Voilà, il est arrivé, tu sais, ce moment de l’année où l’on se plaît à faire le bilan, à prendre du recul. Sur Internet, c’est aussi et surtout le temps fabuleux des listes de fin d’année, des tops, et Deuxième Page n’y échappe pas. On commence avec les 15 meilleures séries de 2018 – un choix exhaustif, mais en fait, pas tant que ça proportionnellement au nombre de créations télévisuelles qui ont vu le jour cette année.

 

Ici, c’est vrai que l’on n’aime pas trop noter ou classer. En revanche, on adore partager nos coups de cœur culturels. Celles et ceux qui nous suivent et nous lisent régulièrement savent que nous n’attendons pas de faire des listes pour relayer des films ou des séries. Pour ce top, nous avons essayé au maximum de ne pas trop reparler de ce que l’on avait évoqué cette année. Nous avons tenté de varier un petit peu, ou en tout cas, de compléter. C’est pourquoi, mea culpa, Doctor Who et Pose ont entre autres été sacrifiées, et nous en sommes désolées (mais on te les conseille quand même, parce que c’est vachement bien). En 2018, le nombre de séries qui sort à la minute a de quoi créer de vraies crises d’angoisse à n’importe qui. Il y a tellement (trop ?) de choses à voir que l’on ne sait plus où donner de la tête. Cette culture de l’accumulation, du quantitatif, est franchement absurde – et anxiogène. Apprécier une série demande souvent de prendre le temps (et de l’avoir). Alors, on espère que cette liste collaborative t’aidera à faire un choix, à dégoter la petite perle qui accompagnera ces prochains mois. De l’envoûtante The Haunting of Hill House à l’acérée Sharp Objects, en passant par la drôlissime Grace and Frankie et la philosophique BoJack Horseman, tu devrais trouver ton bonheur. (Et si on a oublié LA série incontournable de l’année à tes yeux – c’est probablement le cas – n’hésite pas à nous faire tes recos personnelles en commentaire.)

Sharp Objects
The Haunting of Hill House
The Man in the High Castle
BoJack Horseman
The Americans
Jane The Virgin
Black Earth Rising
Queer Eye
Grace and Frankie
Adventure Time
Atlanta
The Terror
It’s Always Sunny in Philadelphia
Maniac
L’Attaque des Titans

Il suffit de cliquer sur le nom de la série pour accéder directement à sa chronique. 

 

Sharp Object (minisérie)

par Annabelle Gasquez

Sharp Objects, créée par Marti Noxon, 2018. © HBO

Alors que tu tentais de reprendre ta respiration, cette bouffée d’air salvatrice t’est subitement interdite. Peu à peu, l’oxygène vient à te manquer, ton regard s’agite, cherchant une solution à un problème intangible. Et, tel un miracle cauchemardesque, te voilà suspendu-e dans cette apnée prolongée durant huit heures. En vie, mais à peine. C’est exactement ce que j’ai ressenti en regardant Sharp Objects, la dernière création sérielle développée par Marti Noxon (UnREAL, Dietland) et adaptée d’un roman de l’autrice Gillian Flynn (Gone Girl). Mise en scène par le réalisateur Jean-Marc Vallée (Big Little Lies), cette minisérie est absolument sublime, terrifiante, haletante. Sublime dans le sens littéraire du terme, pas un truc agréable à regarder pour cause de joliesse. Bien au contraire. C’est une œuvre que l’on contemple, paralysé-e et submergé-e par son grandiose. Sharp Objects est indiscutablement une série d’une grande violence, difficile à digérer. Elle est portée par la brillante Amy Adams, complètement captivante dans le rôle torturé de Camille Preaker, une journaliste médiocre, obligée de retourner dans sa ville natale du Missouri pour couvrir le meurtre mystérieux d’une jeune fille. Une histoire sordide qui s’enfonce toujours plus dans la poisse des secrets, jusqu’à tenir Camille clouée au sol, désormais condamnée à affronter ses démons… bien vivants, eux.

