, Ecstasy and Me. On y rencontre une Hedy Lamarr indépendante, sachant exactement ce qu’elle attend de ses relations amoureuses et parlant avec une grande modernité de sa vie sexuelle : « En dessous de 35 ans, un homme a trop à apprendre. Et je n’ai pas le temps de lui faire la leçon » (citée par Pénélope Bagieu dans Les Culottées). Elle revendique également le droit pour les femmes d’affirmer leurs désirs et d’avoir une sexualité active et épanouie. Évidemment, le livre fait scandale, et l’éditeur le fait préfacer par un psychiatre qui met en garde les lecteurs-rices contre la « libido pathologique » de cette femme divorcée. Plus tard, il sera finalement établi que cet ouvrage, corédigé par le scénariste Leo Guild et l’auteur Cy Rice, regorge d’informations inexactes et d’élucubrations. Difficile donc de savoir où la voix de Lamarr commence et où celle-ci a été récupérée. En fin de compte, elle est à nouveau silenciée, discréditée, déshumanisée et réduite à une image sexiste de femme-objet.

Hedy Lamarr meurt le 19 janvier 2000. Ses nécrologies évoquent son incroyable beauté, son existence sulfureuse, mais rares sont celles qui font allusion à son activité d’inventrice, à sa parole libérée. C’est bel et bien sa découverte qui a permis le développement, entre autres, du GPS, du Bluetooth et du wi-fi (elle n’a jamais touché d’argent pour son invention). Hedy Lamarr est un exemple typique de l’invisibilisation des femmes et de leurs accomplissements au sein des sociétés patriarcales. Heureusement, en 2018, quelques tentatives de réhabilitation voient le jour, à l’instar du documentaire Hedy Lamarr : From Extase to Wifi, réalisé par Alexandra Dean. Au XXIe siècle, il serait donc temps de reconnaître cette femme d’exception, dans toute sa complexité.