Qui dit fin d’année dit top, qui dit top dit sélection, et qui dit sélection dit l’équipe-de-Deuxième-Page-a-encore-perdu-une-semaine-de-sommeil-pour-terminer-l’article-à-temps ! Ici, tu trouveras les 10 meilleures séries de 2017 – et pour quelques-unes de l’histoire de l’humanité, si l’on doit être parfaitement objectives et honnêtes intellectuellement.

 

Il a fallu faire un choix, et il n’était pas évident. Franchement, si notre époque est l’âge d’or des séries, nos vies réelles, elles, semblent raccourcir à vue de nez et retourner à l’âge de pierre. Plus le temps de se laver, plus le temps de travailler, plus le temps de payer les factures, tout va si vite dans nos télévisions, et il faut pouvoir assurer en société. Pas facile d’affronter les regards outrés de tes potes quand ils découvrent que tu n’as jamais regardé The Wire. Mais qui a le temps de regarder The Wire quand 10 nouvelles séries (au bas mot) sortent tous les mois ? Pas le temps, on te dit : Netflix, chill, et pression sociale. Parfois, on en oublierait presque nos priorités et le rôle même des séries : nous divertir, nous enrichir, nous permettre de souffler. En 2017, elles étaient encore nombreuses et de qualité, et il a été difficile d’arrêter nos choix sur les 10 élues présentées ici. Nous avons donc décidé collectivement de porter nos regards sur des séries qui invitent à la réflexion, à prendre le temps malgré des formats parfois court. Des séries qui restent avec nous après le visionnage, qui ne sont plus simplement la marque d’une validation sociale, d’une consommation boulimique culturelle, mais des moments privilégiés que l’on s’octroie, seul-e ou à plusieurs. Et il y en a pour tous les goûts, de l’humour absurde 100 % british de Chewing Gum à l’émotion bouleversante de The Leftovers, en passant par la SF travaillée de The Expanse, la justesse émotionnelle de Crazy Ex-Girlfriend et le suspense de The Fall.

The Leftovers
Crazy Ex-Girlfriend
Sense8
Glow
Mindhunter
The Expanse
The Fall
Halt and Catch Fire
Girlboss
Chewing Gum

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The Leftovers (saison 3)

The Leftovers est un chef-d’œuvre. Une toile d’artiste télévisuelle jamais vue auparavant. Et cette saison 3, qui vient conclure la série, est à la hauteur de tout ce qui l’a précédée. L’un des éléments importants est l’inconnu. L’anti-didactisme. Personne ne te prend par la main, il te faut affronter seul-e les douleurs et les joies que tu traverses, face à l’adversité et à la complexité de la condition humaine. Un peu comme dans la vie. Il serait facile d’évoquer la musique poignante de Max Richter, la réalisation sublime de Mimi Leder ou le jeu d’actrice bouleversant de Carrie Coon. Il serait facile d’écrire un essai sur l’importance d’une série comme The Leftovers à notre époque, cette peinture hybride de nos sociétés occidentales, capturant notre rapport à l’absurde existence, à la mort inévitable, à l’espoir vain caché au cœur de nos illusions. Mais qui aime la facilité ? Ces histoires, celles de Kevin et Nora, mais aussi de tous ces autres personnages loin d’être réellement secondaires, ce sont des quêtes. Des quêtes qui reflètent parfois la non-cohérence de nos vies, la magie dissimulée dans chaque geste quotidien, et notre douleur incessante d’être au monde. Ces quêtes, ce sont aussi les tiennes. Cette troisième et dernière saison diffère légèrement des précédentes. Elle se compose de couches de récits s’empilant les uns sur les autres, tout en se croisant à travers l’espace et le temps. Elle forme un tout contenu dans une bulle temporelle − celle de la durée des épisodes −, où l’univers onirique et ultra-réaliste de The Leftovers s’unit enfin, et nous laisse contempler la fin du monde avant d’y prendre part.

Annabelle Gasquez

The Leftovers, créée par Damon Lindelof et Tom Perrotta. Avec Justin Theroux, Amy Brenneman, Margaret Qualley, Chris Zylka, Christopher Eccleston, Carrie Coon, Ann Dowd, Liv Tyler, Regina King… En France, la saison 3 est disponible sur OCS.