Sharp Objects, créée par Marti Noxon. Avec Amy Adams, Patricia Clarkson, Chris Messina… En France, la minisérie est disponible sur OCS.

 

The Haunting of Hill House (saison 1)

par Yan Gamard

The Haunting of Hill House, créée par Mike Flanagan, 2018. © Netflix

Adapté du roman éponyme de 1959 écrit par Shirley Jackson, The Haunting of Hill House met en images un matériau que Stephen King estime être l’un des meilleurs écrits fantastiques du siècle dernier. Se montrer à la hauteur de ce défi relève ainsi d’une colossale gageure, qui plus est lorsqu’il faut flirter avec un genre horrifique et fantastique bien trop souvent malmené à l’écran. La prudence était donc de mise à l’abord du visionnage de ces dix épisodes, mais elle perd bien vite de sa poigne face à cet objet ciselé. Malgré quelques trucages un peu loupés et une fin un rien trop mielleuse, osons le dire : c’est foutrement beau, bien réalisé et diablement intelligent. Plus qu’uniquement du fantastique, la série touche à la fabrique de la réalité, voire des réalités. Ou plutôt, parce que le fantastique y existe de belle manière, l’on doute de tout et s’interroge à foison. Dans ses récits, Shirley Jackson aimait déjà maintenir des incertitudes face à la véracité du surnaturel, lui donner un ancrage très humain, presque « banal ». Entremêlant ici diverses tensions familiales, névroses, addictions et autres traumas, le casting poursuit cette dynamique et incarne brillamment la famille Crain, au fil de transitions jouissives entre passé et présent et d’une photographie tout aussi soignée. Les heures filent et autant de twists ponctuent une œuvre qui happe, questionne et surtout, sait quand couper et laisser en suspens. Suspendre quelques confettis de vie, la nuit, dans les ténèbres de la carcasse de Hill House.

The Haunting of Hill House, créée par Mike Flanagan. Avec Michiel Huisman, Carla Gugino, Henry Thomas, Elizabeth Reaser, Kate Siegel, Timothy Hutton, Oliver Jackson-Cohen… En France, la saison 1 est disponible sur Netflix.

 

The Man in the High Castle (saison 3)

par Annabelle Gasquez

The Man in the High Castle, créée par Frank Spotnitz, 2015 – 2018. © Amazon

La diffusion de la saison précédente se faisait en 2016, presque un mois pile après l’élection de Donald Trump. J’ai l’impression qu’à cette époque, l’on se raccrochait encore à une sorte d’optimisme naïf pour tenter de ne pas perdre pied. Autant dire que si la réalité alternative imaginée par Philip K. Dick en 1962 était déjà terrifiante avant Trump, Bolsonaro, Salvini et tous les autres, en cette année 2018, elle a de quoi provoquer une petite descente d’organes. L’adaptation du roman éponyme en est à sa troisième saison, laquelle nous ramène aux États-Unis, où le régime nazi a pris toute sa place. La vision des grands symboles démocratiques détruits, de ce New York tapissé de croix gammées a de quoi glacer le sang. Dans un contexte où les dystopies fascistes de la société nord-américaine ont la cote, mais où, paradoxalement – logiquement ? – le présent semble rattraper la fiction à une vitesse alarmante, regarder The Man in the High Castle n’a rien d’évident. Les messages d’espoir et de résilience portés par la série sont éminemment importants, tout comme la critique de l’institution totalitaire qui s’y dessine. En 2018, le récit n’est plus une simple cautionary tale. L’exposition brillamment mise en scène du retournement sociétal, de ces valeurs occidentales factices facilement piétinées, de cette liberté illusoire et donc fragile provoque un sentiment d’inquiétante étrangeté, le fameux unheimlich freudien à l’ère de la Peak TV. Tu viens pour la science-fiction, et tu restes parce que t’es vraiment hyper déprimé-e par la pertinence – et l’exécution – du show.

The Man in the High Castle, créée par Frank Spotnitz. Avec Alexa Davalos, Rupert Evans, Luke Kleintank, DJ Qualls, Cary-Hiroyuki Tagawa, Rufus Sewell… En France, la saison 3 est disponible sur Amazon Prime.

 

BoJack Horseman (saison 5)

par Aya Iskandarani

BoJack Horseman, créée par Raphael Bob-Waksberg, 2014 – 2018. © Netflix

Ce n’est pas la première fois que Deuxième Page te parle de l’excellente série animée créée par Raphael Bob-Waksberg (ici, ici et ici). Les (més)aventures de BoJack Horseman (Will Arnett), cheval anthropomorphique et antihéros, s’intensifient dans cette dernière saison, sur fond d’actualité. Bojack est un acteur hollywoodien qui a fait sa fortune dans les années 1980 en tant que protagoniste de la sitcom Horsin’ Around. Quand on le découvre, il passe ses journées à se remémorer ses jours de gloire, et à se lamenter sur son sort. Depuis la saison 1, il a tenté plusieurs come-back plus ou moins réussis et a déçu plus d’un-e proche avec son attitude égocentrée et erratique. Dans la saison 5, il est de toutes les addictions, mais aussi de tous les combats, se réclamant subitement du féminisme. La vie de BoJack est un miroir distordu de l’actualité hollywoodienne, et c’est donc sans grande surprise que l’on assiste à l’arrivée du mouvement #Metoo dans la fiction. La saison, tout en nuances, inspecte le féminisme dans toute sa complexité, et notamment sa présence dans le show-business. Diane Nguyen (Alison Brie), la meilleure amie de BoJack veut aider le mouvement en tant que femme journaliste alors que beaucoup de médias ne font que surfer sur la vague. Le public s’interroge : est-il possible d’aller jusqu’au bout de cette posture sans devenir hypocrite ? La place des hommes (et leur bonne foi) au sein des mouvements féministes est mise à mal, mais aussi celle des femmes de pouvoir. Cette saison est passionnante, savamment dosée en humour noir et en commentaire social.

BoJack Horseman, créée par Raphael Bob-Waksberg. Avec les voix de Will Arnett, Aaron Paul, Amy Sedaris, Alison Brie… En France, la saison 5 est disponible sur Netflix.

 

The Americans (saison 6)

par Annabelle Gasquez

The Americans, saison 6, créée par Joe Weisberg, 2013 – 2018. © FX

The Americans est probablement l’une de meilleures séries de ces dix dernières années, et pourtant, celle-ci est passée relativement inaperçue auprès du grand public. En 2018, la création télévisuelle de Joe Weisberg a terminé sa fresque historique et familiale avec une sixième et ultime saison. Et cette conclusion est à l’image du reste de la série : brillante, précise, glaçante, nuancée, émouvante. Alors que l’on s’apprête à faire nos adieux aux Jennings, The Americans ne perd jamais en pertinence et en intelligence. Cette constance qualitative à elle seule fait de la production FX une perle rare. L’écriture comme la mise en scène sont d’une grande finesse. À l’instar du jeu de Keri Russell, qui a porté le rôle d’Elizabeth avec une telle maestria durant six saisons que je manque de mots pour louer sa performance, toujours remarquable (qu’on lui donne toutes les récompenses disponibles merci). Épisode après épisode, la tension intradiégétique se construit tel un château de cartes prêt à s’écrouler à tout moment. En surface, The Americans est un simple récit d’espionnage se déroulant en pleine guerre froide au cœur des 80’s. Les antagonistes sont immédiatement identifiables : les gentils Américains et les méchants Russes. Mais en dessous de ce vernis manichéen, les spectateurs et spectatrices découvrent un véritable traité filmique, une exploration quasi sociologique de la famille, du patriotisme, de la collectivité et de l’individu. Jusqu’à la dernière minute, il faut retenir son souffle. Et l’on se retrouve pétri-e d’incertitudes, abandonné-e à soi-même, bouleversé-e.

The Americans, créée par Joe Weisberg. Avec Matthew Rhys, Keri Russell, Noah Emmerich, Keidrich Sellati, Holly Taylor, Maximiliano Hernández… En France, la saison 6 est disponible sur myCANAL (et les saisons de 1 à 5 sur Netflix).