 


Crazy Ex-Girlfriend (saison 3)

Crazy Ex-Girlfriend est une série que l’on te recommandait dès sa sortie en 2015. D’abord, parce que l’on A-D-O-R-E Rachel Bloom et que l’on suit son travail depuis ses débuts. Ensuite, parce qu’elle nous fait rire à en pleurer, tout en réussissant à dénoncer les travers d’une société tyrannisée par des normes. Enfin, parce que la série a la capacité, devenue rare alors que les propositions télévisuelles se multiplient, de nous surprendre. Dans cette saison 3 (dont la diffusion est toujours en cours), l’humour flirte désormais avec le désespoir – le vrai. Après un mariage raté avec Josh, Rebecca va plonger dans les tréfonds de son être, pour finir par s’écraser dans un vide abyssal. Rachel Bloom, que l’on savait déjà drôle et pétillante, révèle cette fois une toute nouvelle facette de son talent d’actrice. Elle est, en deux mots, poignante et bouleversante. Sa folie douce laisse place à la fureur et la douleur, jusqu’à commettre l’irréparable. Sans jamais tomber dans les clichés, elle réussit un véritable coup de maître : aborder avec humour et gravité des sujets trop souvent passés sous silence, trop souvent négligés, trop souvent caricaturés, comme les maladies mentales ou la marginalité. Dans l’épisode 4, Paula dit à Rebecca : « Josh symbolise cette normalité dont tu t’es toujours sentie exclue. » À moi d’ajouter que Rebecca symbolise cette différence dont nous, irréductibles anticonformistes, sommes fièrement au cœur.

Sophie Laurenceau

Crazy Ex-Girlfriend, créée par Rachel Bloom et Aline Brosh McKenna. Avec Rachel Bloom, Vincent Rodriguez III, Santino Fontana, Donna Lynne Champlin, Gabrielle Ruiz… La saison 3 est en cours de diffusion sur The CW. En France, la saison 1 est disponible sur Netflix, et la série est diffusée depuis avril 2017 sur Téva.

 


Sense8 (saison 2)

Il est certainement inutile de rappeler l’importance de l’existence même d’une série telle que Sense8. Les sœurs Wachowski ont, grâce à cette œuvre totale, remémoré aux spectateurs-rices l’immensité de leur talent et l’importance de leur voix dans le paysage audiovisuel (comme si cela était vraiment nécessaire, mais qui sait, il reste encore peut-être quelques hérétiques). La deuxième saison vient combler les lacunes de la première, et confirme que Sense8 tient plus du film que de la série. L’univers des Wachowski est enfin étendu – avec seulement Lana aux commandes cette fois-ci –, et se dévoile peu à peu dans son immensité. Sense8 parle d’amour, bien sûr, mais lui redonne ses lettres de noblesse et le définit dans sa plus cruelle complexité. Toute la série gravite autour du thème de l’empathie et de la communauté. Ainsi, si les personnages peuvent parfois s’apparenter à des archétypes individuellement, ils deviennent authentiques une fois réunis. Ils prennent vie. Sense8 doit se regarder plusieurs fois pour saisir la portée, la maestria et l’importance de son montage. La façon dont elle a résonné dans le cœur des spectatrices et spectateurs n’est pas un hasard, c’est la manifestation même de sa nécessité. Et à raison, l’annonce de son arrêt a brisé quelques âmes, péniblement consolées par celle d’un épisode final exceptionnel. La magie du fandom, en somme. Par moment, celui-ci ressemble à notre cluster, ce réseau humain auquel nous appartenons, dans la joie comme dans l’adversité.

Annabelle Gasquez

Sense8, créée par Lana et Lilly Wachowski. Avec Aml Ameen, Doona Bae, Jamie Clayton, Tina Desai, Tuppence Middleton, Max Riemelt, Miguel Ángel, Freema Agyeman… La série est disponible sur Netflix.