 

Jane The Virgin (saison 4)

par Pauline Burel

Jane the Virgin, créée par Jennie Snyder Urman, 2014 – 2018. © The CW/Netflix

La saison 4 de Jane The Virgin assoit la série comme un bijou de sensibilité et d’intelligence. Les scénaristes confirment leur talent pour mêler les péripéties fantasques propres au genre de la telenovela et un traitement impeccable de thématiques parfois difficiles. Dans un format toujours aussi immersif, les protagonistes évoluent. Jane (Gina Rodriguez) renoue avec un amour de jeunesse et doit faire face à ses préjugés, tandis qu’Alba (Ivonne Coll) se confronte à la romance et au temps qui passe. Rogelio (Jaime Camil), toujours le plus grand drama king que le petit écran ait porté, apprivoise un rôle de père qu’il n’a pas eu l’occasion – ou l’envie – de jouer à la naissance de Jane. Quant à Xiomara (Andrea Navedo), elle voit sa vie bouleversée, entre choix de carrière et arrivée d’un enfant qui n’est pas le sien. De leur côté, Petra (Yael Grobglas) et Rafael (Justin Baldoni) remplissent à nouveau les rôles les plus mouvementés, face à des décisions qui les dépassent et les mettent en danger. Jane The Virgin est une série qui ne craint pas de nous montrer les mauvais côtés de ses protagonistes, sans jamais faire l’apologie de leur noirceur. De nouveaux personnages viennent apporter plus de profondeur à l’ensemble, dans un reflet bienveillant de notre humanité. Regarder Jane The Virgin, c’est plonger dans un univers presque identique au nôtre, où l’on aurait appris à communiquer et à se respecter (et où il y aurait beaucoup de rebondissements inattendus). Avec une dernière saison au programme, on attend un final en beauté, sans trop craindre d’être déçu-e.

Jane the Virgin, créée par Jennie Snyder Urman. Avec Gina Rodriguez, Andrea Navedo, Yael Grobglas, Justin Baldoni, Ivonne Coll, Brett Dier, Jaime Camil… En France, la saison 4 est disponible sur Netflix.

 

Black Earth Rising (saison 1)

par Annabelle Gasquez

Black Earth Rising, créée par Hugo Blick, 2018. © BBC/Netflix

Si le sujet de Black Earth Rising est difficile, la série nous rappelle aussi comment la culture peut nous aider à faire un véritable travail de mémoire. Le génocide des Tutsis a duré cent jours. C’était au Rwanda, en 1994. Durant cette période, près d’un million de personnes ont été tuées. Porter cela à l’écran est extrêmement délicat, c’est une tâche complexe. Et le showrunner Hugo Blick – qui a écrit et réalisé l’ensemble des épisodes – est parvenu à l’appréhender avec brio. L’esthétique est pointue. Elle permet l’immersion totale des spectatrices et des spectateurs dans la vie de Kate Ashby (Michaela Coel), une jeune femme de 28 ans, survivante du génocide rwandais. Elle vit à Londres avec sa mère adoptive, Eve (Harriet Walter). Dès les premières minutes, cette dernière, une avocate internationale spécialisée dans les cas relatifs au Rwanda, est confrontée à la question du néocolonialisme. Kate, elle, ne sait pratiquement rien de son passé. C’est une personne en souffrance, traumatisée, déracinée, qui a perdu l’espoir de se reconstruire, mais pas celui de connaître son histoire. La complexité de Kate, totalement habitée par Coel, est la plus grande force de la série. Mais sa puissance se joue aussi sur la (non-)monstration de l’horreur. Ici, il n’y a pas d’échappatoire à la violence, et pourtant, l’intelligence du récit est d’avoir recours à l’animation pour figurer l’indicible. Blick fait appel à l’attention du public, et c’est bouleversant. Black Earth Rising nous oblige à faire face, à nous souvenir de ce que certain-e-s préféreraient oublier.

Black Earth Rising, créée par Hugo Blick. Avec Michaela Coel, John Goodman, Tamara Tunie, Noma Dumezweni, Harriet Walter, Danny Sapani… En France, la saison 1 sera disponible sur Netflix en janvier 2019.

 

Queer Eye (saison 2)

par Nina Hedgworth

Queer Eye, créée par David Collins, 2018. © Netflix

Dès sa première saison (on t’en parlait ici), l’émission de télé-réalité Queer Eye s’était imposée comme un antidote à la brutalité omniprésente de nos sociétés occidentales. Ce reboot du show Queer eye for the Straight Guy (2004) vient trancher avec la morosité ambiante : cinq hommes gay chamboulent le cadre de vie d’une personne désignée par ses proches, bien souvent un homme blanc hétérosexuel (mais pas que !). Pendant trois jours, ils vont de leurs conseils pour lui permettre de sortir de l’inertie et de la solitude, afin de l’accompagner en vue d’un événement ou d’une occasion spéciale. Pour ce changement parfois radical, Antoni s’occupe de la cuisine, Bobby refait la décoration intérieure, Jonathan la coiffure et le soin visage, Karamo la culture et l’aspect social, tandis que Tan se charge de proposer à la personne un look vestimentaire au poil et facile à adopter. L’ambiance bon enfant est propice à un esprit de confidence. Pour cette deuxième saison, les Fab Five poursuivent leur mission, toujours en respectant les personnes qu’ils rencontrent. Même si la fraîcheur et la spontanéité des débuts se perdent un peu, on se laisse emporter. Queer Eye, c’est irrésistible, à l’instar d’une couette réconfortante un jour de pluie. En fait, c’est avant tout la générosité de cette fabuleuse équipe qui l’emporte. Elle nous rappelle qu’au-delà des facteurs contraignant nos vies, nous avons tou-te-s en nous les ressources pour exister plus librement, et pleinement.

Queer Eye, créée par David Collins. Avec Antoni Porowski, Tan France, Karamo Brown, Bobby Berk, Jonathan Van Ness… En France, la saison 2 est disponible sur Netflix.

 

Grace and Frankie (saison 4)

par Annabelle Gasquez

Grace and Frankie, créée par Marta Kauffman et Howard J. Morris, 2015 – 2018. © Netflix

Selon certain-e-s, la vieillesse serait un naufrage. Grace and Frankie est l’affirmation du contraire. Je ne sais pas pourquoi il m’a fallu autant de temps pour découvrir cette série, puisqu’il s’agit clairement du petit bijou Netflix indispensable à une existence. Portée par les merveilleuses Jane Fonda et Lily Tomlin – respectivement Grace et Frankie –, cette création télévisuelle est plus irrévérencieuse et originale qu’il n’y paraît. Ces deux femmes, qui dans la première saison se font larguer par leurs maris (qui sont en fait amants et ont décidé de vivre leur relation au grand jour), ont beaucoup évolué. Elles sont parvenues à dépasser leurs différences et à mieux se comprendre. Grace et Frankie sont devenues amies. À 70 ans, les deux complices ont dû réapprendre à exister par elles-mêmes, à s’émanciper, à s’imposer et à redécouvrir leur sexualité. Dans cette nouvelle saison, plus que jamais, la réalité de la vieillesse est totalement exposée, et c’est aussi brutal que drôle. Ici, on ne prend pas de pincettes. Tout est mis en scène, montré, commenté, dénoncé : de la perte d’indépendance à la maltraitance familiale des plus âgé-e-s en passant par la mort. Alors que des personnes les verraient bien à l’hospice, Grace et Frankie sont encore là, malgré les obstacles, malgré les autres. Elles sont vivantes et maîtresses de leur destin. Grace and Frankie, c’est l’histoire d’une d’amitié entre deux femmes comme il en existe trop peu à la télévision. (Bonus : un super guest de la géniale Lisa Kudrow.)