 


Mindhunter (saison 1)

Créée par Joe Penhall et produite par David Fincher, Mindhunter promet de revenir sur les débuts du profilage au FBI, à savoir l’étude des profils psychologiques des tueurs en série. Grâce à ses connaissances en sciences du comportement, en criminologie et en psychologie, la série nous permet d’en savoir un peu plus sur le fonctionnement psychique de ces criminels. Les agents Holden Ford (Jonathan Groff) et Bill Tench (Holt McCallany) − incarnations fictionnelles de Robert Ressler et John Douglas, les inventeurs de l’expression « serial killer » dans la vraie vie − sont aidés par la psychiatre Wendy Carr (Anna Torv) dans leur démarche. À l’instar de l’auteur français Stéphane Bourgoin, Ford et Tench mènent des entretiens avec un certain nombre de meurtriers (des hommes, à majorité écrasante) – dont le tristement célèbre Ed Kemper. L’objectif de leur travail est de dresser le profil psychologique de ces derniers en partant de leur modus operandi, afin de résoudre plus facilement leurs meurtres et, idéalement, de les anticiper. Mindhunter est un récit d’apprentissage, qui pousse d’une certaine façon à l’analyse. Quels sont les liens et les points communs entre Holden Ford et ces criminels ? L’agent finira-t-il par sombrer, influencé par la perversité de ces hommes ? En tout cas, il n’est pas sûr qu’il puisse en sortir indemne… La série est passionnante à suivre, tant par la profondeur de ses personnages que par les sujets qui y sont traités. On attend la suite avec impatience.

Patricia Marty

Mindhunter, créée par Joe Penhall. Avec Jonathan Groff, Holt McCallany, Anna Torv… La saison 1 est disponible sur Netflix.

 


The Expanse (saison 2)

Aimer la science-fiction est à double tranchant : télévision et SF riment en effet souvent avec petit budget, shitty CGI et scénario débile écrit par des mecs blancs qui pensent que créer des personnages féminins forts nécessite que leur seule qualité réside dans leur masculinité (et qui ont visiblement oublié que porter des talons dans l’espace n’est vraiment pas pratique). Il y a néanmoins quelques exceptions à cette règle, et alors que le genre s’ouvre au monde qui l’entoure dans les salles d’écriture, certaines productions sont la manifestation de cette – trop – lente évolution. Adaptée des romans éponymes de James S. A. Corey (nom de plume de Daniel Abraham et Ty Franck), The Expanse est la série de science-fiction que tu n’attendais plus : un space opera qui nous rappelle que si la SF peut être bien des choses, elle est aussi avant tout le commentaire de la société dans laquelle nous évoluons. Elle analyse, anticipe et moque notre réalité avec persistance. Dans son futur, la civilisation a sombré, l’être humain a colonisé l’espace, et l’avenir ressemble à la dystopie esthétisante que nous attendions tou-te-s. The Expanse exploite tous les tropes de la hard SF, du policier et du thriller, sans jamais sombrer dans leurs travers complètement. Même avec son pseudo-héros blanc-beau-moralisateur-par-défaut, la série parvient à dépasser sa propre matière, progressant peu à peu vers quelque chose de différent, voire d’inédit. La saison 2 porte le sceau de cette évolution, nous confirmant que la SF peut être belle, philosophique, sérieuse et divertissante à la fois. Et qu’elle peut, elle aussi, vivre avec son temps.

Annabelle Gasquez

The Expanse, créée par Mark Fergus et Hawk Ostby. Avec Thomas Jane, Steven Strait, Cas Anvar, Dominique Tipper, Wes Chatham… La série est disponible sur Netflix.

 


The Fall (saison 3)

Cette saison 3 reprend au cliffhanger frustrant sur lequel la saison précédente nous avait laissé-e-s. Durant les six épisodes de ce qui semble être la fin de la série, on découvre ce qu’il advient de l’affaire Paul Spector (incarné par le troublant Jamie Dornan), alors que celui-ci est enfin aux mains de la police de Belfast. Mais l’incident survenu à la fin de la saison 2 va compliquer les choses et donner du fil à retordre à Stella Gibson et à son équipe. On retrouve l’ambiance sombre et froide qui fait le charme de The Fall, à la fois glaçante et fascinante. Le rythme est lent, et le regard presque documentaire parfois (notamment dans les scènes médicales). Si l’on peut reprocher un manque d’action comparé aux saisons précédentes, on reste cependant captivé-e-s par la trajectoire des différents personnages gravitant autour de cette affaire, tous en proie à leurs propres démons − le premier étant la solitude. On essaye de comprendre avec eux l’origine de la monstruosité de certains actes dont est capable le genre humain, entre bourreau et victime, en espérant trouver une issue positive à tout cela… Quoi qu’il en soit, si tu aimes les héroïnes de caractère, tu seras ravi-e de retrouver une nouvelle fois Stella Gibson, commissaire perspicace et femme indépendante interprétée par la merveilleuse Gillian Anderson (qui, à elle seule, justifie le visionnage de la série).

Marie-Ange Rousseau

The Fall, créée par Allan Cubitt. Avec Gillian Anderson, Jamie Dornan, Laura Donnelly, Bronagh Waugh, Ben Peel… La série est disponible sur Netflix.

 


Halt and Catch Fire (saison 4)

Le silence autour de Halt and Catch Fire est assourdissant. Et pourtant, ces dix dernières années, peu de séries lui sont arrivées à la cheville. Ce season finale, qui vient clore les histoires de Joe, Gordon, Cameron et Donna, t’arrachera le cœur et en fera des confettis. Pour saisir la qualité de l’écriture, de la réalisation, des actrices et acteurs, il faudrait plus que quelques mots. Car au fond, si Halt and Catch Fire nous parle en premier lieu de l’arrivée des PC dans nos vies à l’aube des années 1980, de la révolution Internet qui ira jusqu’à changer nos cultures et notre rapport à l’autre, du monde impitoyable de la Silicon Valley et de la marchandisation progressive du Web, elle ne parle pas que de cela. Elle est aussi, et surtout, une dissertation sur la communauté. Sur les réseaux humains qui nous lient tou-te-s, et qu’Internet, l’univers du jeu vidéo et les premières communautés en ligne ont notamment fait évoluer. Cette toile de fond, ambitieuse, participe à la réussite de la série, et à sa conclusion. Inspirée de la réalité, mais toujours ancrée dans la fiction, Halt and Catch Fire parvient à insuffler à ses personnages un vrai souffle de vie. En fin de compte, notre attachement tient à leur humanité, leurs erreurs et leurs succès, leurs défaillances et leurs forces. Mais aussi à la justesse des dynamiques de leurs différentes relations, à la beauté d’ouvrir avec un récit classique et de terminer avec une déclaration d’amour aux histoires d’amitié, celles qui n’échouent jamais totalement.

Annabelle Gasquez

Halt and Catch Fire, créée par Christopher Cantwell et Christopher C. Rogers. Avec Lee Pace, Scoot McNairy, Mackenzie Davis, Kerry Bishé… La saison 4 est diffusée sur Canal+ Séries.

 


GLOW (saison 1)

C’est sans attente particulière que je m’étais lancée dans le visionnage de GLOW. Mais le ton et l’univers de la série ont bien vite mis à mal mon scepticisme ! L’action se déroule aux États-Unis dans les années 1980 : on suit l’évolution inattendue de Ruth, jeune femme trentenaire. Comédienne sans le sou, mais positive et déterminée, elle se retrouve en désespoir de cause au casting de ce qui s’avère être une émission de catch féminin. Dirigé par Sam, un écrivain raté, aigri et sarcastique, le projet semble au premier abord voué à l’échec, au vu du manque de moyens et de la désinvolture de ses participantes aux personnalités pour le moins… atypiques. Mais cette belle bande d’abimé-e-s de la vie va, contre toute attente, se prendre au jeu et partager au fil de l’aventure bien plus que de simples combats sur le ring. Entre rires et larmes, crêpages de chignons et sororité, la série aborde sans pudeur des problématiques sociales, notamment féministes, et ça fait plaisir à voir ! (Une réplique décomplexée sur le sexe pendant les règles est à elle seule une bonne raison de recommander la série.) Je reste cependant un peu plus réservée quant au traitement des problématiques liées aux stéréotypes racistes… Bien qu’imparfaite, cette série est une bouffée d’air frais grâce à son humour et à son esthétique 80’s, et pourrait te donner une furieuse envie d’investir dans un body à paillettes pour devenir, toi aussi, une glorious lady of wrestling !