Grace and Frankie, créée par Marta Kauffman et Howard J. Morris. Avec Jane Fonda, Lily Tomlin, Sam Waterston, Martin Sheen… En France, la saison 4 est disponible sur Netflix.

 

Adventure Time (saison 10)

par Sophie Martinez

Adventure Time, créée par Pendleton Ward, 2010 – 2018. © Cartoon Network

En 2010, le monde découvrait une petite série d’animation improbable sur un jeune garçon, Finn, et son chien jaune Jake. Pendant huit ans, ils nous auront amené-e-s d’aventure en aventure dans le mystérieux et décalé pays de Ooo. La dixième et ultime saison d’Adventure Time est à la mesure des précédentes : réfléchie et profonde sous ses airs déjantés. Depuis quelque temps déjà, la série se teintait de tons plus mélancoliques, plus tragiques. Ici, les récits abordent des sujets graves, en proposant aussi de véritables morceaux de bravoure avec des épisodes expérimentaux qui prouvent que la série est profondément réfléchie dans son fond comme dans sa forme. C’est d’ailleurs dans sa bizarrerie, dans cette queerness si caractéristique que résident la beauté et la force d’Adventure Time. Dans un monde où normes et marges ont disparu, le mot « bizarre » perd tout son sens et chaque personnage n’est plus défini que par sa morale. Chacun-e à Ooo peut vivre à sa façon, tant que personne ne fait de mal à autrui. C’est un beau message à envoyer aux enfants, et un rappel nécessaire aux plus grand-e-s : nos différences ne devraient pas nous ostraciser, nous ne devrions être jugé-e-s que sur notre bienveillance. Adventure Time nous a dit au revoir cette année, avec un final à la hauteur de tout ce qu’elle a été auparavant. Elle aura changé le paysage audiovisuel pour le meilleur, et, sans aucun doute, ses spectateurs-rices aussi.

Adventure Time, créée par Pendleton Ward. Avec les voix de Jeremy Shada, John DiMaggio, Hynden Walch, Niki Yang, Tom Kenny, Olivia Olson… En France, la saison 10 n’a pas encore de diffusion prévue. Les trois premières saisons sont disponibles sur Netflix.

 

Atlanta (saison 2)

par Annabelle Gasquez

Atlanta, créée par Donald Glover, 2016-2018. © FX

Cela peut sembler difficile à croire, mais cette saison 2 est encore meilleure que la première (qui était déjà assez extraordinaire). Atlanta est une création singulière, rare, et nous ne devrions pas la prendre pour acquise. Alors que les propositions affluent, elle se distingue. Chaque épisode se présente comme une sorte de standalone, une succession de nouvelles filmiques entre réalisme magique et postmodernisme, un ensemble qui explore les genres avec voracité. L’exécution est aussi brillante que celles et ceux qui incarnent ces récits douloureux d’existences désabusées. Ici, les spectatrices et spectateurs sont totalement immergé-e-s, toujours raccroché-e-s à ces protagonistes complexes. Ces derniers-ères semblent en recherche permanente, dans un état d’insatiabilité existentielle, laquelle n’est jamais assouvie. « Teddy Perkins » est évidemment l’épisode qui a le plus marqué le public – et à raison, mais on pourrait quasiment tous les citer, tant ils apportent quelque chose de différent à cette œuvre totale (je pense notamment à « Champagne Papi’ », où les personnages passent 26 minutes à chercher Drake). Atlanta est bien entendu un commentaire social, politique et culturel de notre monde occidental. Tout cela vu essentiellement à travers les regards de Hiro Murai à la réalisation et de Donald Glover à l’écriture, les deux contribuant majoritairement à la série. Le résultat ? Une distorsion de notre réalité, pointue, ultraréférencée, terrifiante, créative, plurielle, et bien souvent désenchantée.

Atlanta, créée par Donald Glover. Avec Donald Glover, Brian Tyree Henry, Lakeith Stanfield, Zazie Beetz… En France, la saison 2 est disponible sur myCANAL.