Marie-Ange Rousseau

GLOW, créée par Liz Flahive et Carly Mensch. Avec Alison Brie, Betty Gilpin, Sydelle Noel, Britney Young, Marc Maron…. La saison 1 est disponible sur Netflix.

 


Girlboss (saison 1)

Je préfère te dire tout de suite qu’il n’y aura qu’une saison pour Girlboss, la série ayant malheureusement été annulée par Netflix. Treize épisodes exactement, pour découvrir l’univers déluré de Sophia, une jeune femme rebelle et sans un sou s’apprêtant à devenir la papesse de la fripe sur Internet. Créée par Kay Cannon et produite par Charlize Theron, la série retrace la folle ascension de la célèbre businesswoman américaine Sophia Amoruso, fondatrice de la marque Nasty Gal. Tout commence par un licenciement, suivi d’un avis d’expulsion. « L’âge adulte, c’est là où meurent les rêves. Tu grandis, tu trouves un boulot, tu deviens un robot. (…) La société veut tou-te-s nous mettre dans des cases. Tu sais quoi, société ? Il n’y a pas de cases. Si j’envisageais de passer le reste de ma vie comme un bon petit rouage de ton système, je me ferais faire un tatouage sur le visage qui dirait “Really, man? » Impulsive, arrogante, aussi attachante qu’insupportable, Sophia refuse de se laisser dicter sa vie par quiconque. Elle est un modèle de persévérance et, petit à petit, va faire des friperies de San Francisco le socle de son empire. De son histoire d’amour avec Shane, un jeune musicien, à la découverte de son talent inné pour la mode et les affaires, Sophia nous offre une ode rafraîchissante à l’indépendance, à la liberté. Une série drôle et piquante avec, donc, un goût amer d’inachevé. 

Sophie Laurenceau

Girlboss, créée par Kay Cannon. Avec Britt Robertson, Ellie Reed, Johnny Simmons, Alphonso McAulley, Dean Norris… La série est disponible sur Netflix.

 


Chewing Gum (saison 2)

Les héroïnes imparfaites envahissent nos écrans, et c’est tant mieux. Tu me pardonneras ma vulgarité, mais quel putain de bol d’air frais ! Il était temps. La seconde saison de Chewing Gum est aussi impertinente, drôle et absurde que la précédente. Mais certainement plus touchante et sincère dans son écriture et sa mise en scène. Michaela Coel, créatrice, scénariste et actrice principale de la série, a réussi, avec un format très court, à nous emporter dans son univers farcesque, à nous parler directement. La plus grande qualité de Chewing Gum est certainement son panel de personnages à la fois authentiques et excentriques. Il y a, dans cette bulle sucrée, un sentiment de sérénité, de confiance. Pourtant, il faut le dire, en incarnant Tracey, Michaela Coel ne recule devant rien, elle se met en danger, ose tout. Elle est la reine de l’irrévérence et du malaise, au même titre que Beyoncé – son héroïne ultime – est la Queen B. Chewing Gum parle à la fois de communauté, d’amour, d’identité, de sentiment d’appartenance, d’amitié, de sexe et de religion. Jamais sans humour, toujours avec provocation. Cette héroïne existe dans son propre monde de bizarrerie, où toutes celles et ceux qui incarnent la différence sont les bienvenu-e-s. La série, qui ne sort pratiquement jamais de la cité où vivent les protagonistes, est une joyeuse ode aux misfits. Un chant que l’on aimerait entendre encore et encore, pour se rappeler que l’absurdité de l’existence n’empêche pas de l’apprécier. Et cela tombe bien, car la saison 3 a déjà été confirmée. Amen.

Chewing Gum, créée par Michaela Coel. Avec Michaela Coel, Robert Lonsdale, Susan Wokoma, Tanya Franks… La série est disponible sur Netflix.