 

The Terror (saison 1)

par Charlotte Gendron

The Terror, créée par David Kajganich et Soo Hugh, 2018. © AMC

Coproduite par Ridley Scott, la série et sa promotion ne sont pas passées inaperçues chez les fans du genre. En plein mois d’avril, la petite perle d’AMC faisait son apparition avec un récit jonglant entre fantastique et horreur, le tout dans une ambiance plus qu’angoissante. J’ai personnellement binge-watché The Terror. Après coup, je me suis dit que le titre était tout adapté, mais au départ, je ne m’attendais pas du tout à ça. Malgré son casting presque entièrement masculin – ce qui est un point noir, certes, mais il s’agit d’un quasi-huis clos se déroulant dans navire au XIXe siècle, donc c’est assez cohérent – et une seule protagoniste féminine surnommée « Lady Silence » (la « dame silencieuse », jouée par Nile Nielsen), la série réussit avec brio à nous porter dans un univers sordide et effrayant. Basée sur un roman de Dan Simmons, elle relate l’expédition fictionnalisée du capitaine Sir John Franklin, en 1845. Les deux navires, pensant rejoindre le continent asiatique par l’Arctique, se retrouvent pris dans la glace. L’équipe fait alors face aux éléments de la nature et à une créature prête à tout pour les déloger. Portée par un casting très convaincant, l’histoire nous entraîne au centre des périples de l’équipage qui doit trouver des moyens pour survivre. The Terror nous questionne sur beaucoup de sujets de société, comme le rapport à l’autre et la communauté, la sexualité et la spiritualité. J’espère que tu as le cœur bien accroché, auquel cas, n’hésite pas à te lancer !

The Terror, créée par David Kajganich et Soo Hugh. Avec Jared Harris, Tobias Menzies, Paul Ready, Adam Nagaitis, Ian Hart, Nive Nielsen Ciarán Hinds… En France, la saison 1 est disponible sur Amazon Prime.

 

It’s always sunny in Philadelphia (saison 13)

par Annabelle Gasquez

It’s Always Sunny in Philadelphia, créée par Rob McElhenney, Glenn Howerton et Charlie Day, 2005 – 2018. © FXX

Qu’on se le dise, il y a peu de choses que j’aime autant qu’It’s Always Sunny In Philadelphia. Et avec une telle constance. En treize saisons, ce concentré d’irrévérence, d’absurde et d’humour noir, le tout teinté d’une touche de nihilisme, m’a rarement déçue. Malgré quelques ratés inévitables et des baisses de régime prévisibles (en plus de dix ans d’existence, le contraire aurait été miraculeux), mon amour persiste, inchangé. Avec le temps, la série a réussi à atteindre une sorte de maturité, tout en restant fidèle à ses valeurs, à sa recette d’origine et une certaine simplicité. Elle a trouvé sa véritable voix. Rien ne ressemble à It’s Always Sunny In Philadelphia. Cette nouvelle saison est l’une des plus cool depuis ses débuts, mêlants épisodes engagés et incroyablement idiots –, et ce dans le meilleur sens du terme. La joyeuse compagnie de bras cassés, toujours merveilleusement médiocre, continue de nous exaspérer, de nous émouvoir, de nous faire rire aux éclats. À ce jour, aucune autre création télévisuelle ne parvient à partager un commentaire social aussi acéré avec un tel talent, souvent très drôle et plus sérieux qu’il n’en a l’air. Les dernières minutes de l’épisode final valent à elles seules les heures passées à regarder cet ovni culturel (plus de 71, pour être exacte). Ce moment d’intenses émotions et d’authenticité, de beauté pure, porté par la grâce de Mac (Rob McElhenney) exécutant des mouvements de danse contemporaine est à l’image de la série : inattendu, bouleversant, brillant.

It’s Always Sunny in Philadelphia, créée par Rob McElhenney, Glenn Howerton et Charlie Day. Avec Charlie Day, Glenn Howerton, Rob McElhenney, Kaitlin Olson, Danny DeVito… En France, les premières saisons de la série ont été diffusées sur Canal+.

 

Maniac (minisérie)

par Patricia Marty

Maniac, créée par Patrick Somerville, 2018. © Netflix

Dès les premières minutes, le scénario et l’univers déroutant nous happent. Baigné d’une ambiance rétrofuturiste, Maniac est un extra-terrestre. Impossible de détourner le regard. La série raconte la rencontre entre Annie Landsberg (Emma Stone), une jeune femme en proie à la dépression et accro à une mystérieuse drogue, et Owen Milgrim (Jonah Hill), un jeune homme souffrant de schizophrénie. Les deux protagonistes sont sélectionné-e-s pour participer à un essai clinique mené pour le compte d’un mystérieux laboratoire pharmaceutique, lequel est supervisé par une équipe de chercheurs-ses (joué-e-s par Justin Theroux et Sonoya Mantleray) et une sorte de superordinateur possédant une intelligence artificielle. Leur objectif ? Créer un médicament révolutionnaire qui permettrait aux personnes atteintes de certains troubles psychiques de s’éviter des années de thérapie. Le temps d’une saison de 10 épisodes, nous voyageons dans la psyché d’Annie et Owen, et ce n’est pas sans rappeler les meilleurs moments d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry. Pourtant très solitaires, il et elle se trouvent étrangement lié-e-s et se croisent sans cesse dans leurs rêves respectifs. Cette épopée est truffée de références cinématographiques, dans des univers qui s’emboîtent les uns dans les autres. Maniac est unique, touchante, tout comme le sont ses deux personnages centraux. « C’est l’histoire d’une connexion entre deux êtres en souffrance », expliquait Patrick Somerville à Télérama. Simple, non ? Et pourtant, celle-ci n’en reste pas moins emplie d’une belle poésie, révélant toute la complexité de la nature humaine, sans aucun pathos ni jugement.

Maniac, créée par Patrick Somerville. Avec Emma Stone, Jonah Hill, Justin Theroux, Sonoya Mizuno, Gabriel Byrne, Sally Field… La minisérie est disponible sur Netflix.

 

L’Attaque des Titans (saison 3)

par Aya Iskandarani

L’Attaque des Titans, créée par Yasuko Kobayashi, 2013 – 2018. © MBS

L’Attaque des Titans est un anime adapté du manga éponyme de Hajime Isayama, et dont la première partie de la saison 3 est sortie cette année. Comme le suggère le nom de la série, l’histoire tourne autour du combat entre l’humanité et ses pires ennemis… les titans ! Depuis cent ans, l’on se protège de ces géants humanoïdes en s’enfermant dans trois cercles concentriques, délimités par des murailles immenses. Les humain-e-s n’ont pas de contact avec le reste du monde depuis l’érection de ces cloisons, et personne ne se souvient de comment les murailles ont été érigées ou pourquoi les titans sont apparus. Content-e-s d’être en sécurité, les habitant-e-s ne se soucient plus vraiment de l’origine de leur enfermement jusqu’au jour où des titans réussissent à pénétrer au sein de la ville. Ils font un carnage. Eren Jäger, Mikasa Ackerman et Armin Arlelt survivent à cette tragédie alors qu’ils et elle sont enfants. Et c’est autour d’eux et elle que se centre le récit. L’Attaque des Titans est une série où l’ambiance préapocalyptique aspire totalement les spectatrices et spectateurs. On ne peut pas échapper à l’enfermement des personnages, à la fois séquestrés par les murailles et par leurs obsessions personnelles. Dans cette saison 3, l’aura de mystère ne s’essouffle pas. Bien au contraire, elle ne fait qu’accroître le suspense. D’où viennent les titans ? Comment les vaincre ? Qu’y a-t-il derrière les murs ? Les réponses égrenées à travers les épisodes semblent étendre le champ des possibles, et génèrent encore plus de questions.

L’Attaque des Titans, créée par Yasuko Kobayashi. Avec les voix de Marina Inoue, Yûki Kaji, Yui Ishikawa, Josh Grelle, Bryce Papenbrook… En France, la saison 3 a été diffusée sur la plateforme Wakanim.